‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 123 sur 229 · Voyez tout ce passage, De Corpore, IV, xx\i · texte numérisé non relu

Voyez tout ce passage, De Corpore, IV, xx\i

« Quœsliones igitur de Inlinilo et Mierno sciens praelereo, contentus ea doclrina circa mundi magnitudinem et originem quam suaserint Scripturse sacras, et quœ illas confirmât miraculorum fama et mos patrius, et legum reverentia débita, transeoque ad alia quae disputare nefas non est. » (/d., Ihid.)

Toutefois, ce jugement de notre philosophe ne peut pas être facilement concilié avec celui qu'il porte sur l'éternité du mouvement ; et, en effet, la continuité du temps n'étant pour lui qiie la trace laissée dans l'imagination par la continuité du mouvement, il suit de cette dernière que les mouvements sont liés les uns aux autres en une succession sans limites, et qu'on n'aperçoit nulle borne à leur durée, ni dans le passé, ni dans l'avenir.

Cette opinion de Hobbes, que le mouvement seul est capable d'engendrer du mouvement, et que par conséquent si loin qu'on remonte dans le passé ou qu'on s'avance dans l'avenir, on ne verra pas d'autre origine ni d'autre suite au mouvement que le mouvemeiïl lui-môme, est empruntée par lui à la mécanique et à la géométrie et transportée dans la métaphysique : elle est appuyée sur cette proposition que tout mouvement est une résultante de mouvements antérieurs, et que leur succession est rigoureusement '^ réglée par la loi du parallélogramme des forces ; de là cette double croyance : 1 ® que dans le passé le mouvement seul explique le mouvement, et que la régression de cause en cause ne nous fera jamais atteindre un premier commencement des choses * ; et 2° qu'un mouvement commencé ne se détruit jamais et se propage à l'infini dans l'espace et dans le temps 2. Telles sont les deux proposi-

1. « Pi*aeterea, etsi ex eo quod nihil potest movere seipsum satis recte infertur priraum aliquod esse inovens quod fuerit aeternum, non tamen inferetur id quod inferre soient, nempe aeternum immobile, sed conlra aeternum motum ; siquidem ut verum est nihil moveri a se ipso, ita etiam verum est nihil moveri nisi a moto. » De Corpore, IV, xxvi, § 1.

2. « Conatus autem omnis, sive forlis, sive debilis, propagatur in infinitum : est autem motus. » De Corporej III, xv, § 7, p. 110 du 1" volume.

« Causa motus nuUa esse potest in corpore nisi contiguo et

150 ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.

lions capitales du mécanisme de Hobbes ; elles sont essentielles à tout mécanisme, et se retrouvent chez Descartes, chez La Mettrie et chez M. Spencer, si l'on fait abstraction de l'explication d'un premier commencement chez le premier de ces trois philosophes, explication qui n'est plus mécaniste parce qu'elle est toute métaphysique ; Hobbes a seulement commis la faute, relevée contre tous les matérialistes par Lange, de transporter à la métaphysique les données mêmes et les solutions du mécanisme scientifique.

En résumé, les lois du mouvement se réduisent à deux principales : P la cause du mouvement ne saurait être qu'en un corps contigu déjà mû lui-même (voy. la note 2, p, 149) ; 2** principe de Tinertie.

Mais quelle est donc la nature du mouvement lui-même dont nous connaissons déjà par la science les lois^les plus générales ? Hobbes en donne plusieurs fois la définition : « Motus est CONTINUA unius loci relîctio et alterius acquisitio ^ ; — Motus est unius loci privatio et alterius acquisitio continua ^. » — Est en repos, au contraire, tout corps qui, pendant une durée donnée, occupe un endroit déterminé ; aussi notre philosophe réfute-t-il en passant, avec ces seules définitions que tout le monde accepte, le sophisme fameux de Diodore Cronus, qui prétend que si un corps se meut, il se meut là où il est, ou bien là où il n'est pas : dans son argumentation, Diodore se sert non de la définition du mouvement, mais de celle du repos 3. On voit une fois de plus, d'après les termes mêmes des définitions reproduites ci-dessus, que Hobbes ne peut pas définir le mouvement autrement qu'en fonction de Vespace et du temps : mais c'est là, dirait-il sans doute, une nécessité qui provient des conditions abstraites, imaginatives, (subjectives) de notre pensée humaine ; dans la réalité, ce

moto... Eadem ratione probari potest quidquid movetur eadem «ta et velocitate semper processurum, nisi ab alio contiguo et moto corpore impediatur. » De Corpore, II, ix, § 7. ^1. De Corpore, II, viii, §, 10.

Page 1