‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophieChapitre 42 sur 146 · Lettre datée de Pargny-sur-SauIx, 18 octobre · texte numérisé non relu

Lettre datée de Pargny-sur-SauIx, 18 octobre

non seulement dans l'ordre des choses politiques et sociales, mais aussi et peut-être surtout dans l'ordre des productions de son esprit et de son génie, dès qu'elles ont une vitalité suffisante pour constituer une tradition, n'a sans doute jamais rencontré d'objet plus digne de ses recherches que l'œuvre continue de la science, soit dans l'antiquité qui élève aux mathématiques un édifice admirable, et jette les fondements de l'astronomie et des sciences naturelles, soit surtout dans les temps modernes, depuis le xvi* siècle, où la naissance et, si l'on osait dire, la révélation de la physique galiléienne coordonne et entraîne dans tous les sens un effort d'investigation et d'invention d'une merveilleuse puissance, qui compte maintenant plus de trois siècles de durée et de fécondité. L'histoire des sciences ne dût-elle être que le récit fidèle des efforts du passé, ne dût-elle aboutir en quelque sorte qu'à constituer les « Annales » de la science, et à sauver de l'oubli les circonstances historiques de ses origines les plus anciennes, ou celles de sa renaissance au xvi® et au xvif siècles, les noms de ses inventeurs, les théories multiples et les concepts périmés ou vivants qui eurent une importance parfois capitale dans sa genèse, ses développements et son évolution, ou qui survivent dans l'état actuel de nos connaissances acquises, ne dût-elle être en un mot qu'une histoire^ au sens quelque peu diminué du terme, histoire de la science en général ou histoire érudite et fidèle des sciences particulières, mathématiques, physiques, biologiques ou naturelles, qu'elle mériterait encore et l'attention des hommes de science, et celle des hommes qui s'intéressent à ce qu'il y a eu peut-être de plus haut et de plus admirable dans l'histoire de la civilisation. Mais elle peut et doit être quelque chose de plus. Subordonnée à la science, assurément elle l'est, puisque son premier devoir est d'en suivre scrupuleusement tous les développements observables dans la durée, et de les soumettre, pour les juger avec exactitude, à tous les procédés de la critique historique. Mais elle n'est pas plus la servante de la science (ancilla

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scientiœ), que l'histoire proprement dite n'est celle de la politique, par exemple, dont elle enregistre cependant avec soin tous les actes. L'histoire des sciences est à l'heure présente une discipline aussi indépendante, aussi parfaitement autonome que la science elle-même, et il suffît de réfléchir un instant sur l'opinion à peu près unanime que les savants ont de la science pour le comprendre et s'en convaincre.

La science en effet n'est plus pour eux ce trésor de vérités immuables, conquises péniblement et une à une sur l'ignorance primitive, puis recueillies et transmises à de nouvelles générations qui en augmentaient le nombre, et abandonnaient d'âge en âge l'inévitable déchet des erreurs ou des vérités incomplètes. A ces vues singulièrement étroites et radicalement fausses correspondait ailleurs la croyance à une vérité éternelle, sorte d'énigme à déchiffrer ici-bas, mais entièrement résolue dans un monde transcendant. Trop de difficultés s'élevaient contre cette manière de voir pour qu'on fût longtemps sans s'apercevoir qu'elle était inadmissible. D'abord, il n'est pas vrai que parmi les acquisitions successives de la connaissance scientifique, les unes soient* vraies et les autres fausses ; et ce n'est pas être sceptique que de faire cette constatation. Dans le système de Ptolémée par exemple, tout, à coup sûr, n'était pas faux, et tout non plus n'était pas vrai ; mais qui voudrait se charger de dire quelle proposition en a survécu qui était absolument vraie, ou quelle autre a sombré dans l'oubli qui était absolument fausse ? La vérité est que l'astronomie de Ptolémée était un système, et que, dans un système, la subordination mutuelle et la corrélation des éléments constitutifs est telle que tous s'y élèvent ou s'y abaissent avec l'ensemble, toute proportion gardée et tout compte tenu de l'importance de leur rang dans cet ensemble. Et une seconde remarque tout aussi saisissante s'ajoute à la première : rien n'est plus faux, ni plus antihistorique que de condamner dédaigneusement, comme le vulgaire, l'erreur de Ptolémée La vérité est que Copernic,

lOÔ ÉTUDES d'histoire DES SCIENCES.

