‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 263 sur 319 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

2. Ibid., I, 53. « Geselzt nùn das Gomiith beslelie in einem Punct, «0 ist es ùnzertheilich und ùnzerstôrlich. »

3. //»<>/., L 72 : « Cum enini sit a me demonstratum locum verum mentis nostrae esse punctum quoddam scu centrum, ex eo deduxi consequenlias mirabiles de mentis incorruptibilitale, de impossit)ilitale quiescendi a cogitando, de impossibilitate obliviscendi, de vera atque intima differentia inter motum et cogitationem. »

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ÉTUDES D*HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

s'il pouvait à lui seul fonder un sentiment, reviendrait en tout cas à sentir la môme chose dans une durée finie ; or, selon le mot de Hobbes, dont il n'y a guère de doute que Leibnilz se soit souvenu encore ici : « sentire semper idem et nihil sentire ad idem recidunt i » ; et ainsi, comme (Va Leibnilz, « aclione ol reaclione, seu coniparalione ac proinde harmonia, ad sensum et sine quibus sensus nullus est, voluptalem vel dolorem, opus est. » Penser, en d'autres termes, c'est se souvenir, quand toute comparaison suppose d'autre part la persistance des termes comparés jusque dans la synthèse où ils s'opposent et jusque dans l'harmonie où ils se réunissent ; et il ne faut rien de plus pour démontrer enfin qu'elle ne saurait se trouver ailleurs qu'au point de réunion de conatus multiples, et qu'elle n'en est le lieu qu'autant que, d'autre pari, elle est une synthèse incapable d'oublier et, par suite, incapable de cesser de penser.

C'était donc satisfaire à toutes les propriétés des âmes, ot notamment à celle qu'elles ont d'être la réunion d'une multiplicité d'actions allant à l'infini tout en restant « sibi intime praesenles » que de leur assigner leur véritable lieu dans des points de l'espace ; car telle est pour Leibnilz la nature du point que, de môme que par la multitude infinie de ses parties, il répond en quelque sorte à la multitude infinie des Actions de l'Esprit, de même parce que ses parties sont indistanles et parce qu'il est inélendu, il répond à l'unité formelle de la conscience, « laquelle est comme un monde rassemblé en un point « ».

Peut-on dire cependant que l'Ame indivisible convienne d'une manière si parfaite avec l'indivisible géométrique, tel du moins que le définit Leibnitz, qu'elle y trouve non seulement son véritable lieu 8, mais encore son essence ?

1. De Corpore, p. IV, eh. xxv, § 5. V. Gerh., PliiL, IV, p. 230.

3. Gerh., PML, I. 61. Also ist Mens oine Kleine in einem Puncl begriffene Welt.

3. I.dcuin veruni mcnlis noslrae esse punctum quoddam seu centrum. Ibid., 1, 72. — Locabam Animas in punclis. A. Des Bosses, IL 372. — Mentem consistere in puncto seu centro. Ibid., I, 61.

Pour y être indistantes, on ne peut dire qu'il n'y ait pas de parties dans un point ; et quoique dans la pratique du géomètre, on admette en un sens qu'elles sont inassignables ou « inconsidérabiles », elles le sont, en effet, si peu dans l'absolu que le tout qu'elles constituent se prête à la considération du plus grand et du plus petit, puisqu'il y a des points plus grands que d'autres points. Or, il n'est pas douteux que, même dans ces limites et sous de telles réserves, l'âme ne soit affranchie de toute condition de grandeur et de quantité. C'est d'une manière absolue, et non pas seulement d'une manière relative, qu'elle n'a point de parties, quand le fait pour elle d'avoir des parties la rendrait incapable d'être sibi intime praesens, ainsi qu'elle Tesl en fait, quelle que soit d'autre part la multiplicité de ses actions. Et ce n'est pas pour rien que Leibnitz a dit d'elle que, non seulement elle est, comme tout indivisible, incorporelle et inétendue, mais qu'elle est une substance. Si donc elle conserve avec l'indivisible géométrique quelque correspondance et quelque proportfon, il faut pourtant reconnaître qu'elle est encore plus que lui vraiment indivisible, et qu'elle ne saurait l'être qu'en étant complètement dépourvue de parties. Est-ce à dire que Leibnitz, qui se trouve engagé dès lors dans la voie qui le conduira plus tard aux monades véritables, songe à voir déjà dans d'e telles âmes des atomes formels ou des points de substance ? Nous n'avons garde de le soutenir ; mais ce point sans parties qu'on ne peut concevoir géométriquement que comme une limite de ces indivisibles plus grands les uns que les autres le ramène si près du point mathématique, qu'il semble qu'il en ait réintroduit la notion dans sa doctrine en même temps que celle des âmes incorporelles*. Bien qu'elle garde avec lui de très réels rapports, l'âme est donc bien moins l'indivisible relatif de la géométrie qu'elle n'en est la limite ; en sorte que, n'al-

1. Voyez le rapprochement de ces deux termes dans la critique qu'il fait de Hobl)es à la page 239 de la Th. m. abstr. Gerh., P/itt., I\'. Tollil mentes incoi*poreas, tollit indivisibilia vera.

