Co?î/t'^sîo..., Gerh.,^iJ., IV, p
b.'ibid., p. lOD.
concept de l'atome, chercher les fondements de ce qui devait être le fondement de tout, chercher les raisons de ce qui devait être la raison de tout, c'était, même si Leibnilz ne songeait dans la Conlessio' naturae d'abord qu'à démontrer l'existence de Dieu, préparer dans son propre esprit la ruine de l'atomisme comme doctrine métaphysique, lors même qu'il resterait le point de départ indispensable des spéculations mathématiques relatives à la nature. On peut donc dire qu'à partir de la Conlessio nalurae, Leibnitz se rapproche de la philosophie corpusculaire d'autant qu'il s'éloigne d'un atomisme rigoureux ; et il peut se faire qu'à cette évolution Bacon, qui avait déjà signalé les défauts en même temps que les mérites de la pliilosophie de Démocrile, n'ait pas été étranger, comme l'indiqi^ la citation de ses propres paroles en tête de la Conlessio nalurae.
Quoi qu'il en soit, les raisons invoquées contre la possibilité de considérer comme premier l'atome, ou ce qui revient au même, comme premières sa figure et sa solidité, ont été décisives pour Leibnitz, et il s'y tiendra désormais sans varier. "' ■
Les arguments qu'il dirigera plus tard dans sa Cv^^tcspondance avec Huygens contre l'infrangibilité absolue de l'atome qui exigerait un miracle perpétuel, rappellent ceux par lesquels il s'autorise maintenant à recourir à Dieu i ": il attaquera encore de la même manière tout essai de ramener Valtachemenf des parties de l'atome à Vattouchement, pourvu seulement qu'aucun vide ne soit interposé *. Mais si maintenant ces raisons ne le font point encore renoncer, comme il le fera plus tard, à la solidité absolue de l'atome, cl s'il accepte le miracle sinon perpétuel, du moins accompli une fois pour toutes, de l'intervention divine, encore
1. V. Ivpisl. ad Hugenium, Gerh. Math., II, pp. 136, 145, 155 sqq. — Cf. Pacidius Philalelhi. Archiv., I, p. 21i. — Cf. aussi Lettre à f.ud. Stein (.\rchiv., I, p. 90.)
2. V. surtout Epist. ad Ilugenium, Ge^^Math., pp. 115 et 155 sqq, et IJemonstr. contra Atomos sumla ex .l^niorimi contractu (16%]. Gerh., Phil, VII, pp. 284, sqq. '
40 ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.
dès à présent, pour remonter ù un principe des choses supérieur à l'atome, est-il conduit à le résoudre, à le réduire et donc à en ramener la notion à la notion antérieure et plus générale d'une matière d'où il tirerait la possibilité de sa grandeur et de sa figure et d'un principe d'action qui lui donnerait telle grandeur et telle figure. Or quel que soit le principe de l'action, l'action elle-même par laquelle la matière, indéfiniment étendue dans l'espace, reçoit des limites et des figures déterminées, ne peut être que le mouvement ; et la résolution de l'atome laisse Leibnitz en face de la matière primitivement non divisée et du mouvement qui la divise, même s'il faut qu'il cherche encore en Dieu le principe premier du mouvement. La critique de l'atome telle qu'elle se présente dans la Conlessio nalurae, préparait donc Leibnitz à passer de l'atomisme des années universitaires (croyance air vide et aux atomes) à la croyance en une matière première infiniment divisible comme l'espace et que divise le mouvement. C'est proprement une philosophie corpusculaire beaucoup plus semblable à celle de Descartes qu'à celle de Gassendi, et nous allons dire à présent quelle forme il lai a donnée.