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Rép. aux qualr. obj., ibid., p

LA PREUVE ONTOLOGIQUE CARTÉSIENNE

quand on peut la mettre au jour, de la fausseté d'une idée ; mais, en revanche, la non-contradiction ne saurait en garantir la vérité qu'autant qu'on serait sûr d'en avoir atteint, par l'analyse, tous les éléments, jusqu'au dernier : et c'est aussi ce que réclamait Leibnitz, quand, par idée distincte, il ne voulait entendre que celle dont on connaît, sans exception, tous les éléments. Mais si nous nous trouvions en face d'une idée, dont le propre justement serait d'être inépuisable, d'être, comme dit Descartes, « incompréhensible », quand donc en serait achevée l'analyse complète ? Jamais, assurément ; et c'est le cas de l'idée de l'infini. Seulement, par une chance qui rappelle celle du doute universel, conduisant d'autant plus droit à la première des certitudes qu'il est plus radical, l'analyse complète de l'idée de l'infini n'est rendue impossible que par la raison même qui la rend inutile : car d'où vient que l'infini est incompréhensible ? Descartes l'a dit trop de fois pour qu'il faille insister, et notamment dans la troisième Méditation : de ce qu'il est le souverainement positif, lé positif sans bornes et sans limites, et de ce qu'ainsi l'idée même que j'en ai exclut la possibilité de toute contradiction.

On peut sans doute refuser d'accorder à Descartes les postulats que nous avons dégagés, et sur lesquels repose tout le cartésianisme ; mais il n'est pas un cartésien qui, les ayant admis, puisse démontrer autrement la non-contradiction de l'idée de l'infini : Spinoza, qu'on n'accusera pas de vouloir faire l'économie d'une démonstration, ne trouve qu*une phrase concise pour dire la même chose : (( Il est absurde d'imaginer une contradiction dans l'être absolument infini et souverainement parfait i. » Et dans les rares occasions où Leibnitz lui-même, passant de la réclamation à l'action, s'est efforcé de résoudre le problème qu'il pose, comment s'est-il tiré de la difficulté ? de la même manière exactement que Descartes, par l'excellente raison qu'il n'y en avait pas d'autre : « Le fondement

1. Ethique, 1" partie, propos. 11, 2' clémonstr., trad. Saisset, t. III, p. 12.

ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.

de ma charactéristique, écrit-il à la duchesse Sophie i, l'est aussi de la démonstration de l'existence de Dieu. Car les pensées simples sont les éléments de la charactéristique^ et les formes simples sont la source des choses. Or je soutiens que toutes les formes simples sont compatibles entre elles. C'est une proposition dont je ne sçaurois bien donner la démonstration sans expliquer au long les fondemens de la charactéristique. Mais si elle est accordée, il s'ensuit que la nature de Dieu qui enferme toutes les formes simples absolument prises, est possible. » A quelle démonstration directe de la compatibilité des formes simples Leibnitz nous renvoie-t-il, il serait difficile de le dire ; mais nous avons des raisons de penser qu'elles ne lui semblaient compatibles que par leur simplicité même, et par l'identité du simple au positifs, qui nous ramène ainsi au critère de Descartes 3.

Au reste Leibnitz n'est point le premier qui adresse à Descartes l'objection que nous venons de discuter ; du vivant même de Descartes, elle lui est opposée par les auteurs des secondes obieciions ^, et Descartes y répond comme un homme assuré d'avoir fait justement tout ce qu'il fallait pour n'y point donner prise : si « par ce mot de possible vous entendez, comme on fait d'ordinaire, tout ce qui ne répugne point à la pensée humaine », alors « il

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