‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 131 sur 229 · Id., II, vîn, g · texte numérisé non relu

Id., II, vîn, g

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mobilium, conatum coB^m vd omnino vel ex aliqua parle contrarium. )»

Enfin, après avoir donné une défîwteoa de la pression et de rélasticité, Hobbes donne une dernière d^nition de la force, plus précise que toutes les autres : « Vim d^^aiemus esse impetum multiplicatum sive in se, sive in magnîtwSnem moventis, qua movens plus vel minus agit in corpus quod resistit. » En résumé, ni la force, ni la résistance, ni la pression, ni l'élasticité ne sont autre chose que des mouvements en puissance ou en acte, et le mouvement reste en définitive l'élément dernier que puisse atteindre l'analyse pour expliquer tous les changements de l'uni-

vers.

La philosophie première aboutit sur le monde, sa constitution et ses limites, à des conclusions que nous allons résumer rapidement :

P Le monde est composé de corps, et il est lui-même un tout corporel, dont les parties peuvent être divisées à l'infini. La théorie des atomes est repoussée, ainsi que celle du vide ; le monde est un fluide immense, probablement limité, sans qu'au delà de ses limites il y ait rien, pas même le vide ; car on ne peut donner ce nom à ce qui n'est qu'un espace imaginaire, une abstraction de la pensée.

2"* Mais à y regarder de près, le caractère le plus marquant de ce fluide, l'essence même de ce corps est peutêtre moins la grandeur elle-même, que la mobilité continue de toutes ses parties : si l'on voulait définir le corps, peutêtre ne le pourrait-on que par la résistance qu'il oppose aux autres corps, par la force qui manifeste au dehors les qualités de la substance ; or la résistance et la force ellesmêmes sont des fonctions du mouvement et ne sauraient être comprises que comme telles.

3® Aussi les lois du mouvement sont-elles les lois mêmes du monde. Le monde est en une mobilité continue : le temps en est la loi la plus haute ; et si d'une part ïéternité du monde ou de son auteur est contradictoire, d'autre part

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le mouvement est à lui-môme sa propre raison ; il n'a pas eu de commencement et il se propage à Tiniini dans Tespace et dans l'avenir.

4*^ La continuité du mouvement implique le déterminisme absolu des phénomènes, et exclut du monde la possibilité, la contingence, la liberté et la finalité.

5"* Par conséquent, le problème de l'existence d'un Dieu infini reste en dehors de la philosophie, parce que l'infini est incompréhensible : et Hobbes le relègue dans la théo* logie, pour éviter sans doute de faire profession d'athéisme. La religion est une institution sociale et ne se rapporte qu'à la société ; elle ne repose que sur les intérêts des hommes, et non sur les aspirations de leur esprit et de leur cœur *.

1. Voyez sur Dieu : Lange, Hist, du Mat., 1, pp. 260 et A9b. Nous plaçons ci-dessous les passages importants du Traité de (a Nature humaine sur Dieu.

XL De Dieu. — « ...Comme nous donnons des noms, non seulement aux objets naturels, mais encore aux siu*naturels, et comme nous devons attacher une conception ou un sens & tous les noms, il faut que nous considérions quelles sont les pensées ou les imaginations que nous avons dans l'esprit lorsque nous prononçons le saint nom de Dieu, et les noms des vertus ou qualités que nous lui attribuons. »

« Comme le Dieu tout-puissant est incompréhensible, il s'ensuit que nous ne pouvons avoir de conception ou d'image de la Divinité ; conséquemment, tous ses attributs n'annoncent que Timpossibilité de concevoir quelque chose touchant sa nature dont nous n'avons d'autre conception, sinon que Dieu existe. »

« Nous reconnaiadots naturellement que les effets annoncent un pouvoir de les , produire avant qu'ils aient été produits, et ce pouvoir suppose l'existence antérieure de quelque être revêtu de ce pouvoir. L'EtTO existant avec ce pouvoir de produire, s'il n'était point éternel, devrait avoir été produit par quelque être antérieur à lui, et telui-ci par un autre être qui l'aurait précédé. VoUà comme, en remontant de causes en causes, nous arrivons & un pouvoir éternel, c'est-À-dire antérieur & tout, qui est le pouvoir de tous les pouvoirs et la cause de toutes les causes. »

« Cest là ce que tous les hommes conçoivent par le nom de Dieu, qui renferme éternité, incompréhensibilité, toute-puissance. »

