‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 153 sur 319 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Atomisme (1601-1068)

S'il est vrai que, quand on entreprend d'expliquer la genèse et le développement progressif de la doctrine d'un philosophe, rien ne soit en général plus important, mais aussi plus laborieux que de démêler, parmi ses devanciers ou ses contemporains, ceux dont l'exemple ou l'autorité ont formé sa pensée, jamais peut-être l'historien n'a éprouvé plus d'embarras qu'à rechercher les sources de la philosophie leibnilzienne, et à suivre, pour ainsi dire à la trace, les maîtres de Leibnitz. Ici, en effet, la difficulté est grande : d'une part, lui-même s'est souvent proclamé autodidacte, libre de toute obligation de disciple ; de l'autre, poussé par une curiosité passionnée à s'informer des enseignements ou découvertes d'autrui, il lut beaucoup dès l'enfance, et, dans sa maturité, il entretint une correspondance suivie avec les hommes les plus savants de son temps. Et cet autodidacte était ainsi fait que, plus disposé à approuver la pensée des autres qu'à la critiquer, il ne se contentait pas d'effleurer une doctrine, il s'en pénétrait à fond. Dans son esprit se reflétaient, comme les objets dans un miroir, les images et, pour ainsi dire, les rayons de la vérité, d'où qu'elle vînt. Aussi est-il malaisé de discerner ce qu'il a tiré de lui-même et ce qu'il a reçu d'autrui, d'autant qu'il n'a rien emprunté sans le transformer et y mettre sa marque. A dire vrai, il n'a été ni indépendant de toute école ni asservi à aucune, et ceux-là se

LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

trompent qui prétendent voir en lui un partisan de Descartes ou de tout autre. Mais quels sont, parmi les penseurs qui l'ont précédé, ceux qu'il a le plus estimés, et comment,, suivant l'objet de sa recherche, s'est-il tantôt rapproché, tantôt éloigné d'eux, voilà ce qu'il vaut à notre avis la peine d'étudier et ce que nous voudrions autant que possible déterminer.

Leibnitz raconte qu'après avoir lu avant l'âge de 12 ans, dans la bibliothèque de son père, la plupart des anciens,. Cicéron, Quintilien, Sénèque, Pline, Hérodote, Xénophon,. Platon, les écrivains de l'Histoire auguste et beaucoup de Pères de l'Église, tant grecs que latins, après s'être enchanté de la variété même de ces lectures, amené à l'étude de la Logique, il se joua si commodément et avec une telle ardeur à travers cette science « dont les épines faisaient horreur à tout le monde » qu'il ne trouvait pas, à peine ûgé de plus de treize ans, moins d'agrément dans Zabarella, Rubius, Fonseca et les autres scolastique& qu'il n'en avait trouvé chez les historiens, et qu'il lisait avec autant de facilité Suarès que les Contes Milésiens i. Et pourtant, dit-il, il ne s'arrêta pas longtemps « aux subtilités scolastiques ». Lorsqu'il entra à la Faculté de Leipzig (1661), réveillé des songes scolastiques par les ouvrages des modernes, il paraît avoir abordé une philosophie « meilleure » et plus haute. Lui-même s'exprime ainsi : « Interea féliciter accidit ut consilia magni viri Francisci Raconi, Angliac Cancellarii, de Augmentis scienliarum et Cogitala cxcitatissima Cardani et Campanellac et specimina melioris philosophiae Keplcri, et Galilaei et Carlcsii ad manus adolescentis pervenirenl 2. » Quelle fut celte philosophie meilleure, on le reconnaîtra sans peine si on examine les noms cités dans ce passage. Ce sont ceux des hommes qui, d'une part, ramenant, d'un commun accord et par une sorte de conspiration, l'esprit humain du verbiage péripalétique à la nature, mettaient

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