ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. XXIII
l'historien de la philosophie
Chargé d'un cours d'histoire de la philosophie qui devint plus tard un cours d'histoire de la philosophie et des sciences, A. Hannequin s'était tout de suite porté vers un groupe de philosophes qui furent, plusieurs, des créateurs ou des professionnels de sciences, tous au moins des curieux de problèmes et de méthodes scientifiques : Descartes bien au centre i ; en avant ses véritables précurseurs, non pas du tout les médiocres philosophes de la Renaissance, mais les algébristes et les géomètres du xvi« siècle et du xvii» commençant, Galilée aussi et les physiciens bénéficiers de la c( physique galiléienne » ; et plus loin, dans son prolongement, continuateurs de sa révolution, héritiers de sa méthode et chacun d'une partie de sa pensée, Vintellectualisme sans doute de Spinoza et de Malebranche, înais aussi le criticisme de Leibnitz et de Kant. Il avfiût projeté ^ de publier toute une série de volumes qui auraient renouvelé et vivifié l'intelligence un peu abstraite qu'on a en France
1. Le premier livre gu'il ait pensé à écrire était déjà consacré k Deseartes. Hannequin était encore étudiant À la Faculté des lettres de Besançon ; l'ouvrage, peu connu, fut publié cliez Dupont sous le nom et sans doute avec la collaboration de Ludovic Carrau, son maître d'alors, et un maître pour lui très bon. — A Lyon, les exigences des programmes de licence et d'agrégation l'avaient obligé & s'occuper fréquemment de philosophie grecque. Aristote plus encore que Platon l'attirait. Il y trouvait dès l'antiquité le type de philosophe et de philosophie qui le charmait si fort chez les modernes dans l'œuvre de Leibnitz, et qui l'excitait de préférence & la recherche de problèmes relevant à la fois d'une physique et d'une métaphysique. De son effort dans cette direction, où il n'allait d'ailleurs que par devoir profeesionnel, il reste une pénétrante et délicate étude sur la morale d'Artstote {Morale à Nicomaque (Dixième livre), Introduction de 83 pages, Hachette).
2. Je tiens à remercier ici M"* Hannequin qui m'a autorisé à prendre connaissance des manuscrits existants, et M. Chabot, qui a bien voulu faire profiter cette étude de ses remarques et de ses souvenirs personnels. J'ai une dette toute particulière à acquitter envers M. l'abbé Sarry qui fut le fidèle disciple de Hannequin pendant les dix dernières années, n m'a libéral^aient ouvert le « reliquaire » où sont pieusement déposés les cahiers de Descartes, de Spinoza, de Leibnitz, de Kant, le cours de métaphysique, etc. J'ai puisé sans scrupule dans ce trésor de riche : lui-même m'écrivait : « Je suis sûr que cet hommage rendu & la mémoire de Hannequin ne lui serait pas désagréable. » — Les textes entre guillemets appartiennent aux œuvres publiées, ou encore inédites avant le présent volume, sept ou huit à des comptes rendus qui n'ont pas été recueillis ou à des lettres ; pour les notes de cours abondamment utilisées. J'ai reproduit l'idée et les mots aussi exactement que possible, sans oser pourtant mettre la formule au compte de Hannequin luimême.