ARTHUR IIANNEQUIN ET SON OEUVRE
il répondait : Mais oui ! — Il sympathisait avec les jeunes de la nouvelle Université. Il confessait que les générations d'avant, et la sienne aussi, avaient été dupes d'un libéralisme un peu verbal ; que le vrai libéralisme n'a pas à se désintéresser de l'évolution des idées et des institutions, qu'il doit travailler à préparer activement pour les hommes de demain plus de vérité, de bien-être, de sécurité, de dignité de vie ; qu'il se confond pour ainsi dire avec l'Esprit créateur de la science et de la morale. Il faisait sienne cette belle parole d'un ouvrier anglais, Albert Stanley : c( Il faut qu'après nous, après notre mort, le monde soit un peu meilleur. » Un droit nouveau commence à poindre ; que par chacun de nous, par toutes nos pensées et toutes nos activités, il monte plus pur^ et rayonne plus vite et plus réparateur ! Il était fier, — fils lui-toôme d'un humble maître d'école, — de l'immense et admirable effort concerté, en ces trente dernières années, pour mettre en culture prometteuse de riches moissons, par l'école primaire gratuite et obligatoire, par les Universités populaires, par les œuvres post-scolaires, par l'enseignement supérieur revivifié, par l'enseignement secondaire modernisé, rajeuni, tout à l'heure plus largement ouvert, toute la bonne terre intellectuelle de France. Il était franchement démocrate au sens plein et grand du mot. Il ne se dissimulait pas quelques-unes des fautes de notre démocratie d'aujourd'hui, les craintes fondées grandissantes qu'elle fait par moment concevoir à des esprits qui n'ont pourtant pas l'habitude de regarder en arrière. Mais il lui faisait crédit, — oh ! un large crédit ; il l'aimait pour elle-même, pour ce qu'elle est, pour ce qu'elle sera, pour ce qu'elle a coûté, pour les luttes ardentes dont elle est sortie et que les hommes de 1880 n'ont pas encore oubliées. Il lui murmurait tout bas, amoureux et enthousiaste, croyant noblement à tous les biens et à tous les mieux, cette parole de Novalis à la Nuit : (( Que caches-tu sous ton manteau qui, quoique invisible aux yeux, me va si puissamment à l'âme? »
Convaincu personnellement par tout le fond de sa philosophie que l'homme sera religieux à l'avenir comme il l'a été dans le passé, si la Critique fait voir qu'il l'est par la nature même de l'esprit et de son fonctionnement, et aussi sans doute que, pour longtemps et pour beaucoup, <( le christianisme reste le lit du grand fleuve religieux de l'humanité i », Hannequin suivait du dehors, mais avec attention,