ARTHUR IIAXNEQUIN ET SON ŒUVRE. LXVII
des affinités aperçues ou cachées, prochaines ou lointaines, qui le prolongent au-delà de la conscience présente, et qui le retiennent ainsi dans le tout solidaire de notre connaissance. )) Mais que l'objet tienne sa réalité, — à un premier moment du processus dialectique, — de notre pensée, ce n'est pas qu'il ne la puisse tenir d'ailleurs et à d'autres titres. Que la vérité réalise d'abord « l'accord à travers la durée de l'esprit avec soi... l'accord entre tous les esprits », ce n'est pas qu'elle ne puisse réaliser d'une certaine façon, — d'autre façon que le dogmatisme l'a entendu, -— a l'accord de l'esprit et. des choses ».
On ne remarque pas deux des caractères de nos sensations, à savoir qu'elles sont et qu'elles restent, malgré tous nos effort*, à la fois confuses et obscures. Ce qui ne vient que de la pensée est nécessairement clair pour la pensée. Puis donc qu'elle reste trouble et énigmatique, la plus humble sensation témoigne assez haut qu'elle tire quelque chose de la pensée, sans quoi elle ne serait pas noire, mais qu'elle tire aussi quelque chose d'ailleurs, sans quoi elle ne serait pas sensation. On reconnaît volontiers le besoin que la science a de l'expérience ; meus on méconnaît ce que cela signifie, à savoir que la science révèle l'action du Cogito, mais qu'elle trahit un autre concours encore, puisque le Cogito fonctionnant tout seul ne produirait rien. Les choses sont déjà réelles par cela seul que nous les pensons, mais elles sont réelles aussi parce que nous ne pouvons pas ne pas les penser, parce qu'elles s'imposent à notre pensée, qu'elles la conditionnent dans chacune de ses démarches, — qu'elles ne pénètrent pas en nous sans doute, que nous ne pénétrons pas en elles non plus, mais qu'elles nous actionnent pourtant d'une manière continue jusqu'au fond de nousmême.
C'a peut-être été la faute de Kant de s'en tenir là, d'arrêter court des inductions parfaitement légitimes. Puisque les choses nous affectent, c'est donc que tout de même nous les connaissons, — par la manière même dont elles nous affectent ; qu'il ne nous est pas interdit d'étudier l'empreinte qu'elles laissent sur nous, « et en tout cas d'y déchiffrer certains traits généraux appropriés sans doute à la nature des choses, non moins qu'à la nature de l'être qui les reflète ». Puisqu'il y a perception par exemple, il faut bien que ces choses en soi, — inconnues et inconnaissables, — aient en elles de quoi se prêter aux formes de notre sensibilité ; et, puisqu'il y a jugement, il ^aut aussi qu'elles aient de quoi se