‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 141 sur 319 · L.\ PREUVE ONTOLOGIQUE CARTÉSIENNE · texte numérisé non relu

L.\ PREUVE ONTOLOGIQUE CARTÉSIENNE

ainsi ne fut jamais plus grand que dans le cas qui nous occupe. La lecture de ses Réponses aux secondes, aux quatrièmes, et notamment aux premières objections ne laisse à ce sujet subsister aucun doute : pour lui, comme pour Leibnilz, l'attribution de l'existence à l'Être tout pariait ne se fait point en vertu du principe d'identité, mais Cil vertu du principe de raison suffisante ; et le jugement qui l'affirme n'est point, comme nous dirions aujourd'hui, analytique ; il est nettement et franchement synthétique.

S'il était analytique en effet, que faudrait-il prouver? Non pas que l'existence convient au tout parfait ; car ce mot de convenance, signifiant aussi bien une convenance de raison qu'une convenance logique, laisse indécis précisément ce qui est en question ; mais que, si l'on s'attache d'une manière exclusive à vider le contenu de l'idée du parfait, parmi les éléments intégrants de l'idée, parmi les perfections distinctes dont elle serait la somme, on trouverait l'existence ; bref, il faudrait prouver que l'existence en est une, ou qu'elle est une partie de l'idée de perfection, à peu près comme trois, ou comme angle, constituent les parties de l'idée de triangle. Or d'une telle proposition, qui serait d'ailleurs stérile, on trouve sans doute plusieurs fois chez Descartes, ainsi que nous l'avons dit, renonciation fautive ; mais dans les passages plus importants de ses Réponses, quand il veut justifier la preuve ontologique, on n'en trouve même plus trace, et c'en est une tout autre qui s'y est substituée. C'en est si bien une autre et cette autre à son tour est si bien l'expression d'une synthèse irréductible, qu'elle supprime du môme coup toute démonstration, mais ne la supprime d'ailleurs qu'en la rendant inutile. On ne démontre pas, en effet, un jugement synthétique ; on le pose dans une définition ou dans un postulat ; témoin ce qui se passe en géométrie : on définit la droite, on postule que, par un point pris hors d'une droite, on ne peut à cette droite mener qu'une parallèle ; mais ni les postulats, ni les définitions ne se peuvent démontrer, parce qu'ils posent justement les premières

HANNEQUIN, I

ÉTUDES D HISIOIRE DE LA PUILOSOPHIE.

synthèses ou les premières données sans lesquelles, ne s'appuyant à rien, l'analyse pure et la démonstration ne pourraient rien déduire.

Supposez à présent que la relation qui lie l'ôtre à la perfection soit elle-même synthétique et qu'elle soit une synthèse absolument première, on peut la justifier, mais non la démontrer. Et c'est pourquoi, selon nous, toute démonstration, au sens strict du mol, de celle relation fondamentale disparaît des Réponses où Descartes la reprend i. Il l'a remarqué lui-même : « Je demande, dit-il à la fin des Réponses aux secondes ohiections 2, que les lecteurs s'arrêtent longtemps à contempler la nature de l'être souverainement parfait : el, entre autres choses, qu'ils considèrent que, dans l'idée de Dieu, ce n'est pas seulement une existence possible qui se trouve conlenue, mais une existence absolument nécessaire; car de cela seul, et sans aucun raisonnement, ils connaîtront que Dieu existe. » Et plus loin : « La conclusion de ce syllogisme (savoir, le syllogisme qui remplacerait celui de la cinquième Méditation et dont voici la conclusion : donc il est vrai de dire que l'existence nécessaire osl en Dieu, ou bien que Dieu existe) peut êlre connue sans preuve par ceux qui sont libres de tout préjugé, comme il a été dit dans la cinquième demande 3. » Ainsi la relation de l'existence nécessaire et de la perfection nous est donnée maintenant comme l'objet, non d'une démonstration, mais d'une simple « considération » ; et dans le syllogisme que nous venons de rappeler, ce qu'on prouve, c'est que Dieu existe, pourvu seulement qu'à sa nature appartienne l'existence ;

1. Voy. Bép. aux premières (Cousin, I, p. 389) et aux secondes ohiections (p. 460), la nouvelle forme de l'argument : la majeure énonce le postulat d'après lequel on a le droit d'allirmer de la chose ce qu'on affirme légitimement de la nature ; quant à la mineure, elle résume en un seul jugement ce que le syllogisme de la 5* hfàdit. prétendait prouver par un argument en forme : u Or est-il que l'existence nécessaire est conlenue dans la nature ou le concept de Dieu. «»

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