‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 191 sur 229 · Reg, : « Respectivum vero est, etc · texte numérisé non relu

Reg, : « Respectivum vero est, etc

2. /d., VI : « quos omnes distinguendos, etc. » 3v Id. « Cœterœ autem omnes non aliter, etc. »

222 ÉTUDES d'histoire de la philosophie.

Soit par exemple 3 et 6 les deux premiers termes d'une progression géométrique ; rien n'est plus simple que d'en déterminer le troisième par déduction; il suffit de noter que 6 est le double de 3, et de trouver le double de 6 qui est 12 ; de môme on déterminera le quatrième qui est 24, ou le double de 12, le cinquième qui est 48 ou le double de 24, et le n + l"** qui est le double du n"*. Mais quel enseignement nous est donné par cet exemple? C'est d'abord que chaque terme de la progression, sauf le premier, est déterminé par le rapport qui le lie au précédent, et qu'on appelle d'ailleurs la ratio ou raison de la progression ; c'est en second lieu que la répétition du respecius fondamental ou de la raison dispose en série la suite des termes de la progression, qu'elle en pourrait donner tous les termes, et que ces termes sont innombrables ; et c'est enfin qu'il est nécessaire, mais qu'il suffit, pour trouver un terme n quelconque de la progression, de compter le nombre (n-1) des respectas qui le séparent du premier, et d'en déterminer la valeur, en l'ajoutant à celle du premier. La conséquence remarquable de ces observations, c'est que, sauf un terme de la série, le premier, posé par un choix de l'esprit ou autrement, tous les autres n'ont pour ainsi dire aucune existence par eux-mêmes, ou que du moins ils ne la tiennent, le second que du premier terme et d'un respecius, le troisième que du premier terme et de deux respecius^ le quatrième que du premier terme et de trois respectus, et ainsi de suite à l'infini. Descartes n'exagérait donc pas l'importance de la règle qui prescrit de compter les rapports qui séparent toute chose relative ou respective de l'absolu correspondant; mais cette règle suppose que les rapports sont plutôt et sont plus que les termes, exception faite du terme initial ; et lorsqu'on songe qu'ils ont en outre une existence indépendante des termes qu'ils unissent, sans excepter le premier, on est conduit à cette conséquence inévitable que pour un nombre relativement restreint et en tout cas fini de premiers termes ou d'absolus, nous pensons un nombre

infini de rapports, qui occupent ainsi dans la connaissance humaine une place prépondérante.

Allons plus loin : Descartes nous ouvre cette perspective que l'absolu dans chaque série n'est pas toujours luimême un absolu, et que peut-être il n'en est qu'un fort petit nombre qui ne soient réductibles à quelque relation : au moment même où il rappelle que tout le secret de l'art consiste à tourner en toutes choses son attention sur ce qu'il y a de plus absolu {illud maxime absoluium), il ne peut s'empêcher de remarquer que telles natures, sous un point de vue, sont plus absolues que d'autres (magis absolula), mais que sous un autre, elles sont plus relatives (magis respectiva) ; et il donne l'exemple de l'universel qui à la vérité est plus absolu que le particulier, parce qu'il possède une nature plus simple, mais qui peut être considéré comme plus relatif, parce que son existence dépend de celle des individus ^. Encore ici cette relativité en quelque sorte réversible dépend-elle d'un point de vue de l'esprit : dans d'autres cas, certains termes sont vraiment plus absolus que d'autres {sunt vere magis absoluta), mais ne sont pas en toute rigueur les plus absolus (nondum iamen omnium maxime) : telle l'espèce qui est un absolu, si nous songeons aux individus, et qui est un relatif, si nous songeons au genre ; ou encore, dans l'ordre des choses mesurables, l'étendue, qui par rapport à ces choses est un absolu, mais qui n'est qu'un relatif par rapport à la longueur. Et Descartes, tirant tout d'un coup la conséquence de ces remarques, et faisant observer que ce qui importe, c'est beaucoup moins l'étude de chaque nature et de chaque terme pris à part {uniuscuîusque naiuram, naturas solitarias) que les séries elles-mêmes et les rapports qui les constituent, déclare qu'il a compté à dessein parmi les absolus la cause, Végalité, et autres natures semblables,

1. Reg., VI, p. 21 : « universale quidem magis absolutum est quam particulare, quia naturam habet magis simplicem, sed eodem dici potest magis respectivum, quia ab indivlduis dependet ut existât. »

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