‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 298 sur 319 · Ibid., IV · texte numérisé non relu

Ibid., IV

ETUDES D HISTOIRE DE LA PIIILOSOPUIE

produire de l'autre toutes les richesses qui y étaient enveloppées.

Ainsi de deux manières et comme par deux voies, le mécanisme de riobbes lournissait à Leibnitz roccasion de démontrer l'existence de Tesprit, et d*y rattacher l'univers comme à son fondement et comme à son principe. Prend-il dans leur ensemble les lois du mouvement, et song:e-t-il surtout à tout ce qu'il fallait de puissance et de sagesse pour y mettre cet ordre et celte économie que n'expliquent point toutes seules les lois géométriques; alors c'est l'unité et l'harmonie du monde qui lui semblent requérir en l'unité d'un Dieu la cause et comme le siège d'une telle harmonie. Procède-t-il, au contraire, à la suite de sou guide, à l'analyse du mouvement, et, perdant de vue l'ensemble, se laisse-t-il conduire par la différentielle jusqu'aux éléments mômes des mouvements singuliers ; ce qu'il rencontre alors au terme de l'analyse, c'est autant d'éléments absolus de consciences et autant de fois l'esprit, qu'il existe dans le monde d'éléments de mouvement. Celte double démarche donne d'abord ù Leibnitz, sur l'existence de Dieu et sur celle d'esprits analogues aux nôtres, toutes les preuves capables de fonder solidement notre croyance en Dieu et en l'immortalité <le l'Ame. Mais un problème se pose dont il semble qu'il ait à peine soupçonné, avant 1672, toute la gravité : il n'y a point de doute qu'à ses yeux tout dans le monde relève non seulement de la pensée, mais môme que tout y soit pénétré de pensée, de la i)ensée de Dieu qui le dirige, et de la pensée des âmes qui en sont le support. Mais peut-on concevoir ou que l'esprit se disperse autant de fois qiie le mouvement se multiplie dans le monde, et qu'adviendrailil alors de l'unité du monde et de l'unité de Dieu ? ou que l'unité de Dieu absorbe plus ou moins en soi toutes les âmes, et que deviendrait alors, sans parler de l'étrange pluralité des choses, notre propre personne ? A deux re-^ prises Leibnitz a été sur le point d'aborder le problème : mais les indications qu'il donne pour le résoudre, et qui

LA PREMIERE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

iixcnt déjà son altitude future, prouvent qu'il n'en soup- Vionne pas toutes les difïicultés : de Dieu en qui il voit l'esprit universel, nos âmes, qu'il appelle « mentes secundae », tireraient leurs pensées, en sorte qu'elles penseraient l)ar la pensée de Dieu ^ ; mais ailleurs indiquant qu'elles seraient comme des fils (instar filiorum) à l'égard de leur père*, il entend sans nul doute qu'elles en restent distinctes.

Bien qu'il y ait dans ces textes comme une ébauche informe du règne des esprits, dont Dieu serait le monarque, on sent donc qu'à vrai dire le problème ne se pose point, ou qu'en tout cas il se résout d'une manière qui rappelle celle du sens commun. Et quand on songe à la place qu'il lient dans le système des monades, on en vient à se dire que c'est par ce côté qu'en 1672 Leibnitz est le moins près de sa doctrine future. Sans doute, il voit déjà en toute conscience une nature qui, en tant qu'elle est une harmonie, s'offre à dépendre bien plus d'une harmonie plus haute, que d'une multitude d'éléments inférieurs, et par exemple de mouvements. Par là toutes les consciences se prêtaient ù entrer dans une hiérarchie, avec un Dieu au sommet et la \ature en bas. Mais des nécessités qui devaient le conduire à faire de cet ensemble de consciences harmoniques une harmonie préélablie et à en mettre en Dieu le siège et le fondement, Leibnitz n'avait pas le plus faible soupçon. Connnenl elles lui apparurent enfin dans toule leur force quand il fut initié aux oeuvres métaphysiques de l'école cartésienne, nous n'avons point à le dire. Signalons seulement l'influence que ne purent guère manquer d*a^()il• sur son esprit l'auteur de la doctrine des causes occaaionnclles, doctrine (|u'il ne traverse que pour la déjjasser, et l'auteur de VElliujue, où il prit tout au moins conscience du problème que pose, pour qui l'entend, la notion de la substance, et où il prit la force de le résoudre autrement. On sait que c'est à Paris qu'il connut

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