en déplaçant le point de vue de Ptolémée, créa un système nouveau, incomparablement supérieur à l'ancien ; mais ih n'abolit point la science de Ptolémée et de ses successeurs, et tout au contraire, il lui rendit dans son propre système, en l'élevant à une unité supérieure, une vitalité nouvelle. Ainsi s'explique ce mot si juste de « Renaissance » par lequel l'histoire a désigné la reviviscence de l'esprit de la science antique, au moment même où, pour un regard sans pénétration, cette science semble détruite à tout jamais par les premières victoires de la science moderne. Peut-être dira-t-on que, du système de Ptolémée, ce qui a survécu, ce sont les données positives, les observations bien faites, les calculs vérifiés et contrôlés par l'expérience, mais que du système proprement dit, tout a été détruit par l'hypothèse copernicienne du double mouvement de la terre. Encore une fois, qui donc se ferait fort d'établir rigoureusement dans un système le départ des données positives, en quelque sorte à l'état pur, et de ce qui s'y ajoute presque nécessairement de théorique et d'idéal, par le seul fait qu'elles occupent une place dans ce système et qu'elles y sont soumises aux conditions d'une perspective spéciale ? Il n'est pas jusqu'aux théorèmes de la géométrie qui n'apparaissent de nos jours comme les parties d'un tout, et qui ne dépendent, comme disent les géomètres, de conventions premières d'où partent nos déductions : disons, si nous voulons, postulats, là où ils disent conventions ou parfois axiomes en un sens très spécial. Toujours est-il que l'ensemble des propositions théorématiques acquises el démontrées, pour un âge et une époque déterminés, même on mathématiques, constitue un système et comme un tout organique et vivant, où l'ensemble à coup sûr vit de la vie des éléments, mais où il réagit sur eux et les marque on quelque sorte de son caractère propre.

Et c'est ce qu'au sens très élevé du mot. les plus grands philosophes ont compris et affirmé sous le nom de relativité de la connaissance. La connaissance scientifique, on effet, n'est jamais qu'un système de relations, relations

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des phénomènes, même les plus posilifs, à nos concepts de mesure, à nos unités strictement définies, mais choisies et conventionnelles ; relations de nos instruments de mesure à ces définitions ; relations des faits aux lois, qui, si elles dérivent des faits, réagissent par leur forme môme de concepts universels sur les faits qu'elles érigent en concepts scientifiques ; relations enfin du système organique de ces lois, et des « principes » qui les inspirent et les font vivre, sur l'ensemble du savoir à un moment déterminé de son développement.

De quelque manière qu'on entende cette relativité fondamentale, laquelle d'ailleurs s'étend au cycle tout entier de nos connaissances, depuis l'analyse la plus haute jusqu'à la science naturelle la plus voisine des faits et la plus descriptive, elle nous donne de la science cette idée singulièrement profonde qu'elle est exclusivement un système de concepts, concepts dont pas un, fût-il le plus humble et le plus empirique, n'est proprement et simplement la copie d'une chose brute, qui serait indépendante on ne sait comment de notre manière de le percevoir et tout au moins de le mesurer, dont pas un non plus, fût-il le plus théorique et le plus hypothétique, n'est purement arbitraire ni purement inventé par un caprice de l'esprit, mais donc Vabjectwité apparaît beaucoup plus comme une fonction des relations de l'ensemble, de l'ordre fondamental du système et des principes qui l'organisent que comme une dépendance d'un savoir en quelque sorte extérieur à l'esprit, et passant en lui du dehors avec sa part, accidentelle et fatale à la fois, de vérité et d'erreur. Et cela est si vrai, que la science progresse, en ce qui regarde du moins ses grands mouvements historiques, par le réarrangement incessant d'un savoir qui, à coup sûr, progresse aussi par les voies de la déduction, de l'observation et de l'expérience, mais qui, sous la double influence des faits nouveaux et des réflexions qu'ils provoquent de la part de l'esprit, réordonne ou pour mieux dire réorganise sans cesse, comme un véritable être vivant, ses états intérieurs, ses synthèses partielles, ou sa synthèse

