Ibid., pp
Bien que Leibnitz n'ait étudié de près et à fond qu'à Paris les œuvres de Descarlcs, notamment la Géométrie, les llègles pour la direction de VEsprity les Principes et les Lettres morales à la princesse Elisabethy il est donc évident qu'il était informé par ces livres « écrits un peu familièrement » des discii)les ou des contradicteurs de ce qui constituait l'âme de sa doctrine et même de la plupart de ses théories plus particulières (l'ùme des bêtes). 11 est sûr, d'autre part, qu'il ne Ta point servilement imité, et ce n'est point non plus la lecture de Descartes qui semble l'avoir amené, comme une cause extérieure et comme un événement fortuit, à abandonner l'atomisme. Mais quand ses propres réflexions l'eurent conduit à faire la critique de ce mode d'explication et quand elles l'eurent incliné à penser qu'il fallait rendre compte non seulement de tout par la figure, la grandeur et le mouvement dès atomes, mais de cette figure même et de ce mouvement, la connaissance de la solution apportée par Descartes au problème général de la genèse des éléments ne peut pas avoir été sans exercer une influence sur son propre jugement, et la parfaite ressemblance des doctrines sur les points essentiels prouve que celle influence a été décisive.
Au resle, il ne suivra jamais, dans la première période de sa vie, d'aussi près qu'en ce moment l'autorité de Descartes ; et, quoi qu'on en ait dit, dès l'année suivante, dans VHijpolhesis physica nova, et surtout dans la Theoria motus abstracti, il va s'en écarter et même s'en affranchir pour approfondir davantage la notion des principes et des lois du mouvement.
Quoi qu'il en soit, en 1669, et même dès le mois d'octobre 1668, Leibnitz a renoncé, pour n'y jamais revenir^ au vide et aux atomes, considérés du moins comme les termes absolus et irréductibles qui rendent raison de tout et dont rien, en revanche, ne peut rendre raison. Et en les dérivant d'une matière inerte, incapable par elle-même de se donner le mouvement, bien qu'elle ne puisse tirer que du mouvement lui-même ses divisions, ses limites internes
ÉTUDES D*IIIST0IRE DE LA PHILOSOPHIE
(intrinsecos partium lerminos) et ses figures, des deux causes invoquées par l'atomisme pour expliquer la variation infinie des êtres et des phénomènes, à savoir les figures, qui engendrent la variété des éléments eux-mêmes et la fixité des espèces, et le mouvement, qui engendre la variété et les changements des composés, il n'en reconnaissait plus qu'une, le mouvement, d'où devait naître ù la fois la variété (diversitas) des éléments et fincessanlc variation des composés. Quant à la matière, qui s'offrait aux déterminations à l'infini des figures réelles et corporelles par le mouvement, comme l'espace idéal à la génération des figures par le géomèlre, elle tendait à s'évanouir dans l'espace et à se confondre avec lui, en sorte que Leibnitz allait bientôt pouvoir dire que le corps n'est même plus matière, mais qu'il n'est que mouvement.
Si le mécanisme ainsi se simplifie et se rapproche de l'unité de principe idéale et rêvée, c'est en revanche une question de savoir si le mouvement peut naître quelque part, même sous l'action de Dieu, dans l'espace et môme dans une matière parfaitement pleine et continue sans s'y dissiper à l'infini ; car où seraient les bornes du mobile qui, avant la division demandée au mouvement, pût retenir le mouvement dans les limites du mobile ? Le mouvement lui-même semble donc requérir, avant tout mouvement, des parties primitives, en acte et définies, dans la matière elle-même ; et dès lors qu'on ne pouvait revenir à l'atome, désormais condamné, Leibnitz allait demander à la géométrie elle-même des indivisibles d'une autre espèce qui, sans tomber sous les mêmes critiques que les atomes grossiers de Démocrite, pussent concilier les exigences de la géométrie et de la physique, et devenir en même temps les sujets du mouvement.