Présenté en 1668 à la Société Royale de l^ondres
cette pensée avant 1672 ? Pour mesurer tout le chemin parcouru, il faut en assurer d'abord le point de départ. Et nous le trouverons dans une philosophie déjà très arrêtée en 1670. La pensée qui domine celte philosophie est la même que celle qui dominera l'autre : c'est à savoir qu'il faut, pour établir une doctrine de l'esprit, établir d'abord une doctrine du mouvement, et qu'on ne peut établir une doctrine du mouvement qu'avec l'aide et le secours de la géométrie. Mais cette géométrie et cette mécanique, quelles étaient-elles donc avant les amendements qu'elles devaient recevoir d'une étude plus complète et surtout plus exacte ? Si vraiment la doctrine de l'esprit en dépend, il est d'un intérêt capital de savoir quelle doctrine de l'esprit Leibnitz avait tirée d'une mécanique fausse, quelle autre d'une mécanique exacte ou corrigée. Outre que dans l'histoire de la pensée de Leibnitz ses écrits de jeunesse ne sont point négligeables, ils nous offrent ainsi le seul moyen de vérifier ce qu'il a de vrai dans celle appréciation que le degré de perfection de sa métaphysique a toujours dépendu d'une manière étroite du degré de perfection de ses notions mécaniques. Cette vérification, nous voudrions la faire d'une manière complète pour la première période de la vie de Leibnitz, et l'esquisser seulement pour la période suivante, dans la mesure où nous devrons mesurer les progrès de la seconde sur la première. Et ainsi nous rendrons ses proportions exactes à la philosophie de sa jeunesse, en même temps que nous verrons ce qui en a subsisté dans la philosophie de sa maturité.
Notre sujet se trouve par là même très nettement circonscrit : nous ne nous proposons d'étudier, sous le nom de première philosophie de Leibnitz, que la métaphysique ou la philosophie première de Leibnitz jusqu'au moment de son départ pour Paris : nous n'étudierons en d'autres termes que sa doctrine sur le mouvement, sur l'esprit et sur Dieu ; et nous laisserons de côté, de propos délibéré, 8a morale et même sa théorie de la connaissance, quel que soit l'intérêt qu'elles offrent en elles-mêmes, parce qu'elles
ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.
n*onl avec sa doctrine du mouvement et de l'esprit, non seulement dans cette première période de sa vie, mais peut-être dans l'autre, que des liens peu étroits.
Ce qui nous préoccupera d'abord, c'est de savoir comment et sous quelles influences s'est formée cette foi, si ferme chez Leibnilz, que tout dans la nature se fait mécaniquement, puis de chercher quelles formes successives il donne au mécanisme ; on sait, par son propre témoignage, qu'il donna tout d'abord dans le vide et les atomes ; nous étudierons par quel développement de sa pensée il en sortit, pour aboutir, vers 1009, à une philosophie corpusculaire très semblable à celle de la physique cartésienne. Mais le souci de trouver et de suivre dans leurs dernières conséquences les lois du mouvement, au lieu de se contenter d'une croyance vague au principe que tout s'y réduit dans la nature, l'amène vers la fin de 1669 à la résolulion d'établir une sorte de mécanique rationnelle ou de géométrie du mouvement. C'est l'œuvre capitale de ses années de jeunesse, dont l'étude attentive constituera le fond et le terme de ce travail. Nous y verrons Leibnitz s'inspirer, pour la partie géométrique, de la Géométrie des indivisibles de Cavalieri, pour la partie mécanique, non des Principes de Descaries, qu'il n'a pas encore lus, mais du De Corpore de Hobbcs, comme l'a montré Tônnies *, et comme la comparaison des textes le prouve avec évidence. Et là nous surprendrons comment, guidé par Hobbes pour ainsi dire pas à pas dans l'analyse du mouvement, non seulement il passe, par une réflexion qui lui est propre et par laquelle il s'affranchit de toute influence, de l'élément du mouvement à l'élément de l'esprit, mais comment il rencontre pour la première fois dans le principe incorporel du mouvement la monade future, avec toute sa nature et tous ses caractères. VIIiij»olhesis physica nova n'est donc point, comme l'a dit Guhrauer 2, une œuvre médiocre ;
1. Tônnies, Leibnitz und Hohbea in Philosophische Monatshelte, vol. XXIII, 1887, p. 557.