Ibid
210 ÉTUDES d'histoire DE I.\ PHILOSOPHIE.
les rapports constiluanls de ce fini sur l'innniment petit ; el le fini pour lui est toujours antérieur à l'infiniment })etit. Quand Leibnilz reporte sur rinliiiiincnt petit cette antériorité, et quand il le fait être avant le mouvement et plus que le mou\cmcnl, il ne se contente donc plus, comme le géomètre, d'y voir simplement un moment du mouvement ; de l'ait, il le transfigure, et en fait non seulement le commencement, mais le principe. Or comment le serait-il, s'il n'était, bien plulùt que l'infinimcnt petit, ce par quoi avant tout les infiniment petits du mouvement se répètent ? Et comme il arriverait s'il était successivement ces infiniment petits, et si, en fin de compte, il en était la somme, qu'il serait le mouvement lui-même, il est donc tout au plus le premier d'entre eux, ou, pour mieux dire, il est ce par quoi le premier se répète en tous les autres, se succède à lui-même et se somme ou s'intègre dans l'espace parcouru pendant que le temps s'écoule. Il esl ce qui i se retrouve à travers la durée le même sans se répandre, j el qui est le principe de ce qui se répand, principe par qui commence et se continue le mouvement, sans être jamais
■ lui-même un moment du mouvement. Il dure donc comme l principe, tandis que, comme partie intégrante du mouvement, il ne saurait durer : ce qui revient à dire qu'il dure
.hors du mouvement, tandis que dans le mouvement choque
'instant de la durée le voit naître et périr.
Voilà pourquoi Leibnitz, à cette proposition selon laquelle « Nullus conatus sine motu durât ultra momenlum », croyait avoir le droit, si l'infinimcnt petit se répète et si le mouvement existe, d'ajouter : « praelerquam in mentibus ». Il y dure sans se répandre, comme le mouvement lui-même, dans l'espace ; et c'est ce qui, foncièrement, le distingue à la fois du mouvement et du corps ; il y dure comme souvenir à l'égard de l'esprit, et, à l'égard du mouvement, dont il est le principe, il y dure comme ten-
I dance : en sorte que la tendance, sans laquelle le mouve-
I ment ni ne se continuerait, ni en somme ne serait, est au
■ fond souvenir, pensée ou conscience, et qu'il n'y a pas
plus de tendance sans souvenir que de souvenir qui n'enveloppe toujours quelque tendance.
A peine est-il besoin de faire remarquer en quoi ces^ déductions dépassent la portée d'une simple dillérentiation : l'illusion du Leibnilz est d'avoir cru pourtant qu'elles ne la dépassent point, et qu'on peut éclaircir géométriquement la nature de Tàme. A quels excès géométriques cette vue devait le conduire, nous le savons déjà. Mais en est-il moins vrai qu'il lui doit sur l'esprit et sur le mouvement des vues essentielles qui resteront à la base de sa doctrine future ? Désormais, le mouvement ne lui apparaîtra plus que comme une expression d'une réalité plus haute, peut-être même d'une chose qui seule vraiment possède une réalité. Dans la lettre à Arnaùld, déjà ne prononco-t-il pas le nom de la substance i, pour désigner le fondement du mouvement ? Et dès lors que l'esprit serait seul substantiel, tout le reste, le mouvement qui n'en est que la diffusion dans l'espace, et l'espace lui-même (qui n'est que la condition de cette diffusion, s'il n'en est même la suite), pourraient bien n'être plus que des modalités. A l'horizon de la Theoria motus abstracti, l'ordre des phénomènes ou des modalités apparaît en opposition avec Vonlre des substances, et s'y suspend déjà comme au seul réel ; et le terrain en tout cas est ferme sur lequel doit s'édifier un jour la ■\lonadologie.
Au reste, VHypotJiesis ou les œuvres voisines ne préparent pas seulement ce monisme de l'esprit sur lequel s'édifiera le sj'stème ; on y entrevoit déjà la monade future avec les plus intimes de ses caractères. La multiplicité des principes du mouvement, voire même d'autant de tels principes qu'il existe dans le plein et l'espace infinis de mouvements distincts, ressort de la méthode par laquelle on les décou\re ; mais ce sont là plut (M des éléments de conscience ou des consciences élémentaires, quece ne sont des esprits au M'ai sens du mot : il n'y a pas