‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 47 sur 229 · ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. LV · texte numérisé non relu

ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. LV

ses plus brillants camarades d*agrégation s'empressaient vers les nouvelles terres de la psychologie pathologique^ de la sociologie et des philosophies médiévales^ qu'il valait encore la peine d^ôtre simplement philosophe et de n'être que cela, de s'intéresser, comme Descartes et Leibnitz, à tout ce que la réflexion critique réuésit à savoir de l'esprit qui pense et des choses qui sont pensées. De son commerce prolongé avec les Cartésiens, Hannequin avait aussi rapporté cette idée, longtemps oubliée en France, que la science de la nature offre d'abord c( un premier appui, une première assise indispensable pour la réflexion... qu'il n'est pas bon, par conséquent, que la métaphysique vienne avant son heure ». Il était de ces générations pas très anciennes, où le diplôme du baccalauréat es sciences demandé aux agrégés de philosophie indiquait la mesura de ce qu'il devait entrer officiellement de culture scientifique dans la tête d'un philosophe. A Amiens, et plus tard à Lyon, il se remit bravement aux mathématiques et aux sciences physiques. On peut lire avec confiance, et aussi avec admiration, la première moitié de son livre où il s'est appliqué à exposer et à tirer au elair — au prix de quel travail I — quelques-unes des plus abstruses théories de l'analyse, de la géométrie, de la mécanique, de la physique et de la chimie d'aujourd'hui ; dans l'ensemble, le tableau, s'il n'est plus peut-être tout à fait au point pour un spécialiste, reste encore pourtant exact et utile.

Amené sur un bon terrain, outillé d'une bonne méthode, Hannequin eut la fortune de tomber tout de suite sur un joli problème. Encore élève au lycée de Reims (je tiens ce détail de lui-môme), il avait été soudainement frappé dans une vision d'adolescence, pendant une classe de physique, par la beauté de la conception mécanique du monde. De cette heure et d'une émotion inoubliée a vraisemblablement daté ridée de son livre. Le mécanisme, étudié dans ses fondements, lui parut peu à peu postuler une autre conception qu'on n'a pas toujours aperçue, — Yhypothèse des atomes, Cinétisme et atomisme seraient choses inséparables : « Notre science réduit tout à Fatome, comme elle avait déjà réduit tout au mouvement. » C'était là au début une pure vue de l'esprit, suggérée par certains faits, impliquée dans certaines théories ; on pouvait l'emprunter à la chimie, et aussi à quelqu'une des cosmologies rudimentaires des Grecs. Qu'est-ce qu'elle valait au fond ? Pour répondre, il fallait d'abord interroger les sciences et les savants, leur faire

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