A Fabri, ibid., p
3. Th. mot. conc, §§ 37-38, p. 200. Gerh., Phil. i. § 30, 200. Cf. ibid., I, 79.
HANNEQUIX, II. 9
130 ÉTUDKS d'iIISTOIRK DV. l.\ l'Jlll.o:-Ul'lI 11"..
déterminer sinon toutes les espèces, indéfinies en nombre *, des bulles existantes, du moins leurs classes et leurs genres, qu'à marquer les degrés principaux exhaustionis constipationisque, de leur débilité et de leur fermeté, de leur grandeur et de leur petitesse, et Leibnitz l'a tenté dans un tableau annexé au paragraphe 51 de la TJieoria inolux concreti.
En déduisant du mouvement de l'éther, sous la supposi- -tion d'ailleurs gratuite du mouvement du soleil et du mouvement de la terre, qui donne à l'un et à l'autre une cohésion primitive de degré défini, la gravité et l'élaslicilc, Leibnitz a donc tenu sa promesse de faire dériver l'une cl l'autre « caetera non naturae minus quam artis machinamenta ». L'hypothèse physique qu'il avait conçue lui permettait donc non seulement « varias aliorum hypothèses jungere inter se et conciliare ; ubi deficiunt supplere : ubi subsistunt provehere ; ubi obscurae sunt et àpf-rjToi, explicare atque intelligibiles reddere ^ », mais encore de déduire, comme il l'avait promis, des lois du mouvement absfrail. appliquées dans toute leur intégrité aux mouvements de \ l'éther, les lois des mouvements concrets qui, au premier abord, semblent en différer, mais qui y trouvent pourtant I leurs fondements et leurs principes, en un mot tous les I phénomènes de notre monde sensible, tels qu'ils apparais- ■jsent à l'observation et à l'expérience (experienti et ralio- [cinanti). Et il n'est pas douteux que dans son esprit une telle [hypothèse, « hypothesis noslra », dit-il, est « paulo plus
1. « Etsi enim possint in sul)liliUite et virtute daii graduuni progressus in infinitum, dantur tamen summi gradus sensibiles, ita ut quod ultra est, ne virtute quidem, nedum forma sensibili ad nos pertingat ; in hoc ergo limite Philosopho pariter atque Empirico subsistendum. » § 60, p. 218.
2. P. 219. Leibnitz n'a en effet négligé aucune occasion de discuter, puis d'éclaicir, de compléter ou de remplacer les hypothèses d'Aristote sur le mouvement du ciel, sur le plein, sur les éléments et sur les formes substantielles (§ 56), de Digby sur le rare et le dense (§ 56), de Boyle sur l'élasticité (§ 57), de Descartes et Gassendi sur les éléments primitifs (§ 56), des chimistes anciens sur les principes des réactions et des fermentations (§§ 35, 45, 50, 60) de W'illisius et de Lowcrus sur le mouvement des muscles (57), etc..
LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIBMTZ. loi
aliquid qiiam hypothesis ^ bien qu'il ait formellement dé- j claré qu'elle n'était à ses yeux qu'une fiction et qu'un j « imaginationis adjumentum », suffisant à rendre compte j des phénomènes en les faisant partir d'un commencement / tel qu'il aurait pu être, mais tel qu'il n'est point nécessaire! qu'il ait été 2. Le mérite d'une telle hypothèse est enl tout cas de montrer la nécessité, d'une organisation! primitive et d'une économie persistante du monde si \ l'on veut réussir à rattacher l'ensemble des phénomènes concrets ou du monde sensible aux lois rationnelles du mouvement abstrait ; et qu'on y réussisse par une voie ou par l'autre, peu importe au fond, pourvu que le succès, \ fût-il seulement relatif, d'une hypothèse compréhensive | rende à la science le service de coordonner et de rendre intelligibles les phénomènes, et pourvu qu'elle prouve tout au moins la nécessité et la possibilité d'en faire une 3. Or, à y bien regarder, celte preuve porte avec elle un double enseignement : l'urgence d'expliquer mécaniquement tous les phénomènes de la nature, si on veut les rendre intelli- 1 gibles, et l'insuffisance du mécanisme pur ou des lois abstraites du mouvement à en rendre raison, dès lors qu'elles devraient rendre compte de toutes les différences et de toutes les qualités dans le monde sensible, et dès lors qu'elles exigent une première différence ou une~première hétérogénéité qu'elles ne peuvent expliquer, i)uis(ju'elles la supposent.
Telle est, dans l'hypothèse de Leibnitz, la première différence de la cohésion du soleil et de la terre, par rapport à la fluidité de l'élher (|ui remplit tout l'espace intermédiaire: cohésion qu'il dérive sans doute d'un mouvement de rotation autour de leurs axes ; mais qui a engendré ce mouvement de rotation, sinon Dieu qui l'a établi ainsi que les mouvements internes et projectifs du soleil comme le pre-
1. !? 46, 202. V. aussi Gcrh., PhiL, I, 77 : « Ut videalur ctiam nonnullis aliquid Hypothesi cerlius. »
2. Cf. !5 7, 183, la délinition de la philosophie par Ilobbes.
3. Rapprocher de ceci la théorie ingénieuse de Poincaré sur les hypothèses physiques en tête de l'Optique.
132 ÉTUDES d'histoire de la philosophie.
mier état et la première condition de l'économie du monde ?
Ainsi, dès celte première période de sa pensée philosophique, si Leihnitz est encore bien loin de celte vue profonde qui lui fera chercher les fondements et les lois du monde phénoménal dans les lois plus profondes d'un monde réel dont le premier n'est rien que l'apparence, et s'il se contente de rattacher à la pratique (praxin Dei geometrisantis) d'un Dieu transcendant le inonde réel du mouvement mécanique, il se sent cependant déjà tenu de chercher les fondements du mécanisme dans un principe supérieur au mécanisme même. Et c'est d'une part en approfondissant le sens de cette nécessité, et de l'autre en corrigeant sa Théorie du mouvement abstrait, qu'il aboutira enfin à la forme supérieure de son dj'namisme philosophique. Le grand intérêt de la Thcoria moins concreli est de montrer le point de départ de ce développement de \, la pensée de Leibnitz.
On ne peut donc point reprocher à Leibnitz d'être parti de certains postulats pour expliquer les lois du mouvement concret, puisque c'est la condition même de toute explication mécaniste du monde de ne pouvoir s'édifier et de ne pas même pouvoir commencer sans en imaginer quelques-uns et sans en partir. On peut se demander seulement si l'hypothèse d'un fluide primitif remplissant tout l'espace était préférable de tous points, par la simplicité et la fécondité, à l'hypothèse atomistique, quand ce n'est point seulement quelques différences en petit nombre qu'il requiert dans le monde dès l'origine, mais des différences nombreuses et en elles-mêmes injustifiées, telles que celles non seulement de la cohésion du soleil et de la terre, sans ]>arler de l'éther, mais en outre des quatre, éléments, dont la distinction reste vague et indécise i. Et en tout état de i cause, ce qu'il faut lui reprocher, c'est, alors même qu'il se I proposait d'expliquer mécaniquement et géométriquement