‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 27 sur 229 · ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. XXXIII · texte numérisé non relu

ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. XXXIII

naissance de la sensation et de Timagination, à la connais* sance de la raison et de Tintuition, de rentrer en nousmême, — ce qui n^est possible qu'à la condition de rentrer en Dieu»

\ Peut-être pareille interprétation permettrait-elle de réviser

r le procès de panthéisme vraiment misérable fait si long-

I temps à Spinoza^ et de fonder en quelque manière la double

personnalité de Dieu et de Thomme. Au xvii* siècle les honnêtes gens s'indignaient de « Tidée horrible que Spinoza nous donne de Dieu )>. Le pieux Malebranche, qui s'en faisait au fond une idée toute pareille, la traitait d' ci épouvantable et ridicule chimère ». Les difTicultés aujourd'hui mieux connues de Vidée de Dieu nous rendent moins injustes ; saint Augustin avait bien dit : scitur melius nesciendo. Il n'est pas besoin d'être « déserteur du Judaïsme et enfin alliée 1 » pour se demander si Vintelligence et la volonté telles que nous les prêtons à Dieu, si nos concepts populaires de création et de providence, de libre arbitre, de causalité, de bien et de mal, sont « entia non rationis, sed imaginationis ». Cette grande doctrine où l'on a dénoncé un panthéisme horrifique, et qui est sans doute au fond l'un des monothéismes les plus élevés et les plus purs qui soient, n'intéressait pas seulement l'historien chez Hannequin ; elle répondait à un besoin d'âme vivement religieuse, mais « dans les limites de la raison ». A un de ses élèves qui lui demandait quels étaient les derniers bons livres sur Dieu, il répondait en souriant : c< Je crois que c'est encore Spinoza et Kant. » « Spinoza, m'écrivait-il un jour, est plus religieux que M. Brunetière, et peut-être a-t-il trouvé le vrai fond de ce qu il y a de religieux dans notre âme, en y trouvant la présence de ce qu'il appelait la substance de Dieu, C'est peut-être le seul exemple d'une doctrine religieuse que n'ébranle en rien la ruine de toute la construction métaphysique qui l'enveloppe. Et il est saisissant d'apercevoir tout ce qui lui est commun avec Kant, qui certaineinent sous le nom de Raison reconnaît une présence semblable, mais ne consent jamais à spéculer sur le même sujet. »

L'effort de Spinoza pour fonder Vindividu en Dieu est peut-être aussi remarquable, et il n'a pas été mieux remarqué. C'est l'un des problèmes qui retenaient l'attention de Hannequin — le problème « des essences des

Page 1