totale, pour les rendre plus parfaites, ce qui, sur le terrain de la science, signifie plus compréhensives, plus universelles, ou, d'un seul mot, plus objectives. Telles, de nos jours, la transformation qui s'accomplit sous nos yeux en physique, grâce à la découverte des rayons de Rœntgen et de la radio-activité de la matière, ou cette autre transformation, aux causes multiples et profondes, qu'on peut définir d'un mot comme résultant de l'extension à toute la physique et même à la chimie des principes essentiels de la thermo-dynamique. Et ici le procédé, toujours le même, qu'emploie l'esprit dans cette réorganisation du savoir, se laisse surprendre d'une manière saisissante : c'est l'analogie, c'est cette méthode souveraine, que les logiciens ont d'ordinaire abaissée à l'excès en n'y voyant qu'une toute petite partie ou qu'un tout petit accident de l'induction, et qui résume peut-être au contraire toute la puissance inventive de l'esprit, méthode qui, d'une relation une fois trouvée et formulée, tend à faire une relation universelle, attendu qu'elle serait fausse si elle restait particulière, qui en conséquence l'essaye et l'étend en tous sens, méthode d'économie et d'ordre qui, d'un système de concepts même restreint à un ensemble partiel de phénomènes, s'efforce de faire un système valable pour tous, en affirmant à la fois la puissance de l'esprit et sa croyance à l'unité et à l'ordre des choses. Et tout système de concepts, voire même tout concept, engage ainsi sa lutte pour la vie, d'où résulte cette tendance qui, autrement, serait inexplicable, de la science à s'unifier en môme temps qu'à multiplier ses acquisitions en tous sens. Le premier pas de la science moderne s'est fait le jour où le génie de Galilée a étendu des relations dynamiques très simples d'abord à l'étude de la pesanteur, puis à la plupart des, phénomènes naturels ; le second, ce serait une ingratitude de l'oublier, fut accompli par Descartes le jour où il proclama la nécessité philosophique d'étendre les lois du mouvement à l'explication de tous les phénomènes : la théorie mécanique de la chaleur fut, vers le milieu du xix" siècle, une illustration éclatanic du méca-

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nisme cartésien. Puis des difficultés s'élevèrent, et des corrections au système devinrent nécessaires. Mais ces corrections mêmes, qui se firent sur des concepts en quelque sorte élémentaires, témoignent de la puissance singulière de l'analogie : on corrigea d'abord les concepts de force, de travail et d'énergie ; on introduisit les concepts nouveaux de potentiel, de réversibilité et d'entropie ; on reprit ainsi un à un les éléments de la science de la chaleur, et à la thermo-mécanique on substitua, en la transformant, la thermo-dynamique. Et le spectacle le plus instructif auquel nous assistions à l'heure présente nous est donné par ce merveilleux effort de la physique moderne qui, d'une science presque parfaite en son domaine restreint, tend à faire par analogie l'unique science physique, en transportant à la science de l'électricité, de l'électro-magnétisme et par conséquent de l'optique, ainsi qu'à la chimie tout entière, ce système de concepts érigé pour ainsi dire en méthode universelle, que résume le mot de thermo-dynamique.

De ce point de vue, l'histoire des sciences prend, si nous ne nous trompons, une importance capitale, et mérite qu'on lui reconnaisse, à côté de la science, une place indépendante : car ce développement organique de la science, que nous venons d'esquisser à grands traits, au fond la science, en tant que science, s'en désintéresse ; là en effet n'est pas son objet propre : son rôle à elle est de déterminer progressivement, et d'une manière de plus en plus parfaite, une Nature, et elle ne s'inquiète que médiocrement des efforts du passé, tout absorbée qu'elle est dans ceux qu'exigent d'elle le présent et l'avenir. Cependant ces efforts ont en eux-mêmes une valeur singulière : d'abord ils sont les efforts de l'esprit, et l'esprit, qui le nierait ? est, au moins pour lui-même, un objet aussi digne d'étude que la nature. Puis tandis que d'autres disciplines, telles que la logique et surtout la théorie de la connaissance, l'étudient dans ses lois générales, a priori, et dans ses formes, c'est dans la richesse presque infinie de sa puissance et de ses

