Gerh., I, p
LA PREUVE ONTOLOGIQUE CARTÉSIENNE
nier : quand il raisonne ainsi, le nerf de l'argument est dans ridcntilé, et dans l'identité au sens logique du mot, de l'existence et de la perfection ; autrement dit, le lien qui unit ces deux termes est, selon le mot de Kant, un lien analytique.
Il faut rendre à Leibnitz cet hommage qu'il a, l'un des premiers *, avec une rare sagacité, non seulement contesté cette mineure, mais découvert le motif véritable qui la rend contestable : c'est que, n'ajoutant rien à la réalité de l'essence, qui en est toute la perfection, l'existence ne saurait passer pour une perfection : « Cent thalers réels, dira Kant 2 un siècle plus tard, ne contiennent rien de plus que cent thalers possibles. Car, comme les thalers possibles expriment le concept, et les thalers réels l'objet et sa position en lui-même, si celui-ci contenait plus que celuilà, mon concept n'exprimerait plus l'objet tout entier, et par conséquent il n'y serait plus conforme. » Et la même conséquence est plus choquante encore, s'il est possible, quand il s'agit de l'essence, puisque ce serait dire de l'objet qui existe qu'il contient quelque chose de plus que son essence.
Donc, ou le lien est nul entre la perfection et l'existence, ou, s'il est très réel et s'il n'est point analytique, il reste à reconnaître qu'il est synthétique, et à le justifier.
Quoique Leibnitz ait ici, par la substitution de l'Être nécessaire à l'Être infiniment parfait, fait plutôt un effort pour mettre cette synthèse en dehors de l'argument que pour la justifier par des raisons profondes, nul n'a pourtant mieux que lui, en d'autres circonstances, développé ces raisons. On peut même dire qu'elles sont la base et le principe de sa philosophie, du moins de cette partie de sa f)hilosophie qu'on connaît sous le nom de théorie des possibles. De l'existence d'un être en général on n'a pas rendu compte, tant qu'on a démontré seulement, en vertu du
1. Gnssendi l*n fait aussi très nettement dans les cinquièmes Obiections, Cousin, II, p. 201.