d., II, IX
152 ÉTUDES d'histoire de la philosophie.
Cette double face de la réalité apparaît très certainemenl à Hobbes, sans qu'on ait besoin d'en faire un idéaliste con^ vaincu; aucun philosophe, sinon peut-être les premiers Ioniens, ne peut manquer de tenir compte de la manière dont les choses sont comprises de notre intelligence, fùt-ii réaliste à l'excès ; et une distinction de ce genre permet seule de comprendre comment la succession réelle des mouvements des corps peut servir de matière au raisonneraeni purement logique, qui s'effectue en dehors de toute considération de durée et par les seules lois qui régissent les relations des idées entre elles. Or (et c'est un point très remarquable du mécanisme de Hobbes), selon notre philosophe, aborder le problème de la succession des mouvements, c'est aborder celui de la succession des causes et des effets ; mais tandis que le premier est un problème de dynamique portant sur un passage effectif d'un lieu à un autre en un temps donné, le second est un problème de statique, dont les éléments sont des accidents du coips^ par conséquent des qualités, on est tenté de dire des phénomènes, des représentations, des idées. Qu'est-ce, en effet, que la cause, pour Hobbes ? C'est la somme des accidents tant du corps qui agit que du corps qui pâtit, de telle sorte que leur réunion rend absolument nécessaire la production de l'effet i. Et l'interprétation que nous donnons à la pensée de Hobbes ne saurait être mise en doute, en présence du texte suivant : « Agens autem in patiente effectum suum certum producere intelligitur, pro certo modo seu certo accidente vel certis accidentibus quibus et ipsum et patiens prœdita sunt, id est, non propterea quod suni corpora, sed quod ialia, vel ialiter moia; nam alioqur omnia agentia in omnibus patientibus similes effectus producerent, quum sint omnia œque corpora ^ » : cela signifie
1. « Causa autem simpliciter si va causa intégra est aggregatum* omnium accidentium tum agentium quotquot sunt, tum patientis» quibus omnibus suppositis, intelligi non potest quin effectus unà sit productus, et supposito quod unum eorum desit? intelligi non potest quin effectus non sit productus. » De Corpore^ Hi ix, § 3.