‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 306 sur 319 · Nouveaux Essais, II, xxix · texte numérisé non relu

Nouveaux Essais, II, xxix

ï. Moth., 11, «58.

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dant beaucoup de la vérité, él n'exprimerait-on point en tout cas une impression dont on ne peut se défendre à la lecture de tant d'essais sans cesse repris, et toujours inachevés, si l'on se hasardait à dire que la Caracléristique, loin de s'identifier à la Métaphysique ou même de la pénétrer, apparaît dans son œuvre comme une œuvre parallèle à ses autres efforts, destinée sans nul doute à les rejoindre un jour, ou mieux encore ù les faire converger, lorsqu'elle serait achevée, vers un foyer unique, mais en réalité, puisqu'elle ne fut jamais qu'une ébauche, restée comme un fragment détaché de l'ensemble, et vivant plus de la Métaphysique de Leibnilz que celle-ci à coup sûr n'en vécut pour sa part ? Étrange théorie de la connaissance, dont on ne peut pas dire qu'on en pourrait déduire la Métaphysique du système, ni même sa Physique, mais dont il serait bien plus vrai de soutenir qu'elle ne fut qu'une Logique développée dans le système, sans influence directe sur sa vie intérieure.

De cette stérilité, ou, si l'on veut, de cet échec final de la Caractéristique de Leibnitz, la raison, selon nous, est dans la conception même qui lui sert de base ; nous n'oublions pas qu'on a fait honneur à la Caractéristique de la découverte du Calcul infinitésimal, que Leibnitz appelait lui-même sa caractéristique géométrique ; mais dans la mesure où cette thèse peut se soutenir, nous pensons qu'elle vérifie, loin d'y contredire, les raisons pour lesquelles la Caractéristique devait échouer, comme théorie générale de la connaissance.

Le principe d'où dérive la Caractéristique, nous l'avons montré plus haut, est que toutes nos connaissances, et en particulier toutes nos propositions et toutes nos idées, sont des termes complexes, et que ces termes complexes supposent des termes simples, à peu près comme les mots, dans nos écritures phonétiques, supposent des syllabes, et les syllabes des lettres. L'idée simple, en un mot, qui a son origine dans la raison humaine, est aux yeux de Leibnitz par définition même un indéfinissable (termini indefi-

nibiles), un indivisible, une unité ou entité logique. Que Leibnitz se soit attaché fortement à ce principe et 1 ait pris à la rigueur, deux choses le prouvent : d'abord la théorie qu'il fait de la connaissance dans les Meditationes de 1684, et la critique très vive qu'il dirige contre Descartes, dont la méthode, selon lui, ne donne pas les moyens de pousser ranalyse jusqu'aux termes les plus simples et vraiment absolus ; puis le procédé même qu'il emploie en dressant des tableaux multiples de définitions, pour extraire des définitions les plus parfaites leurs termes absolus et en définitive les éléments de la Caractéristique. D ou vient que l'opération, si elle était faisable, n'a jamais réussi ? On peut répondre, d'après une indication capitale de Leibnitz lui-même, qu'il eût fallu remonter, pour atteindre ces termes, jusqu'aux attributs de Dieu, avec lesquels ils se confondent ; mais du complexe au simple, comme le prouvent des textes récemment publiés i, s'il y a parfois, dans le cas des vérités contingentes, l'infini à franchir, il n en est pas toujours ainsi ; et au contraire, dans le cas des vérités de raison, ces vérités ne sont telles que parce qu'il est au pouvoir de notre esprit de les ramener à leurs éléments constituants par un nombre fini d'opérations lonriques. D'où vient donc encore une fois que nous n'y pa^rvcnions pas. et que, d'une entreprise au premier abord si simple et si facile, Leibnitz ne soit jamais venu à bout ? C'est qu'elle repose sur une erreur, l'erreur fondamentale de l'innéisme et de tout dogmatisme intuitionniste ou rationaliste. Cette erreur consiste à penser que la connaissance trouve en elle des idées ou concepts premiers, obiets qui par nature s'imposent au sujet, et sur lesquels ce dernier n'a de prise que par l'opération qui les unit entre eux ou pose leurs rapports. Encore ces rapports mêmes sontils déterminés d'une manière nécessaire par le sens qu'il faut attribuer au concept, tout indéfinissable et en quelque soric indivisible qu'il soit, à moins qu'il ne soit rien : et

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