ARTHUR MANNEQUIN ET SON OEUVRE. LXXXV
pas être, est par la force môme de sa tendance à être ou par la plénitude de sa perfection ». Bossuet, pareillement, disait dans sa langue superbe i * : (( L'impie demande : Pourquoi Dieu est-il ? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne serait-il pas ? Est-ce à cause qu'il est parfait : et la perfection est-elle un obstacle à Fêtre ? Erreur insensée : au contraire, la perfection est la raison d'être. »
Voilà qui est acquis. Mais ce qui peut-être n'est pas moins acquis, c'est la critique que Kant a faite de toute cette puissante argumentation quand il a dénoncé l'origine et la signification de VOmnitvdo KealitatU* Nous hypostasions sans y prendre garde une opération de l'esprit indéfiniment progressive ; înachevable de sa nature, nous ne laissons pas de la supposer achevée dans la détermination d'une Intelligence suprême. Nous réalisons l'Idéal de la Raison pure, l'Inconditionnel en qui nous cherchons la condition d'existence de tout le reste. Les Cartésiens avaient une théorie de la connaissance qui les autorisait à regarder comme légitime cette démarche de la pensée : ils faisaient de la Vérité une chose absolue et éternelle qni domine notre conscience et soutient notre vérité humaine. Mais nous autres, disciples de Kant, nous avons changé tout cela : pour eux, c'était Vlntelligible qui expliquait Vintelligence^ pour nous, c'est Vintelligence qui explique Vlntelligible. Et c'est là sans doute une révolu* tion non pas du tout dans la religion, mais bien tout de même dans la science de la religion, dans les théologies et les apologétiques. Il faut nous convaincre d'ailleurs que c'est parce que nous ne pouvons pas démontrer, — au sens fort du mot, — que Dieu existe, que nous aO|nines dûment autorisés à croire qu'il existe : « La verttl des choses morales et religieuses est justement qu'on ne les démontre pas, et qu'elles exigent avant tout l'acquiescement, le consentement, le don gratuit et complet de l'esprit. Pascal, en ces choses, voyaî{ profondément quand il disait : Il faut à la religion, non des preuves de raison, mais des preuves qui confondent la raison. »
Mais tout de même ceux qui croient, c*est bien que certains faits, certaines idées, certains besoins servent de point de départ et de point d'appui à leur croyance. Voici, il met semble, les deux ou trois choses dont la croyance personnelle de Hannequin se serait volontiers réclamée. D'abord il y a la Raison^ tout l'ensemble d'éléments a priori que l'Expérience n*expliftue pas, qui au contraire expliquent TExpé-
1. giévations sur les mystères, première semaine, première éléTatlon.