‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 160 sur 319 · Confessio nalurae. Gerti., Phil, IV, p · texte numérisé non relu

Confessio nalurae. Gerti., Phil, IV, p

qualités premières, il reste donc qu'ils la tiennent d'un principe extrinsèque qui ne peut être que Dieu, et ainsi ils ne peuvent plus prétendre au rang de principes qui se suffisent à eux-mêmes comme ils suffisent à tout.

L'examen des deux termes de la définition, l'un, l'espace, qui donne aux corps l'extension, mais qui ne peut leur donner une figure définie, l'autre, V inexistence, qui leur vient du mouvement, conduit Leibnitz non seulement à prouver ce qu'il prétend prouver,- mais déjà à donner au mouvement le privilège d'être le véritable agent des déterminations de l'espace ; et cette observation, qui ne prend dans la Conlessio qu'une forme indécise, y doit être cependant d'autant plus remarquée qu'elle annonce le passage à une manière de voir qui ne s'accorde plus avec l'atomisme et qui pousse Leibnitz vers une philosophie que nous exposerons dans le chapitre suivant.

Suivons donc à présent Leibnitz dans la critique qu'il fait de chacun de ces termes, et voyons, d'une part ce qu'ils donnent au corps, de l'autre ce qui leur manque ou pour lui tout donner ou pour être à eux-mêmes leur propre raison d'être.

Et d'abord l'espace :

« Ex spatii termino, oritur in corpore magnitudo et figura. Corpus enim eadem statim magnitudinem et figuram habet cum spatio quod implet. Sed restât dubium cur lantum potius et taie spalium impleat, quam aliud et ita cur exempli causa sit potius Iripedale quam bipedale, et cur quadratum potius quam rotundum. Cujus roi ratio ex corporum natura reddi non polest, eadem enim materia ad quamcunque figuram sive quadratam sivc rolundam indeterminala est. Duo igitur tantum respondcri possunl, vel corpus propositum quadratum fuisse ab œterno vel ab altcrius corporis impactu quadratum faclum esse, siquidem ad causam incorpoream confugere nolis. Si dicis, ab aeterno fuisse quadratum, eo ipso rationem non assignas, quidni enim poluerat ab aeterno esse sphaericum ? aeternilas quippe nullius rei causa intelligi potest. Sin dicis :

ÉTUDES d'histoire de la philosophie.

LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

alterius corporis molu quadratum faclum esse, restât dubium cur figuram lalem vel lalem anle motum illum habuerit ; et si ilerum rationem refers in motum alterius, et sic in infinilum, tuin pcr omne infinitum rcsponsiones tuas novis quaestionibus prosequendo, apparebit nunquam maleriam déesse quaerenli rationem rationis, et ita rationem plenam reddilam nunquam esse. Apparebit igitur ex nalura corporum rationem ccrtae in iis figurae et magnitudinis reddi non posse i. »

Voilà pour l'espace. Mais nous avons dit que la définilion se compose de deux parties.

Examinons maintenant le terme de l'inexistenlia : « Ad terminum inexistenliae in illo spatio pertinel motus, dum enim corpus incipit exislerc in alio spatio quam prius, ex ipso movetur. Sed re accuralius perpensa apparebit ex natura quidem corporis oriri mobilitatem, sed non ipsum motum. Eo ipso enim dum corpus propositum est in spatio hoc, etiam esse potest in alio aequali et simili prioris, id est potest moveri. Nam posse esse in alio spatio quam prius, est posse mutare spatium, posse mutare spatium est posse moveri. Motus enim est mutatio spatii. Actualis autem motus ab inexistentia in spatio non oritur, sed potius corpore relicto sibi contrarium ejus, nempe permansio in codem, seu quics. Ratio igitur motus in corporibus sibi reliclis reperiri non potest. Frustraneum igitur est illorum effugium, qui rationem motus sic reddunt ; omne corpus vel motum esse ab aeterno, vel moveri ab alio corpore contiguo et moto. Nam si dicunt corpus propositum motum esse ab aeterno, non apparet cur non potius quieverit ab aeterno, lempus enim, etiam infinitum, causa motus intelligi non potest. Sin dicunt corpus propositum moveri ab alio contiguo et moto, idque iterum ab alio, sine fine ; nihilo magis rationem reddidcrunt, cur moveatur primum et secundum et terlium vel quotumcunque, quamdiu non reddidere rationem cur moveatur scquens, a quo omnia antecedenlia moventur. Ratio enim 1. Coniessio naturae. Gerh., PhU., IV, p. 106.

eonclusionis lamdiu plane reddila non esl, quamdiu reddita non esl ratio ralionis, praeserlim cum hoc loro idem dubium sine fine restet K »

Ce qui esl vrai du corps qui ne tienl de son essence ni la figure qu'il a, ni le mouvemenl, l'est donc au même degré de l'atome à la fois mobile et figuré, en sorte que le second, par le fait qu'il requiert, comme l'autre, 1 action d'un principe capable de lui donner mouvement et figure, cesse d'être éternel et d'être, comme le croyaient les atomistes anciens, l'élément primordial des choses et de la

nature. . , , j- «

Mais il y a plus (et c'est ici que Leibnilz aborde directement dans la Coniessio la critique de l'atome), alors même qu'ils donneraient à l'atome une grandeur et une figure finies, les atomistcs n'auraient pas encore explique par là ce qui fait qu'il n'est pas seulement une figure géométrique, mais qu'il esl un corps et qu'il est une réalité, à savoir sa solidité ou sa « consistentia » : question grave, relative à la nature ou à l'essence de la matière, par opposition à la pure extension, que Leibnitz semble ici aborder pour la première fois, et qui lui fait dès mamtenanl dépasser le mécanisme par le recours à Dieu, comme .1 le dépassera dans l'avenir par le recours à des forces supérieures à la pure masse et au pur mouvement. Ici encore, il ne nie point que soit vrai « Quod olim Democntus, Leu-

cippus... » (V. supra p. 33 ). ^ , .

Mais qui rendra compte de cette ténacité : « Sed unde ipsis tenacitas ? an hamos hamorum supponemus m infinitum? etc.» » ...

Deux explications pourtant ont été tentées de la solidité de l'atome ou de la cohésion de ses parties, au sujet desquelles l'opinion de Leibnilz doit être notée : la première esl due aux anciens, et suppose « parles atomorum ideo cohaerere quia nuUum intercédai vacui ; ex qua sequitur omnia corpora quae se serael comigeruni, msepara-

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