ressources, telles qu'il les a manifestées dans la suite des temps, que l'historien voudrait le saisir et le comprendre. Nulle fantaisie ni nulle dialectique, si puissantes fussentelles, n'imagineraient jamais la plus petite partie de ce que Tesprit humain, à travers les siècles, a inventé de moyens et déployé de ressources pour résoudre à mesure les problèmes qui successivement se posaient devant lui. Or de tous ces moyens, l'historien nous semble avoir aujourd'hui le droit de soutenir qu'aucun ne fut absolument vain, qu'aucun ne fut absolument perdu. Tout concept ayant vécu a laissé après lui des traces de sa vie, grâce à cette force d'organisation par laquelle il tend à propager autour de lui le groupe de relations qu'il représente. Il n'est pas de concept ayant occupé, ne fût-ce qu'un instant, une place dans la science, qui n'ait eu à quelque degré cette force d'expansion et de propagation ; et si, dans la science, les plus vigoureux et les plus féconds d'entre eux ont survécu, comme dans la nature les espèces les mieux douées et les mieux armées pour l'existence, n'oublions pas qu*ici, comme chez les vivants, les survivants ne sont pas seulement les témoins, mais qu'ils sont aussi les héritiers des espèces disparues. Enfin, si les formes inventées par l'esprit, pour l'explication de la nature, offrent une variété presque infinie, ce qui donne à ces formes une valeur qui les rend dignes d'être retenues, alors même qu'elles ont disparu au profit de celles qui constituent notre science d'aujourd'hui, j'allais dire notre science d'un moment, c'est qu'elles accusent le plan toujours le même, suivi par notre esprit, la méthode d'analogie ou d'ordre, toujours la même, qu'il applique sans relâche et qui explique seule, s'il s'agit d'un temps déterminé, entre toutes les parties du savoir scientifique, ou, s'il s'agit do l'histoire, entre toutes les époques de la science, ces relations toujours assignables et cette continuité qui sont si remarquables dans l'œuvre de l'esprit.

Si ces idées sont justes, les devoirs principaux de l'historien dos sciences me semblent faciles à déterminer. Je

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vais les indiquer en quelques mots, tels qu'ils m'apparaissent, après les réflexions qui précèdent.

Le premier et le plus important de tous résulte de la loi même de l'évolution de la science : c'est une vérité à la fois théorique et historique que nulle science n'évolue seule ; même la géométrie, dans l'antiquité grecque, ne s'est point développée isolément et à part : elle a été en action et en réaction perpétuelle avec l'astronomie, cette forme pour ainsi dire unique de la physique ancienne. La même affirmation est plus vraie encore de la science moderne, dont on peut dire qu'elle a vu sortir tous ses premiers progrès d'un effort continu appliqué au développement de la physique et de la mécanique de Galilée. Et la raison en est que tout concept est un groupe de relations, et qu'un groupe de relations est, par définition, susceptible d'une expansion infinie, à la condition qu'on lui donne d'une part, par la spéculation mathématique, toutes les formes et tous les développements qu'il comporte, et qu'on le mette, d'autre part, par l'expérimentation, à l'épreuve des faits. Le mérite suprême de Galilée est d'avoir indissolublement uni ces deux parties maîtresses de toute méthode scientifique féconde, l'exploration mathématique d'un concept, et la vérification expérimentale de ses conséquences, en même temps qu'il concevait le phénomène naturel sous la forme qui se prêtait le mieux à l'application rigoureuse de ces deux procédés. Toujours est-il que, de la science du XVII® siècle et même du xviii®, on peut dire qu'elle s'est développée m subissant l'entraînement de la- physique galiléienne et qu'il est à peu près impossible d'étudier une époque de la science, surtout une époque de formation ou de transformation, sans étudier le développement contemporain de toutes les autres sciences et sans dégager les idées directrices de ce mouvement d'ensemble.

