‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 37 sur 229 · ARTHUR HANNEQUIN ET SON QBUVRE. XLV · texte numérisé non relu

ARTHUR HANNEQUIN ET SON QBUVRE. XLV

tique; c'est affaire de vie intérieure, de pratique et de croyance. Mais il ne paraît pas niable, — le rationalisme kantien va jusque là, — que d'une certaine manière, la Raison dans Thomme est Texpression d'une Raison divine. D'où viendrait autrement que la marque caractéristique du rationnel, c'est l'universalité et la nécessité? Et qu'est-ce donc qui aurait décidé un jour le philosophe de la Raison pure à écrire tout un gros livre sur la Religion ?

5<* La Critique et la physique contemporaine, — Justifier la science de son temps, c'est-à-dire chercher ses conditions dHnteUigibilitéy^ la Critique de Kant n'avait pas d'autre objectif, et la Critique en soi n'en saurait avoir qui de près ou de loin ne se ramène à celui-ci. Mais l'analyse du philosophe a été si précise et si pénétrante que les résultats de sa Critique suffisent encore à rendre raison de notre science à nous, hommes du xx» siècle commençant Au moment même où des mathématiciens pressés portent contre la théorie kantienne de la connaissance une condamnation hautaine, mais qui n'est pas sans appel, voilà que la science en qui s'exprime le mieux notre effort scientifique, — la physique, — vient déposer en sa faveur d'une façon vraiment impressionnante et inattendue. On sait ce que Kant nomme les analogies de Vexpérience^ les trois principes, déduits des catégories de la relation et schématisés dans le Temps, de substantialité^ de causalité et de communauté d'action : (( Par le premier, l'entendement ne saurait connaître une Nature sans imposer a priori la condition d'une constance ou d'une invariance qui lui donne le caractère substantiel de la matérialité ; par le second, l'entendement impose à cette substance permanente ou à cet invariant une variation actuelle qui en respecte l'invariance, en ce sens que le changement est l'état même de la substcmce et s'effectue dans les limites qui lui sont assignées par la loi fondamentale de permanence ou de conservation ; enfin par le troisième, l'entendement requiert entre les substances matérielles ou la matière des différents corps une action réciproque où se trouve rigoureusement réalisée la double loi de l'invariance quantitative de la matière et de son infinie variabilité. » Ces conditions, Kant les trouvait de son temps réalisées (( dans le principe de la conservation de la masse, dans celui de la continuité du mouvement soumis lui-même à des lois de conservation, enfin dans l'attraction réciproque de toutes les masses distinctes de l'univers ou dans la gravitation universelle ».

XLA'l ARTHUR HANNEQUIN ET SON GEUVRE.

Dieu sait si de Newton à nos physiciens la physique a évolué ; et voilà cependant que d'autre façon et de façon plus exacte nous les retrouvons, nous encore, ces <t principes suprêmes d'intelligibilité » dictés par le génie de Kant à la science de son temps, tous trois vérifiés par les grandes lois de l'Energétique moderne : « la loi de la conservation de l'énergie ; la loi de Clausius qui affirme le changement continu des phénomènes, en nie la réversibilité, et en conséquence lui oppose un sens dans la durée ; enfin la loi de l'interaction des formes diverses de l'énergie, et, selon l'expression d'Ostwald, de leurs Verbindungen ou de leurs liaisons. N'est-il pas tout à fait remarquable, concluait Hannequin triomphant, que les trois analogies de Vexpérience conçujBS assurément par l'auteur de la Critique sans la moindre notion de progrès lointains et impossibles à prévoir, aient trouv.é leur expression la plus pcu^faite non dans la science newtonienne qui les avait inspirées, mais dans les trois lois de la thermodynamique qui sont à l'heure actuelle les principes suprêmes de la physique tout entière ?.». Et n'avons-nous pas droit de penser que si la physique* de demain, celle qui va remplacer tout à l'heure l'Enefçét/que, aboutit à d'autres lois, à d'autres Hauptsàtzc, ces nouveaux Hauptsàtze différents sans doute des deux que l'Energétique a déjà formulés, du troisième qu'elle pressent, continueront encore de vérifier les Grundsâtze du vieux Kant, — le Grundsatz qui n'est pas une loi scientifique, qui reste une forme a priori indépendante de tout élément empirique, se retrouvant toujours impliqué dans le Hauptsatz, quel qu'il soit ?

Aucun des quatre ou cinq fondateurs de la philosophie moderne auxquels Hannequin a donné le meilleur de ses méditations et de son enseignement, ne l'avait conquis aussi complètement que Kant. La vérité, il estimait sans doute que c'était pour une part, dans l'ordre de l'existence, la monade de Leibnitz, ou une monade qui en est proche parente ; mais, dans l'ordre de la connaissance, il répétait avec une assurance tranquille que « c'est l'idéalisme transcendantal ». 11 l'aimait, cette philosophie, d'aspect sévère, pour ses parties transparentes et faciles qui ne sont pas aussi rares qu'on dit ; pour ses parties profondes et embarrassées, chargées de pensée neuve et subtile où l'esprit du lecteur doit chercher, où le sien faisait de précieuses trouvailles ; pour la place qu'elle tient dans les méthodes et les problèmes de la spéculation contemporaine ; pour la trans-

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