« Lorsque nous disons de Dieu qu'il voit, qu'il entend, qu'il parle, qu'il sait, qu'il aime, etc., mots par lesquels nous comprenons quelque chose iians les hommes & qui nous les attribuons, nous ne concevons plus rien lorsque nous les attribuons à la nature divine... Ainsi les attributs que l'on donne & la divinité ne signifient que notre incapacité ou le respect que nous avons pour lui,... notre incapacité quand nous disons qu'il est incom-

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aît comme 1

On le voit, le système de Hobbes nous apparaît un mécanisme rigoureux, quoique sans vide et sans atomes : il ressemble plus à la physique cartésienne qu'à celle de Démocrite ou d'Épicure ; et nous n'avons pas hésité à indiquer tous les points par lesquels il touche au mécanisme idéaliste de Descartes (si l'on peut ainsi dire), en dépit de tous les passages où Hobbes affirme sa croyance en l'existence des corps, et son subslantialisme matérialiste. Mais on a pu se convaincre que ce substantialisme ne tient pas essentiellement au système, et qu'il n'ajoute à une doctrine mécaniste très solide que des affirmations sans grande valeur et sans grande portée. Le corps s'évanouit sous ses accidents essentiels, et il ne reste en définitive à portée de l'analyse que l'espace et la figure, objets de la géométrie, d'une part, et le mouvement, objet de la mécanique, d'autre part. « Qu'on me donne des figures et des mouvements, pourrait dire notre philosophe, et je reconstruirai le monde » ; la philosophie est, en effet, pour lui, une construction idéale (« generaiio qux fieri potuit »),

préhensible et infini... notre respect quand nous lui donnons les noms qui parmi nous servent à désigner les choses que nous louons et que nous exaltons, tels que ceux de tout-puissant, d'omniscient, de juste, de miséricordieux. »

« Par le mot esprit, noUs entendons un corps naturel d'une telle subtilité qu'il n'agit point sur les sens, mais qui remplit une place, comme pourrait la remplir l'image d'un corps visible. Ainsi la conception que nous avons d'un esprit est celle d'une figure sans couleur : dans la figure nous concevons la dimension ; par conséquent concevoir un esprit, c'est concevoir quelque chose qui a des dimensions : mais qui dit un esprit surnaturel dit une substance sans dimension, deux mots qui se contredisent... » (Incompréhensibilité de Dieu, p. 259.)

« Nous disons que l'âme humaine est un esprit et que ces esprits sont immortels, mais il est impossible de le savoir, c'est-à-dire d'avoir une évidence naturelle de ces choses ; car toute évidence est conception, et toute conception est imagination et vient des sens. Or nous supposons, que les esprits sont des substances qui n'agissent point sur les sens, d'où il suit qu'ils ne sont point possibles à concevoir. »

La croyance aux esprits vient des fantômes (Idée spencé- Tienne, p. 261).

« Ce fut cette Ignorance qui fit éclore chez les Grecs une foule de dieux et de démons bons et mauvais et de génies pour chaque homme. » (Spiritisme et esprits, Rapports avec les EcritureSt p. 263, en haut.)

et c'est une construction philosophique qu'il entreprend avec les ressources de la géométrie et de la mécanique de son temps.

Tout étant figure et mouvement, c'est par la géométrie et la mécanique, dont les principes sont étudiés par la philosophie première, que doit débuter la science. Les mathématiques étudient la figure et le nombre, objets de la géométrie et de Varithmélique. La mécanique étudie les mouvements visibles des corps. Mais il faut se rendre compte que le mouvement, en pénétrant dans les parties les plus profondes de la matière, devient invisible sans cesser d'exister, et qu'il est l'explication dernière des phénomènes naturels que la physique ou philosophie naturelie éti^ie ; celle-ci se divise, d'ailleurs, en autant de parties que nous avons de sens : à la vue, correspond l'optique ; à l'ouïe, l'acoustique et la musique, etc. ; et le son, la couleur, la chaleur, etc., ne sont que des accidents derniers des corps, qui ne sont eux-mêmes que des formes diverses du mouvement tant des objets extérieurs lumineux, chauds et sonores, que de l'organisme qui en prépare la représentation consciente i. Avec la sensation, le mouvement pénètre jusque dans la conscience et dans la pensée humaines, qui n'en sont que les dernières formes, singulièrement compliquées et parfaites, au point que le vulgaire refuse de reconnaître dans leurs lois les dernières complications des lois les plus simples de la mécanique. Sur ce point, Hobbes est positivement fidèle au matérialisme et, avant M. Spencer, il a tenté d'indiquer les grands traits de la mécanique cérébrale et de la mécanique sociale. Nous passons à Tétude de sa psychologie 2.

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