LXX ARTHUR HANXEQUIN ET SON OEUVRE
sance^t — la meilleure preuve en somme de la consistance de sa pensée philosophique. Il y trouvait aussi d'autres choses qui ne lui tenaient pas moins à cœur. La grande inquiétude de notre génération est sans doute de savoir si l3 Dieu des théodicées traditionnelles n'est pas encore « la dernière idole » ; et si la loi morale^ objet sacré, pour Kant, rf d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes )>, n'est pas tout simplement un certain « clivage » des faits sociaux destiné prochainement à être remplacé par un autre. Mais c'est surtout de savoir ce que vaut la pensée^ notre pensée, si elle n'est qu'une fonction du système nerveux, Yépiphénomène qu'on a dit, t< l'ombre projetée accompagnant les pas du voyageur », le produit d'un organisme biologique un peu plus différencié que les organismes d^s autres animaux connus ; — ou si, au contraire, selon le mot de Pciscal, « l'homme est visiblement fait pour penser, si toute notre dignité consiste dans la pensée, si c'est de là qu'il faut nous relever et non de la durée et de l'espace », si les apparences, c'est le corps et la matière et les lois du mécanisme, si l'esprit et le règne de la moralité et des fins sont les véritables et uniques réalités. La théorie de l'être que j'ai résumée aiderait singulièrement à résoudre l'angoissant problème. Elle irait rejoindre et coin* pléter les enseignements les plus élevés des maîtres français du spiritualisme post-kantien, « la haute doctrine qui enseigne que la matière n'est que le dernier degré et comme l'ombre de l'existence ; que l'existence véritable, dont tout autre n'est qu'une imparfaite ébauche, est celle de l'âme ; que, en réalité, être c'est vivre, et vivre, c'est penser et vouloir ; que le bien, que la beauté, expliquent seuls l'univers et son auteur lui-môme ; que l'infini et l'absolu, dont la nature ne nous présente que des limitations, consistent dans la liberté spirituelle, que la liberté est ainsi le dernier mot des choses, et que, sous les désordres et les cintagonismes qui agitent cette surface où se passent les phénomènes, au fond, dans l'éternelle et essentielle vérité, tout est grâce, amour et harmonie 1. »
L'originalité de Hannequin serait de s'élever à cette grande perspective par le chemin long et encombré de la science, — le chemin royal pourtant de toutes les métaphysiques ; celuilà qu'Aristote déjà connaissait, et qu'ont rouvert les organisateurs de la pensée moderne, Descartes, Leibnitz, Kant. Et
1. Ravaisson, La Philosophie en France au XIX' siècle, p. 282.