L'histoire des sciences doit donc être avant tout une histoire générale des sciences ; elle n'a pas le droit de s'absorber, sous I peine de se confondre avec une spécialité, dans l'histoire et presque dans la chronique des événements ayant

marqué depuis son origine le cours d'une science unique à travers la durée. Ainsi de Y histoire pourra se dégager, au meilleur sens du mot, une philosophie des sciences : il n'est pas défendu à une théorie de la connaissance de rechercher a priori les conditions universelles de la science ; mais il est d'un intérêt capital, et c'est une des idées les plus hautes et les plus justes de la philosophie d'Auguste Comte, de demander à l'histoire celles qui se dégagent, a posteriori, des manifestations réelles, concrètes, et d'ailleurs infiniment riches en nombre et en précision, de l'entendement humain s'appliquant à penser la nature.

Au reste l'histoire ainsi comprise n'exclut pas, et tout au contraire appelle la connaissance précise du développement des sciences particulières. L'érudition ici est de rigueur, autant que lorsqu'il s'agit de l'histoire des faits politiques et sociaux. Et il faut ajouter qu'elle y est particulièrement difficile, puisqu'elle exige de l'historien, s'il veut être compétent, les connaissances techniques du savant. Un autre devoir de l'historien est donc de suivre, avec le plus de précision possible, l'évolution de chaque science particulière, s'il veut se rendre compte de l'évolution vraie de l'ensemble. Mais comme chaque science obéit, dans ses développements propres, aux lois de l'analogie, qui fait produire à toute méthode nouvelle, avant d'en mettre une autre à l'épreuve, tous les fruits dont elle est capable, et qui ainsi prépare, par la découverte du détail, la coordination de l'ensemble, l'histoire des sciences particulières est tout à la fois la source où l'historien est tenu de puiser ses matériaux, et où déjà il découvre la loi dont il retrouvera l'application continue dans toutes les formes du savoir.

Entre l'érudition proprement dite et l'histoire générale des sciences, bien loin qu'il existe un conflit ou une opposition quelconque, il semble donc qu'au contraire l'harmonie et un juste équilibre doivent facilement s'établir. Dans un enseignement organisé comme il l'est au Collège de

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France, l'érudition, c'est-à-dire l'étude approfondie de l'histoire des sciences particulières, semble pouvoir trouver sa place dans la leçon plus spécialement destinée à un public restreint d'auditeurs compétents et plus particulièrement préparés à recevoir un enseignement technique. L'autre leçon, en revanche, tout en mettant en œuvre les matériaux ainsi préparés, ferait la part plus large à l'étude des grands développements de la science, synthétiserait, à chaque époque marquante, les multiples efforts des génies de tout ordre, philosophes ou savants, ayant eu une influence directe ou indirecte sur son évolution, et s'attacherait, en reconstituant par la méthode historique la science dont nous vivons, à établir les bases d'une histoire des sciences, qui serait tout à la fois une histoire de l'esprit, et l'une des formes les plus hautes de l'histoire de la civilisation.

J'ai indiqué ailleurs, dans une leçon d'ouverture du cours d'histoire des sciences que j'ai professé à Lyon depuis 1891, les services plus particuliers que l'histoire des sciences me paraît propre à rendre, sinon à la science elle-même, du moins à la formation de l'esprit scientifique chez les jeunes gens qui suivent les cours de nos Facultés ; je me permets de renvoyer à cette leçon le lecteur de cette trop longue dissertation ; mais, si longue soit-elle, j'ai cru utile de l'écrire pour indiquer quelques-unes des vues qui domineraient mon enseignement de l'histoire des sciences, si le Collège de France me jugeait digne du très grand honneur, dont je sens tout le prix, mais aussi tous les périls, de le donner dans une chaire voisine de celle où enseignent quelques-uns des plus grands maîtres de la science française.

Pargny-sur-Saulx, le 18 octobre 1903

UANNEQUIN, I.

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