‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 20 sur 229 · XXIV ARTHUR MANNEQUIN ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

XXIV ARTHUR MANNEQUIN ET SON ŒUVRE

de ces philosophies cartésiennes déjà distantes, moins faciles à comprendre qu'il ne parait, souvent mal comprises, combien pourtant riches, encore inexplorées, et toujours actuelles, si elles sont pour quelque chose dans la plupart des problèmes qui continuent de se poser à nous et sous la forme même où ils se posent.

Des deux méthodes de Thistoire de la philosophie dont l'une considère un système <( comme une chose achevée, parfaite, définitive, abstraction faite des tâtonnements, des efforts successifs qui en amenèrent progressivement dans le temps la réahsation », et dont Tautre, au contraire, s'efforce de mettre en lumière « Vhistoire du système, c'està-dire sa formation, ses progrès, sa croissance, bref son évolution et sa vie », c'est bien la seconde, disait-il, qui avait ses préférences. Il le disait sincèrement ; et, à l'occasion, il appliquait sa science des textes, qui était très solide, et sa conscience de chercheur, qui était très scrupuleuse, à établir la genèse chronologique des doctrines, à retracer leur devenir complexe, à saisir leur individualité contingente et à marquer leur authentique filiation. Mais peut-être n'auraitil pas fallu trop le presser là-dessus : il estimait déjà cette recherche historique moins nécessaire même avec Kant, moins encore avec Descartes et Spinoza; personnellement il ne s'en servait guère qu'avec Leibnitz, et en réalité l'historique même de la philosophie de Leibnitz lui paraissait surtout démontrer que « les grandes directions de sa pensée n'ont guère varié, qu'elles furent fixées et coordonnées de très bonne heure ».

Vhistoire des doctrines l'intéressait à coup sûr, mais autant surtout qu'elle lui permettait de les mieux comprendre, d'en embrasser toute l'étendue et la portée, de marquer la signification des idées et des formules, de voir par où les parties font un tout. Les maîtresses pièces trouvées, isolées, tenues en mains, éprouvées longuement au contact des textes, il avait hâte de remonter la machine, de la faire fonctionner, d'arriver à une reconstruction où son esprit synthétique se plaisait à faire saisir la liaison des idées génératrices, l'âme secrète du système, l'orientation et les sinuosités de ses développements internes et externes, l'unité profonde de l'ensemble et des parties. Il ne se serait pas contenté de noter des faits, — tous les faits, — ' et de collectionner des textes, — tous les textes, — et, le sens et la valeur de chacun d'eux critiquement établis, de les laisser eux-mêmes se lier et s'expliquer les uns par les autres. Il intervenait volontiers ; il les

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