ARTHUR HANNEQUIN ET SON ŒUVRE. CI
d'idéal haut et généreux, un professeur éloquent et écouté, le meilleur et le plus aimant des maîtres. Il fut encore un sage, au sens antique du mot; bienveillant et doux à la vie qu'il savait devoir être courte pour lui et qui lui fut parfois dure ; bienveillant et doux à la mort qu'il attendit de bonne heure, qu'il regarda en face sans faiblesse ni forfanterie, et qui n'aura été soudaine et terrible qu'à ses amis, à ses élèves, — à ses enfants, — à ceux qui l'embrassaient à son départ en juin, ignorant que c'était la dernière fois, qu'il ne leur serait plus donné de revoir son bon et fin sourire, ses yeux « dont le regard étincelait d'une inoubliable clarté », de mettre leur main dans sa main chaude et caressante, de repasser jamais la petite porte accueillante du quai de Cuire qu'on franchissait joyeux et d'où Ton sortait toujours un peu çaeilleur, plus fort pour les luttes do chaque jour» plus indulgent aux hommes et aux choses, — épris de philosophie, presque philosophe.
J. Grosjean.
sa terrible infirmité, il les exposait triomphalement et sans effort, jQuissant en artiste de sa maestria philosophique, et donnant à ses auditeurs, par l'éclat de son style et la rigueur de ses idées, le sentiment de la souveraine puissance intellectuelle. — Dans ses conversations particulières, lors des conférences fermées que le pauvre malade nous faisait chez lui, étendu sur une chaise longue ou sur son lit de souffrance, son kantisme était peut-être plus admirable encore, car il s'exprimait alors dans l'abandon libre et touchant de l'homme à l'homme, ou plutôt du père à ses enfants, et nous admirions, dans cette nature d'élite, l'étendue de l'érudition scientifique unie à la profondeur de la conscience morale et religieuse, le sentiment du mal radical et de l'indifférence des lois de la nature faisant jaillir, dans cette âme généreuse, la foi spontanée dans le règne de la Justice et de l'Amour. Enfin et surtout. Mannequin réalisait et conciliait dans l'expérience douloureuse de son implacable maladie, comme dans son enseignement, cette antinomie dramatique et sublime d'un déterminisme brutal, qui ruinait progressivement et sûrement son organisme, et d'une volonté héroïque qui eut le dessus jusqu'à la fin. » A. Gindrier, Le Censeur, 30 novembre 1907, p. 395.
UAN?(EQUIN, I.