‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 13 sur 319 · Renouvler, Premitr essai, t. I, XI · texte numérisé non relu

Renouvler, Premitr essai, t. I, XI

3. L. Brunschvicg, Bibliothèque du Conyièi international de philosophie, t. I, p. 51.

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si peu curieux d'une histoire des sciences ? Mais, répondon, justement de ce que la philosophie n'est pas une science, c'est-à-dire « un système de vérités rigoureusement démontrées et certaines », de ce que chaque grande construction .d'idées » reste à travers les temps marquée au sceau du génie individuel qui en fut le créateur : l'incertitude de la philosophie sauvegarde son histoire ». La science, au contraire, si, comme la philosophie, elle est à un moment personnelle, subjective, c'est qu'elle ne fait alors que commencer, elle n'est pas encore elle-même. Mais à mesure que pour le théorème du mathématicien viendra « l'heure de la démonstration rigoureuse et parfaite », pour la loi du physicien <( l'heure des expériences décisives qui en assurent la vérification », théorème et loi « se détacheront de la pensée qui les conçut et tendront à perdre, en s'universaUsant, jusqu'aux dernières traces de leur origine : nous ne savons plus le nom du premier géomètre qui démontra les propriétés du triangle isocèle ». Et pourquoi nous en souviendrions-nous, pourvu que nous nous souvenions de la démonstration ? Si la science n'est rien de plus ni de mieux « qu'un trésor de vérités immuables conquises sur l'ignorance primitive, puis recueillies et transmises à de nouvelles générations qui en augmentent le nombre », à quoi aiderait son histoire sinon à nous encombrer, parmi les tentatives avortées ou réussies, de celles qui n'ont jamais réussi, et de celles qui ont réussi à leur heure, et qui justement ne peuvent plus réussir à notre heure et n'ont donc qu'un intérêt de curiosité stérile ? C'est évidemment cette conception elle-même de la science qui est superficielle et fausse. Mais sans aller si loin, et déjà de cet étroit point de vue utilitaire, il ne faudrait pas oublier que « la science d'aujourd'hui est fille de la science d'hier, et que ce serait omettre quelque chose de la science que d'ignorer la lente évolution d'où est sortie sa vie présente, et d'où n'ont pu que lui rester, comme aux plus parfaits des organismes celles des formes ancestrales, d'ineffaçables empreintes ». Le présent ne s'isole pas aussi radicalement du passé qu'une psychologie abstraite et toute nominale l'a fait imaginer. Hannequin aimait à citer l'exemple de Descartes retrouvant, au moment où il invente l'analyse, dans Diophante et dans Pappus, les germes encore \ ivants de la nouvelle science, ou encore de Michel Chasles cherchant dans les géométries des anciens les moyens de restaurer au XIX* siècle la géométrie pure : preuve que <( la fécondité des

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inventions premières, bien loin d'être épuisée, est assez grande encore, à plusieurs siècles de distance, pour engendrer et pour soutenir les développements les plus divers et parfois opposés d'une même science »>.

Et puis il y a autre chose. Si dans la science non plus l'histoire n'est pas la dialectique que Hegel croyait, si «« la part des circonstances imprévues, des observations dues à ce que nous appelons le hasard, la part enfin des inspira tions heureuses »> ne permettent guère de soutenir, dans la suite des recherches et des trouvailles, « l'étroite correspondance de l'ordre actuel et pour ainsi dire interne de ses concepts, et de l'ordre historique de leur apparition », il n'est pas niable pourtant que, dans les mathématiques, les » théorèmes essentiels qui sont comme les idées directrices de la science ont dû apparaître dans l'ordre môme de leur subordination théorique » ; et que, môme dans les sciences physiques, les concepts fondamentaux dont (t la force évolutive entraine et coordonne les mouvements de la science )> commandent la plupart des découvertes où la part de l'imprévu est d'autant réduite, et se commandent eux-mômes les uns les autres. Or « ces liens puissants qui, sous la dispersion apparente des observations isolées, des lois particulières et du nombre toujours croissant des découvertes de détail, assurent aux sciences de la nature la régularité et la continuité de leurs développements », — ces lois d'évolution de la science, n'est-ce pas à l'histoire des Fciences, dans l'intérêt même de la science, qu'il appartient de les trouver et de les formuler? Hannequin allait jusqu'à se demander si de rhistoire ainsi faite ne se dégagerait pns <( une sorte à' enseignement des mathématiques ». Car enfin la démonstration « exige que nous allions par ordre et par degré, comme disait Descartes, des propriétés les plus simples et vraiment évidentes ou postulées comme telles, aux propriétés de plus en plus complexes, qui supposent les simples..,, et la règle de la démonstration progressive et graduelle qui, en chacun de nous, s'impose à notre intelligence, a donc dû s'imposer, avec non moins de force, à l'esprit de l'humanité ».

Cela môme d'ailleurs qui paraît contrarier et bouleverser le développement logique du devenir des sciences, et empêcher que le déterminisme ne soit aussi rigoureux dans l'évolution de leurs méthodes et de leurs problèmes que dans l'évolution cosmologique ou biologique, à savoir la part des inventeurs de concepts et le rôle des concepts inventés, par

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exemple l'intuition de Galilée que les phénomènes de la nature peuvent et doivent être mesurés, le mécanisme universel de Descartes, les formules que Newton en a appliquées aux grandes masses, Huyghens, Poisson et Cauchy aux infiniment petits, les principes de la thermomécanique et ceux de la thermodynamique et de Vénergétique, ou encore, dans d'autres domaines, la loi des proportions définies, l'idée de transformisme, autant de choses qui ont soudainement modifié le développement de telle science donnée, c'est encore, puisque le savant en tant que savant s'en désintéresse, à Vhistorien des sciences qu'il appartient de les discerner, de les signaler, de mesurer (c leur valeur respective et leur fécondité ». Grand service, — assez analogue à celui que nous devons « à la méthode pathologique en physiologie ou en psychologie », — si nous profitons « de la dissociation historique des concepts pour étudier chacun d'eux dans sa pensée, dans ses ressources théoriques et dans toute sa portée », pour retrouver (( tout ce qu'il eut, à son époque, de vie indépendante et de force originale », — pour « revivre la vie de toutes nos méthodes ».

Majs l'historien des sciences a une tout autre tâche encore, d'un profit plus rare et plus haut, et dont nous n'avons pris conscience que depuis le jour où nous avons connu la véritable nature du processus scientifique, — son orientation vers la pratique, sa subjectivité, sa relativité foncière. Nous ne pouvons plus croire à l'existence d' <« une vérité éternelle, sorte d'énigme à déchiffrer ici-bas, mais entièrement résolue dans un monde transcendant », dont notre vérité humaine se rapprocherait par un progrès indéfini. Il n'y a de vérité que dans la mesure où elle est vérifiable et vérifiée. La science ne collectionne pas des faits et des lois qui existeraient tels quels indépendamment de notre esprit ; elle n'entre pas toute faite dans l'intelligence : «« L'observation pure, l'observation passive ne la donne jamais. » Elle est au contraire notre œuvre personnelle, le produit du Cogito. Plus encore que sur les choses, elle est apte à nous renseigner sur nous-même. Il n'est pas exact du tout de soutenir, comme on le fait si communément, « que parmi les acquisitions successives de la connaissance scientifique, les unes sont vraies, et les autres fausses ». On dit : Le système de Ptolémée est faux ;

le système de Copernic est vrai. Eh bien non ! ce n'est pas

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