‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 36 sur 229 · XLIV ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE · texte numérisé non relu

XLIV ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE

D'autre part, Kant n'avait pas à revenir sur l'interdit signifié à la Raison de démontrer la liberté, Fimmortalité, Dieu. La sensibilité restreint rigoureusement la portée de la connaissance par catégorie. Nous ne connaissons que les phénomènes, c'est vrai. Mais l'Entendement à son tour et par là même ramène la connaissance sensible à ses limites infranchissables. Si la sensibilité restreint la portée de la connais* sance par catégorie, c'est la fauts de la sensibilité, et non pas le fait de la catégorie. Avec d'autres formes que l'Espace et le Temps, nous penserions encore un objet, el ce serait un objet tout différent de l'objet que nous pensons. Par elle-même la catégorie peut plus que ne laisse voir sa collaboration avec la sensibilité : elle est puissance de penser un objet ûherhaupt C'est donc que l'objet phénoménal n'est pas tout l'objet. Il y a place pour d'autres objets que ceux de notre expérience, — pour des objets qui ne seraient pas des phénomènes, qui seraient des intelligibilia, des noumènes. De tels objets, le fonctionnement humain de l'Entendement, — un entendement lié à une sensibilité, — m'empêche de les connaître, mais j'ai tout de même puissance de les penser. Et si par ailleurs j'ai des motifs de croire qu'ils sont, de les affirmer, par qui ou par quoi ep serais-je empêché ? La Raison se découvrait tout à l'heure comme le moteur invisible de toute activité scientifique ; nous l'entrevoyons maintenant comme Tunique et mystérieuse ouvrière de moralité et de croyance.

Dénoncée d'abord comme une faculté d'illusion et de mensonge, la Raison, peu à peu, à mesure que son œuvre nous est mieux connue, apparaît comme le fond et le tout de l'esprit, comme l'unité vivante du Cogito dont les éléments a priori, idées, catégories, intuitions, ne sont que des déterminations singulières. La Raison, c'est moi. C'est peut-être même quelque chose de plus ; elle me dépasse, il y a en elle de l'universel. Je participe à une Raison qui dépasse tous les hommes, — une Raison divine. Je peux croire que c'est Dieu — « un Dieu formel^ » — qui parle dans ce Cogito à la fois humain et divin. Kant s'en tient là — à une croyance pratique. Impossible de démontrer que cette Raison est Dieu : il y faudrait une théologie, et nous ne sommes pas plus capables d'une théologie panthéiste que d'une autre. Il n'y a pas, sur les rapports du divin et de l'humain dans la Raison, de solution rigoureusement dialec-

1. L'expression est de M. Bergson. L'Evolution Créatrice, p. 3ô6,

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