‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 28 sur 229 · XXXIV ARTHUR HAXXEQUIN ET SON OEUVRE · texte numérisé non relu

XXXIV ARTHUR HAXXEQUIN ET SON OEUVRE

choses » ou, en langue spinoziste, « des essences formelles des modes finis ». Spinoza les « déclare à la fois éternelles, immobiles et fixes », mais aussi « particulières, singulières et môme individuelles ». Nous comprenons très bien, telle que Spinoza nous Texplique, Tindividuation des corps par le mouvement ; nous comprenons aussi Tindividuation des âmes par celle des corps ; nous comprenons mieux encore l'union du corps et de Tàme, et que les deux modes, pour ainsi dire, ne sont qu'un, puisque c'est Dieu qui fait leur union, Dieu commun support des deux séries parallèles d'essences formelles et d'essences objectives, qui se développent indépendamment Tune de l'autre, mais aussi qui restent en lui et par lui étroitement unies Tune à l'autre. Personnalité sans doute, mais, - n'est-il pas vrai, personnalité vraiment éphémère, si elle est limitée à la durée du corps : nous voudrions plus et mieux. Il n'y a pas -à discuter que chez Spinoza l'existence de l'âme cesse avec celle du corps. Seulement le corps cesse-t-il d'exister à l'heure de la mort aussi complètement que l'imagination le fait croire? Les res existent de deux façons, par leur essence et par le déterminisme des causes historiques ou réelles. Le corps qui n'existe plus d'une façon, ne peut-il pas encore exister de l'autre ? L'essence formelle est universelle^ cela va de soi, mais aussi singulière. Elle est les deux choses à la fois, unité dans Vuniversalité et universalité dans Vunité. On sait l'exemple fameux du scholie des sécantes dans un cercle : une seule loi et pourtant une infinité de rectangles, une essence universelle suffisant à déterminer une multiplicité d'individus. Ne pourrait-on pas dire que le corps, — tel corps, — qui n'existe plus dans la durée, reste encore compris par son essence formelle dans l'attribut éternel de l'étendue comme dans le cercle le rapport particulier entre deux sécantes qui se coupent ? En faudrait-il davantage pour concevoir non pas sans doute une subsistance de Vhomme à travers des siècles infinis, sœcula sœculorum, non pas non plus seulement Véternité des âmes, mais quelque chose de plus, d'une certaine façon Vimmortalité de la personne en dehors du temps ?

Et ce n'est pas un de nos moindres regrets entre tant d'autres, que ce Spinoza si longuement et si intimement médité, professé avec éclat en 1898, une dernière fois encore en 1903, soit, plus complètement même que le Descartes, perdu pour le public, et qu'on n'en ait retrouvé que les premières pages d'une étude de grande allure, mais à peine

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