‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 14 sur 229 · PRÉFACE. XVII · texte numérisé non relu

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il répondait : « Je crois bien que c'est encore Spinosa et Kant. ï> C'est de cette méditation sans cesse renouvelée des mêmes auteurs que les derniers écrits analysés par M. Grosiean portent la trace. C'est elle qui remplit presque ces deux volumes posthumes.

On y lira cependant de belles pages intitulées Notre détresse morale et le problème de la moralité. Comme tous les grands penseurs, Mannequin n'aborde le problème de la moralité qu'après les autres et comme une conclusion. Il était déjà très malade et on pouvait le croire même plus près de la mort qu'il n'était en réalité, quand il fit, à Lyon, la conférence qui porte ce titre. Elle remua prolondément l'auditoire auquel il semblait tout à la (ois qu'il entendait le testament d'un noble esprit et qu'il était initié au secret d'une force d'âme que tous admiraient. De cette émotion ressentie le doyen Clédat, sept ans après, apportait encore l'écho sur la tombe de notre ami. Il avait parlé de détresse, lui le vaillant et l'optimiste, et dans le sens le plus plein du mot : « // n'y a de détresse que quand on ne lutte plus. » Et il en avait analysé les causes avec une pénétration et une science des choses morales qu'il n'avait pas encore révélées. Il ne nous abat que pour nous relever d'ailleurs. Sa large sympathie pour ce qui n'est plus n'entame en rien sa foi dans les droits et l'avenir de la raison. Sa démonstration émue s'^achèvera en un hymne à la bonne volonté et à la raison qui ne font qu'un. Là cependant aussi il dépasse Kant et se libère du formalisme^ L'universalité toute formelle du devoir devient en effet, avec lui, le devoir de s'affranchir de l'individuel, de se renoncer, et, allant plus loin, il afoute : de se donner.

Plusieurs formules dans cette leçon ont un accent religieux, parfois même chrétien. Mannequin fut toute sa vie un penseur très libre, mais sans fanatisme à rebours. Rien, d'autre part, n'est plus loin de lui que le dilettantisme. Il vit à la lettre, dans sa méditation métaphysique, de la vie du tout, et, dans la vie quotidienne même, fait ^^ifort qu^il vient de nous confier pour oublier qu'il est un être individuel, un être de désirs et de souffrances. Y eut-il famais, en un sens, attitude plus religieuse ? Mais

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elle ne s'accompagne, chez Hannequin, d'aucune mysti- Mté ni d'aucun frisson. Il est religieux à la manière de ce Spinosa pour lequel il se sentait de plus en plus d'inclination. Mais pour ceux qui n'ont pas cette religion-là, il ne trouve pas mauvais qu'ils en aient une autre qui les illumine, eux aussi, de la pensée de l'universel. Théoriquement, il y a place pour lui, dans la philosophie, pour une critique de la religion ; pratiquement, sa magnanimité naturelle le porte vers tout ce qui est sincère. Il aima, entre tous ses disciples, de ieunes prêtres qu'il entretenait, sans avoir à se contraindre pour respecter leur foi, dans le culte de la raison et des saints de la pensée. Il aimait, par-dessus tout, leur désintéressement. Ils étaient des disciples de bonne volonté, pour qui la philosophie ne faisait ni la carrière ni l'avancement. Il aimait leur courage intellectuel, leur pur amour du vrai, afouterai-fe fe ne sais quoi de noblement ingénu qu'il avait de commun avec eux. Et il s'intéressa passionnément aux problèmes relatifs à l'orientation de la pensée catholique qui, en ces dernières années, s'agitaient dans leurs belles consciences. Il y avait là pour lui une façon de s'abstraire de son point de vue propre et de vivre les plus nobles des sentiments d* autrui, conforme à la fois à son penchant et à sa doctrine. C'est l'un de ces feunes prêtres qui a écrit sur lui l'étude religieuse, elle aussi, par le degré et le ton de l'émotion que l'on trouvera après cette préface.

Cependant, le mal dont souffrait Mannequin avait fait, depuis les premières atteintes et depuis les diagnostics menaçants de l'année 1889, de lents et sûrs progrès. Les crises étaient plus fréquentes, plus cruelles. La science était à bout de ressources, et une opération semblait d'abord contre-indiquée. Des séfours prolongés chez Zes Frères de Saint-Jean-de-Dieu avaient été sans résultat appréciable. La fin approchait. Les chirurgiens lyonnais, qui savaient quel homme s'en allait, tentèrent alors l'impossible et, quand Mannequin n'avait plus que quelques heures à vivre, ils lui rendirent six ans de vie. Ils les lui rendirent grâce aux soins dont l'un d'eux, le docteur Bérard, continua de l'entourer. Nous lui devons en partie les dernières années de notre ami. Mannequin s'était

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