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Ethique, 4' partie, prop. LXVII

XC\ III ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE

revoir des grandes plaines et des hautes futaies champenoises où ses souvenirs d'enfant accouraient au devant de lui, radieux et ensoleillés, où les caresses de sa vieille maman, gardienne du cher foyer natal, se faisaient plus maternelles encore au soir de la vie : (( Que c'est bon ! » disait-il. A Lyon, il lui restait ses grands amis les philosophes, et son piano : les sonates de Beethoven lui semblaient aussi belles et aussi vraies que la Critique de la Raison pure. Adroit, ingénieux, attentif aux détails de la vie pratique, l'esprit à la Descartes^ il s'intéressait aux (( arts mécaniques » autant qu'aux a beaux arts » : il avait des curiosités et des émotions d'ingénieur. Dans les derniers temps, aux heures où il lui devenait difficile de s'arracher à sa chaise longue de malade, sans plainte ni regret, il attirait à lui sa bonne pipe jaunie et, comme Baruch Spinoza, à la veille de mourir, fumait tranquille et soUtaire, l'âme en paix, le regard au loin, l'œil songeur et très doux.

En revoyant les années passées, il les voyait telles qu'il les avait souhaitées, dès vingt ans, fier, fort et droit. Jeune, au départ de la vie, il s'était fait du devoir une idée simple et consistante qui ne lui avait jamais manqué, à laquelle lui non plus n'avait pas manqué. De Kant déjà il avait appris à identifier le Devoir et la Raison. Une raison pratique, au double sens où Descartes et Kant l'ont entendu, c'était toute la formule de sa vie morale. Le plus haut éloge de ceux qu'il avait formés était de leur reconnaître un (( esprit dépouillé ». Nous dépouiller l'esprit des préjugés qui s'insinuent en nous de partout, qui nous asservissent, qui nous matérialisent, qui nous cachent à nous-même ce que nous sommes, ce que nous avons droit d'être, ce qu'il faut que nous soyons ; — et puisque « l'homme est visiblement fait pour penser, que c'est toute sa dignité et tout son mérite, et que tout son devoir est de penser comme il fauti », « éviter soigneusement la précipitation et la prévention », disait Descartes, (( travailler donc à bien penser », répétait Pascal, voilà aussi notre vrai métier d'homme, l'œuvre difficile de tous les jours et de toute la vie à laquelle il voulait que chacun se donnât sans se lasser, à laquelle il s'est appliqué lui-même jusqu'au bout. La première ainsi de nos vertus, c'est d'avoir Vesprit critique, de devenir raisonnable, sapere aude. Car nous ne naissons pas du tout raisonnable ; c'est notre devoir de le devenir — lentement, malai.sément, en nous affranchissant

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