‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 31 sur 229 · ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. XXXVII · texte numérisé non relu

ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. XXXVII

négligé la tendance féconde, distinciive, des philosophies cartésiennes, pour la tendance stérile, retenue des exercices syllogistiques du jeune Leibnitz ; — de s'être abusés sur la valeur des deux sources du leibnitzianisme, celle d'où il parait venir, par où on peut artificiellement le faire passer, et celle d'où il a vraiment jailli et sans laquelle le large fleuve n'aurait jamais coulé.

Méprise curieuse, un moment troublante et qui semble être le fait d'une double erreur : l'une à la charge des commentateurs qui n'ont fait commencer la philosophie de Leibnitz en 1684-1686, date des grands manifestes. Logique, Mécanique et Métaphysique, que parce qu'ils ont délibérément ignoré la philosophie d'avant 1672, qu'ils n'ont pas vu qu'elle est déjà une géométrie, une mécanique, une métaphysique, — trois moments liés et progressifs d'une môme pensée, — et qu'on trouve tout au long dans cette première philosophie de l'espace, du mouvement et de l'esprit, le concept de la différentielle, le principe de la raison, etlesthèses constitutives de la Monadologie. Et l'autre, dont la responsabilité remonte à Leibnitz en personne qu'une dissertation d'école {de arte combinatoria) a égaré sur une fausse piste où il a couru cinquante ans, remarquait Hannequin, non pas tout à fait sans rien trouver, mais sans trouver assurément ce qu'il cherchait, et qui a eu l'air d'oublier lui aussi que si la Combinatoire produit les combinaisons, elle ne produit pas les termes sur lesquels elle opère, les données à combiner. Leibnitz av6tit compris à l'école de Descartes que ce qui doit prédominer dans la science, c'est la Jogique, ce qui vient de tesprit et non pas ce qui vient de la sensation ; qu'il faut travailler à éliminer les éléments non logiques au profit des éléments logiques, qu'en cela même consiste tout le progrès des sciences et des philosophies. Or la logique, c'est le syllogisme, si l'on veut; mais c'est aussi autre chose, des définitions, des axiomes, des postulats, toutes sortes de propositions primitives sans lesquelles le syllogisme ne fonctionnerait pas, des éléments législatifs de l'esprit sources d'à priori, des choses en somme auxquelles le principe d'identité s'applique quand une fois elles sont données, mais qui n'ont pas été données par le principe d'identité. La connaissance n'est donc pas le simple calcul logique, computatio logica, que Leibnitz rêvait au sortir des universités toutes scolastiques de son pays^ mal au courant lui-même des révolutions déjà opérées dans la science : elle est un système de rapports — les respectus de Descartes — indéfiniment

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créés et posés par le Cogiio. Les résultats qu'il attendait de la logique formelle^ la logique n'est en état de les fournir que si elle est la logique transcendantale. De la seule proposition A = A, personne n'a jamais rien tiré. Et comme Leibnitz, certes, n'est pas resté les mains vides, qu'il a réussi à se procurer de très bonne heure une des plus riches et des plus compréhensives philosophies, qui d'mlleurs est allée toujours s'enrichissant et s'élargissant,' c'est évidemment que sa pratique réelle valait mieux que son programme apparent, et qu'en définitive ses inoffensives utopies d'écolier l'ont moins égaré qu'elles ne continuent d'égarer quelques-uns de ses trop subtils lecteurs d'aujourd'hui.

Pour couper court à des malentendus qui ne vont à rien moins qu'à diminuer et à obscurcir une philosophie qui lui était chère , et donner à sa protestation l'autorité d'une véritable démonstration, Hannequin se résolut bravement à reprendre l'étude de Leibnitz. Le plan du cours qui devait durer trois ans indiquât assez le but poursuivi. II s'agissait de montrer : 1® comment les Meditationes de cognitione, veritate et ideis, véritable introduction à la logique de Leibnitz, résument tout le grand travail mathématique opéré dans son esprit à la suite du séjour à Paris (1672-1676), — c'est-à-dire la mathématique dans la pensée de Leibnitz ; 2^ comment Leibnitz a réalisé l'union de la mathématique et de la physique et, en constituant sa dynamique, posé les principes d'une philosophie de la nature, — c'est-à-dire la mécanique de Leibnitz ; 3^ comment la Monadologie s'est développée et organisée sous la double dépendance des mathématiques et de la mécanique, — c'est-à-dire la métaphysique dernière de Leibnitz dans la mesure où elle a été influencée par sa logique mathématique et sa logique mécanique.

Leibnitz, môme « kantianisé » autant que certcdns textes l'autorisent, ce n'est pas encore Kant, mais c'est le chemin qui y mène vite et droit si l'idée directrice de Leibnitz est que l'élément logique, le construit, doit prédominer sur l'empirique, que l'idéal explique le réel, que l'espace et le temps sont dans l'esprit et non dans les choses. Kant a été le maître après lequel Hannequin n'en a plus cherché d'autres. A maintes reprises il avait donné des deux Critiques une explication complète, très personnelle, très fouillée. Les cours de 1900-1901 et de 1901-1902 où il reprit une dernière fois

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