‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 154 sur 229 · Léviathan, II, ch. m · texte numérisé non relu

Léviathan, II, ch. m

« C'est par le secours des noms que nous sommes capables de

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les conceptions de l'esprit ne sauraient être conservées sans les signes sensibles qui les expriment. En dehors desimages et des mots, il n'y a rien dans la pensée humaine n on verra le nominalisme de Hobbes s'accentuer à mesure que nous pénétrerons plus avant dans sa conception de la science.

Le langage est un tissu de mots, institués par la volonté des hommes, pour exprimer la série des conceptions qu'ils ont des choses qu'ils pensent *.

Hobbes insiste à plusieurs reprises sur le caractère volontaire du signe 3.

C'est précisément parce que le langage est volontaire qu'il est le propre de l'homme : les animaux expriment, si l'on veut, leurs passions, espérance, crainte, joie, etc. ; ils s'entendent entre eux ; ceux d'entre eux qui sont dressés comprennent même certaines de nos paroles ; mais leurs cris ne sont point des mots ; ils les poussent sans le vouloir et comme par une nécessité de leur nature passionnelle et organique (ébauche de la théorie de Charles Bell) ; de même, lorsqu'ils nous comprennent, c'est par une association grossière que l'expérience les a peu à peu accoutumés à établir entre nos ordres et certaines suites qui sonf pour eux agréables ou pénibles. L'uniformité du langageanimal, opposée à la diversité du langage humain, le prouve 3. Par conséquent, ce qui distingue le langage ani-

science, tandis que les bêtes à leur défaut n'en sont point susceptibles. » Nature humaine, p. 221.

«< Est enim intelleclus imaginatio quidem, sed quae oritur ex verborum significatione constituta. » !•' vol. 2* Section, De Homine, ch. x. -^

1. « Sermo sive oratio est vocabulorum contextus arbitrio hominum constitutorum ad significandam seriem conceptuum earum rerum quas cogitamus. » De Homine, X, ch. i.

2. Il dit dans la Logique que les signes sont « res sensibileir arbîtno nostro adhibitas, ut illarum sensu cogitationes In animum revocari possunt slmlles iis cogitatonibus quarura gratia sunt adhibitœ. » De Corpore, I, ch. ii, § 1.

Et encore : « Une marque est un objet sensible qu'un homme^ érige pour lui-même volontairement. » Nature humaine, p. 220.

3. De Homine, X, § 1. On rapprochera cette théorie très nettfr de celle de Maine de Biran.

mal du langage humain, c'est la réilexion et la volonté : il n'y a de signes véritables que les signes ré/Iéchi« et volontaires.

Il existe, d'ailleurs, des signes naturels analogues à ceux dont se servent les animaux, et des signes arbitraires K LTiomme peut faire des premiers, par la réflexion, un véritable langage.

De tous les signes, les plus commodes sont les noms 2 :

Mais de ce que les signes véritables sont et doivent être volontaires, faut-il croire que les hommes ont réuni des assemblées et formulé des décrets pour fixer le sens des mots ? Non ; ce qui est plus vraisemblable, c'est que les premiers mots furent très rares et désignèrent à l'origine les objets les plus familiers, les animaux, etc. « ; ils furent choisis par les hommes pour des raisons psychologiques ou organiques qu'il est très difficile et même impossible de discerner ; mais la preuve en est dans la diversité des langues. Il est absurde aussi de dire que les hommes nommèrent les choses d'après leur nature ; car d'où viendrait la diversité des langues ? et quel rapport aperçoit-on entre un mot et l'objet qu'il désigne * ?

D'ailleurs, les noms sont les signes non des choses ellesmêmes, mais de la conception que nous en avons ; il y a bien un texte qui laisse un doute sur ce point 5, mais d'autres textes sont formels : deux lignes plus haut, Hobbes disait formellement que les noms sont les marques des con-

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