LEÇON D'OUVERTURE
Messieurs,
En assistant aujourd'hui à une première leçon sur la philosophie des sciences, vous faites le plus grand honneur au cours que j'entreprends sur un sujet à la fois très vieux et très nouveau : très vieux, car c'était le sujet favori des philosophes antiques ; et je me sens tenu, en toute honne foi et non sans quelque crainte, de confesser qu'en plus d'une occasion nous n'aurons d'autre guide que le vieil Aristole ; mais pourtant très nouveau, tant, pour des causes diverses, la séparation s'est de jour en jour produite et accentuée entre savants et philosophes : que ce soit au détriment de la science, peut-être serait-il téméraire de le dire trop haut en présence des progrès qu'elle a faits depuis seulement trois siècles qu'elle s'est affranchie peu à peu de la métaphysique ; mais que la philosophie y ait parfois perdu chez nous le sentiment vif de la réalité, qu'elle ait, à son grand dommage, selon nous, consenti à laisser échapper un domaine qui lui était propre, l'étude de la nature, on ne peut le nier, et on ne peut non plus s'empêcher de regretter qu'elle se soit ainsi laissé dépouiller et amoindrir. Ce sentiment. Messieurs, depuis longtemps les maîtres de la philosophie française l'éprouvent ; et la création dans cette Faculté d'un cours sur la