Gerh., Phil., IV
15G lilLUKS d'histoire de I..V I'HILOSOPHIE.
relève de la géouiélrie, tout conalus cesse, par déruullon, au momeiil nièiue où il commence; en \ain souliendrailon que pour\ u ({u'oii supprime devanl lui tout obstacle et qu'il dispose, en quelque sorle, d'une durée finie, il y devient mouvement ; car le mouvement n'est rien, au sens géométrique, qu'une somme infinie de telles différentielles ou de tels conatus ; et pour avoir le droit de rapporter le mouvement au conatus unique par lequel il commence, il faudrait qu'il en fût non seulement une partie géométrique intégrante ou le commencement, mais encore le principe, et qu'il eût la \ertu de se répéter, ou mieux de se diffuser (diffusio) à l'infini dans la durée et dans l'espace. Ce que le géométrique exprime du conalus, c'est l'espace infiniment petit qu'il parcourt dans l'instant ; mais ce qu'il ne saurait exprimer, c'est la puissance qu'il a d'en parcourir un autre dans l'instant ultérieur, et dans une somme finie d'unités de durée d'en parcourir autant que cette somme renferme d'unités ou d'instants. Le mouvement, en un mot, n'est que le prolongement dans le temps d'un indivisible qui, à tout prendre, n'existe que dans l'instant ; il faut donc reconnaître à cet indivisible la puissance d'intégrer dans un moment unique tous les moments du mouvement, et une telle puissance n'appartient qu'au souvenir ou aux êtres qui sont capables de souvenir, c'est-à-dire aux esprits.
Ainsi le conatus n'enveloppe la puissance de s'intégrer lui-même à travers la durée ou de devenir mouvement qu'autant qu'il est souvenir ; il n'est tendance i, en d'autres termes, qu'autant qu'il est conscience ; et le géométrique, qu'on y saisit d'abord, n'y est que l'expression de la conscience cju'il suppose. De là vient que Leibnitz, bien qu'il l'ait tout d'abord défini dans la langue de la géométrie comme une différentielle, n'hésitait pas ailleurs à y voir l'expression et l'action de l'esprit : « Dann gleich w'io actiones corporum bestehen in molu, so bestehen actiones
1. Tendentia. \'oy. le mot dans le Phoranomus. Archiv. I, 578.
ineiiliuni in conalu, seu molus, ut sic dicam, minimo vel punclo 1 » ; dans la lettre à Ariiauld, il allait même plus loin et y \ oyait nettement l'essence de la pensée : « cogitationem consistere in conalu, ut corpus in motu 2. » De l'esprit au corps, il n'y a donc pas d'autre dilïérence, comme le prouvent les textes que nous venons de citer, que du conalus au mou\ ement ; l'esprit est l'indivisible vrai ^ ; rindi\isible géométrique, ou mieux phoronomique et le mouvement qui s'ensuit, n'en sont que l'expression dans le temps et dans l'espace ; et le corps, à \ rai dire, est dans le môme rapport avec l'esprit que le mouvement, allons même plus loin, que le conatus sans souvenir ni conscience ^ de la géométrie, avec l'indivisible vrai qui en est le fondement et qui enveloppe à la fois tendance et souvenir.
Mais ce n'est là, pourrait-on dire, qu'une conscience élémentaire, comme le mouvement rectiligne et uniforme est en géométrie le plus simple et le plus élémentaire de tous les mouvements , et, à vrai dire, il n'y a pas plus dans la nature de conscience élémentaire réduite à ellemême et isolée qu'il n'y a dans le plein de mouvement rectiligne et uniforme ; tous les mouvements y reviennent, au contraire, sur eux-mêmes ^, de telle sorte qu'il n'est pas un seul point de l'espace où l'on ne puisse affirmer qu'un mobile soit le lieu de conatus multiples qui concourent ensemble et qui se composent. Or, tandis que c'est la loi suprême des conatus dans l'espace, lorsqu'ils concourent en un même mobile et tout au moins lorsqu'ils s'opposent, de se retrancher les uns des autres et, en ce sens, de disparaître et de ne point durer au delà d'un