ÉTUDES
LA
PHILOSOPHIE DE HOBBES'
Sans vouloir faire la biographie de Hobbes, on rappelle qu'il naquit le 5 avril 1588 (huit ans avant Descartes, né en 1596) à Malmesbury, et qu'il mourut en 1679 (vingt-neuf ans après Descartes, 1650). Il fut donc tout à fait au courant des découvertes philosophiques et scientifiques de Descartes, et put suivre pendant trente ans encore après la mort de celui-ci la fortune de la pensée cartésienne.
Lié à Oxford avec W. Cavendish, futur comte de Devonshire (au deuxième fils duquel il dédiera la plupart de ses ouvrages), il fut chargé à l'âge de 20 ans de faire l'éducation du premier fils de ce dernier ; et grâce à cette circonstance, il alla plusieurs fois en France et en Italie. Il fut ainsi mêlé à la noblesse anglaise et disposé à soutenir la cause de la monarchie (Charles 1" était né en 1625).
En 1628 paraît son premier ouvrage : Traduction de Thucydide. Il cherche à prévenir ses concitoyens de la prochaine guerre civile.
1. Cette étude, trouvée dans les manuscrits de Hannequin, date de 1883. Elle n'avait pas été reprise par lui, ni la rédaction achevée pour l'impression. Telles qu'elles sont, ces notes ne manqueront pourtant pas de paraître intéressantes, utiles, dignes de ce recueil. Nous en avons pour garant l'avis d'un maître qui a beaucoup aimé Hannequin, et dont l'autorité est décisive en Histoire de la Philosophie.
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En 1629 il reprend un autre élève, Clifton, avec lequel il retourne pour la troisième fois en France et en Italie. « C'est pendant ce voyage qu'il apprit Euclide et se passionna pour les mathématiques, qui le conduisirent à son matérialisme mécanique et logique. » (Lange, Hist. du mat. I, p. 245).
1634. — Il a repris le deuxième fils Devonshire. Quatrième voyage en France, où il fait la connaissance de Mersenne et Gassendi. Il entretient une correspondance avec Descartes (qui est en Hollande) et étudie les sciences naturelles.
1642. — Guerre civile en Angleterre. Hobbes se réfugie à Paris. Le De Cive paraît : quelques exemplaires seulement. La publication n'eut vraiment lieu qu'à Amsterdam en 1647. Traduction de Sorbière en 1648 (année de la mort de Charles P^").
1649. — Anglican, il affirme ses convictions anglicanes pendant une maladie, dont Mersenne voulait profiter pour le faire catholique.
1647. — En FrancCj il est chargé de l'éducation de Charles II.
1651. — Publication du Léviathan.
1652. — Traité de la nature humaine (en anglais). De Corpore politico. Il perd les sympathies du parti royaliste en se rapprochant des révolutionnaires.
1653. — Il revient en Angleterre, et publie (en 1655) la Logique, le Tractatus de Corpore, les Dialogues mathématiques (1656) et le traité de Homine (1658).
1660. — Retour de Charles II, qui lui fait une pension que Hobbes refuse. Aussi ne put-il publier ses œuvres en Angleterre : il les imprima réunies en 2 vol. in-4 à Amsterdam (1668).
1674. — Il se retire chez ses amis du Devonshire, meurt en 1679. Il avait gardé le célibat ; caractère bienveillant et doux.
On s'est servi pour la présente élude de l'édilion d'Amsterdam en deux volumes in-4 (1668) et de la traduc-
LA PHILOSOPHIE DE HOBBES
tion française du De Corpore polilicOydu De Cive (par Sorbière), du Traité de la nature humaine (par d'Holbach).
On peut diviser en trois parties principales la philosophie de Hobbes : la première a pour objet la philosophie en général, ou philosophie première, qui traite des condir tions dernières de l'existence et de la vraie nature des êtres ; nous y rattacherons la théorie et la classification des sciences. La deuxième partie se rapporte à l'étude de l'homme et pourrait porter le nom de psychologie, ou anthropologie. Enfin la troisième a pour objet l'homme dans l'état de société, le citoyen : elle est appelée par Hobbes Ethique ou Politique, Philosophie civile (Philosophia civilis).
On a préféré à cette division en trois parties, que nous adopterons pour notre part, une division en quatre parties, qui aurait été indiquée par Hobbes lui-même i (Dictionnaire des sciences philosophiques, art. de Damiron sur Hobbes) ; 1° logique (théorie de la connaissance) ; 2° philosophie première ; 3"^ anthropologie ; 4° politique. Mais quelle que soit l'importance de la théorie de la connaissance dans le système qui nous occupe, elle est bien plutôt la conséquence du sensualisme matérialiste de notre auteur, que le principe qui supporte toute sa doctrine ; aussi nous paraît-il plus convenable d'en remettre l'exposition au moment où nous traiterons, en psychologie, du raisonnement et de la science que d'en faire le point de départ du système. La logique occupe donc chez Hobbes
1. Le premier volume des œuvres complètes de Hobbes, publiées à Amsterdam en 1668 (2 vol. in-4), renferme trois sections. La première section, intitulée De Corpore, se divise en quatre parties :
1* Computatio, sive Logica ; 2" Philosophia prima ; 3° De rationibus motuum et magnitudinum ; 4° Physica. — On remarquera que Hobbes débute par une étude de la logique, seule capable de faire sortir la philosophie de la période instinctive, qui est stérile, et de donner à l'homme les moyens d'user avec réllexion de ses facultés de connaître. Il semble donc que Hobbes ait eu le sentiment de la nécessité d'une théorie de la connaissance au début de la philosophie ; c'est pourquoi Damiron voit dans son système quatre parties essentielles. — La seconde section est inti* tulée De Homine, et la troisième De Cive.
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une place secondaire ; ce qui est capital à ses yeux, c'est : 1° l'étude du Corps (unique substance existante) ; 2"' celle de ÏHomme ; 3° celle du Citoyen. Cette triple division correspond exactement à la division en trois sections du premier volume des œuvres de Hobbes, qui renferme à lui seul toute la doctrine du philosophe anglais
1. On fera d'ailleurs appel à la logique, toutes les fois que, dans Je cours de l'exposition de la philosophie première, il sera nécessaire de s'y reporter.