‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 242 sur 319 · Gerh.. PUiL, IV · texte numérisé non relu

Gerh.. PUiL, IV

2. Hic est velut apex rationalitatis in molu. ma. 3! Ibid., p. 188.

ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.

mènes, quels qu'ils soient, de notre monde sensible ; mais pour permettre l'application de la géométrie aux apparences de la nature, la géométrie même ne saurait suffire ; elle peut, quand on suppose dans l'espace infini une première différence ou un premier ensemble de différences figurées, suivre plus ou moins loin les conséquences qui en dérivent, et même elle est le seul instrument qui permette d'y réussir avec précision ; mais ce qu'elle ne peut pas, c'est déterminer par ses propres forces et pour des raisons logiques celle première différence ; et il reste qu'elle dérive, tant dans l'ordre du connaître et pour le physicien qui la suppose à litre d'hypothèse, que dans l'ordre de Télre et pour le créateur du monde qui l'a voulue et comme préférée, non de principes logiques ou mathématiques, mais d'un principe d'ordre et de choix ou, pour rappeler l'expression de Leibnitz, d'économie. Le géométrique postule donc lui-même, même s'il préside dans le monde à tous les développements des purs phénomènes, et même si tout y est en un sens réglé par les seules lois de la géométrie, une économie, un ordre et des principes qui ne soient point rigoureusement géométriques, cl d'où dérivent tout au moins les lois du mouvement concret, sinon, comme on l'a vu, jusqu'aux lois mêmes du mouvement abstrait.

i\'csl-co poiiil. on d'aulros tonnes, dôjà dire neltonioni que ce qui suffit à la géométrie, à savoir l'étendue et tout ce qui en dépend, est si loin de suffire, comme le pensait Descartes, à la réalité, qu'il ne suffit pas même au mouvement, où de plus en plus Leibnitz inclinait à trouver l'essence même du réel? Et en partant de là, serait-ce forcer outre mesure sa pensée que de soutenir qu'il tendait, tout en laissant à la géométrie et à la mathématique dans l'ordre du connaître leur portée universelle, à donner, dans l'ordre du réel, aux principes du mouvement une telle prépondérance sur les principes de la géométrie, et au mouvement lui-même sur la pure étendue, qu'il mcline déjà à rejeter celle-ci au rang des pures relativités

LA PREMIERE PHILOSOPHIE DE LEIBMTZ

et à n'y voir qu'une suite du mouvement lui-même ou du moins des tendances {conalus) qui en constituent l'élément essentiel ?

Avec une décision qu'on ne rencontre point dans ses écrits antérieurs, même dans cette lettre VI à Thomasius où il lui attribuait pourtant dans la genèse des corps un rôle si important, Leibnitz ne se contente plus, dans VHypolhesis phijsica nova, de voir dans le mouvement l'une des conditions de l'existence des corps, mais il va jusqu'à dire, dans une lettre à Arnauld où il commente les principes de Vlhjpolhesis, qu'il en consliluc l'essence : « essentiam corporis potius consislere in motu*. »

Point de corps, en effet, qui ne possède au moins celte qualité première d'avoir une cohésion par laquelle il résiste à la pénétration ; et point de cohésion qui ne dérive d'un mouvement conspirant, qui seul l'a pu faire naître et qui seul la conserve, et partant d'une vitesse d'où dépend, selon les propres termes de Leibnitz, toute puissance dans la nature. Tandis, en conséquence, qu'étant encore imbu, dans la lettre à Thomasius, de l'esprit de l'alomisme, ce qu'il songeait seulement à demander au mouvement, c'était la détermination de la grandeur et de la figure du corps, par lesquelles à vrai dire le corps ne se dislingue point, sinon pour notre imagination, de l'espace qu'il remplit, ce qu'il lui demande maintenant, c'est avec la figure, ce degré fini, quel qu'il soit, de fermeté ou de solidité et, pour tout dire, d'impénétrabilité, sans lequel il n'y a point de corps.

Mais à ce compte, s'il devait aboutir à celte doctrine remarquable que tout dans les corps et dans leurs éléments, y compris les bulles mêmes, ces stamina rerum, et jusqu'aux liens * qui semblent les retenir dans leurs limites propres 8, se résout en une diversité pour ainsi dire infinie

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