‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 89 sur 229 · C ARTHUR MANNEQUIN ET SON CEUVRE · texte numérisé non relu

C ARTHUR MANNEQUIN ET SON CEUVRE

qu'il aimait le plus, à qui il réservait la meilleure part de son cœur, de sa pensée, de ses pauvres demi-journées de fiévreux et d'alité. Il se faisait de sa responsabilité envers eux, envers ce qu'ils étaient, ce qu'il voulait les aider à être un jour, une haute et grave idée. 11 les invitait à sa table de famille. Ceux qui venaient de loin trouvaient grande ouverte la riante petite chambre d'ami. Leurs études, leurs succès d'examen, la préparation d'une thèse, d'un mémoire académique, l'effort seoiement pour continuer de peaser et ne pas trop vite déchoir et s'enliser, étaient les plus fières de ses joies. Ceux d'entre eux qui se pressaient aux jours mauvais pour le visiter, lui faire oublier pour quelques heures le terrible mal qui l'immobilisait, l'émouvaient profondément : « Les braves gens ! disait-il, après leur départ. La gentille jeuT nesse I Si vous saviez comme ils sont bons 1 » Il n'a peut-être jamais su, lui, comme il avait été bon le premier, et à combien I II continuait de les suivre dans la vie, il n'abandonnait jamais le premier une amitié ; et ceux-là mêmes qui avaient paru l'oublier, ayant tiré de lui ce que leur ambition de carrière pouvait en attendre, et dont l'éloignement et le silence l'avaient d'abord surpris et meurtri, il les accueillait à leur retour avec la même bonté, sans plainte ni reproche.

Arthur Hannequin n'aura pas été seulement un métaphysicien, — de la famille des grands métaphysiciens, — original et puissant, un historien très sûr et très pénétrant de l'évolution et de la pensée philosophique de Descartes à Kant, un des premiers ouvriers, des plus intelligents et des mieux préparés, de la philosophie des Sciences. Il fut aussi un merveilleux entraîneur de jeunes gensi, un inspirateur

1. On lira avec plaisir ce témoignage éloquent de l'un d'entre eux sur ce qu'a été, chez Hannequin, le philosophe et l'homme : « Non, le kantisme n'est ni une scolastique, ni une momie; et ceux qui, en 1899 et en 1900, ont eu la chance de l'entendre exposer à Lyon par le prestigieux métaphysicien et l'incomparable penseur que fut Arthur Hannequin; ceux de ses élèves qui subirent le frisson de cette éloquence métaphysique, et qui savent de quelles merveilleuses perspectives et de quelle profonde signification vitale s'Illuminaient, sous le regard étincelant et la parole ardente du maître, les théories les plus abstruses de la Critique, ne consentiront pas volontiers à ne voir dans le kantisme qu'un catéchisme d'abstractions à l'usage des examens universitaires.

« Hannequin non seulement avait admirablement compris et définitivement adopté la philosophie de Kant, mais il l'avait pour dire humanisée en se l'incorporant; il la vivait passionnément et la magnifiait par toutes les énergies de son être, dans son enseignement public et dans ses conversations intimes.

« L'analytique transcendantale, l'argument ontologique, la liberté nouménale et l'autonomie du vouloir étaient ses grands chevaux de bataille, en même temps qu'il les déclarait les critères suprêmes de l'esprit 1 hilosophlque. Dans les intervalles de crises que lui laissait

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