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ETUDES D HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

LA PREMIERE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

lanl point par là jusqu'à la faire sortir de l'espace, Leibnitz ne pouvait l'y réalisei- qu'en un point, et en un point mathématique, comme il le dit formellement dans la lettre à Jean Frédéric de 1671 *, et comme il le rappellera plus tard au P. des Bosses 2.

A ce mouvement de sa doctrine qui l'oblige à reporter, sans qu'il s'en soit rendu peut-être un compte exact, le véritable lieu de l'àme jusqu'au centre mathématique et rigoureusement indivisible d'un cercle, se rattache à nos yeux une curieuse théorie dont nous trouvons l'indication dans la môme lettre au duc Jean Frédéric. Si l'âme est, en effet, le point où se rencontrent une multitude innombrable de conatus dont elle est la synthèse, comme au centre d'un cercle se réunissent par leurs sommets un nombre infini d'angles, c'est un fait cependant qu'elle ne s'en distingue que comme une limite des termes qui s'y rapprochent, et que si l'on peut dire, d'un premier point de vue, qu'elle en est l'expression exacte et rigoureuse, il faut dire en revanche, d'un point de vue opposé, préférable au premier, qu'elle y trouve pour la première fois dans l'espace l'expression qui lui convient. La substance de l'ûme ne serait point, en effet, le principe du mouvement, comme Leibnitz l'a reconnu cependant en propres termes, si ce n'était point d'elle que part le rayonnement du mouvement dans l'espace Mais si de ce point de vue elle trouve dans le mouvement et partant dans les corps, qui consistent dans le mouvement, une expression d'elle-même qu'on peut dire éloignée, ce ne peut être qu'autant qu'elle ait trouvé d'abord, dans ce qui est dans respacc rélémon! du mouvement, ou dans les conatus qui concourent en elle comme en un point central, une expression prochaine. Du mouvement qui étend le corps dans l'espace, il faut donc distinguer non seulement cet inétendu qui est l'âme ou la substance, mais ces inétendus d'un autre ordre qui,

2 AntP^'^nn'" ^""''^^ mathemntico conslitutae... Ibid., I, p 54 yin^ raea, locabam Animas in punclis. Ibid., II, 372.

groupés autour du centre qu'elle occupe, comme autour d'un point tous les angles d'un cercle infiniment petit, expriment en quantité *, il est vrai, infiniment petite, avant de l'exprimer en extension, toutes les actions de l'âme dont il est vrai de dire qu'elle n'échappe pas moins à toute quantité qu'à toute extension.

11 y a donc dans les corps ce qu'on pourrait appeler un véhicule 'de l'âme, autour de la substance un noyau substantiel, qui en est, selon Lcibnilz, l'organe le plus i)rochain (proximum instrumentum), et qui consiste, selon ses propres expressions, en un point physique, comme elle consiste elle-même en un point mathématique 2. Et comme on ne peut concevoir un seul corps qui ne soit l'extension dans l'espace, sous la forme du mouvement, des tendances virtuelles ou mieux des conatus groupés dans ce noyau, Leibnitz était d'avis qu'il n'est pas un seul corps qui en soit dépourvu : « N^omblich, écrit-il à J. Frédéric 3, ich bin fast der Meinùng, dasz ein jeder leib, sowohl der Menschcn als Thicre, Kràulter ùnd Mineralien einen Kern seiner Subslanz habe, der von dem capile mortuo, so, wie ess die chymici nenncn, ex terra damnata et phlegmate bestehet, ùnterschieden. » Il n'est donc comparable qu'au punctum saliens qui, dans le fœtus ou le fruit des animaux, rassemble en soi le noyau du corps tout entier* ; il est, en d'autres termes, dans tous les corps, qui sont par suite sans exception organisés à la manière des corps des animaux, un principe de vie et d'organisation ; et, sans qu'on puisse concevoir qu'il augmente ou qu'il diminue s, puisque, étant constitué par des indivisi])lcs, il est lui-même inétendu, il est le point d'où partent tous les mouvements des corps, quand ils grandissent ou qu'ils

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