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Vorlesungen ûber Natur philosophie, Leipzig

272 ÉTIDBS D.USIO.RE DE LA PHILOSOPHIE.

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Nous n'essaierons pas de montrer comment la troisième analogie de l'expérience « trouverait une illustration d^ même genre dans les lois qui règlent les variations cor- LTites des diitérentes formes de l'énergie et qui consUtuent entre elles «ne véritable « Geme.n,chaf« » et une « action réciproque ». Nous renonçons de même, pour m point donner à cette étude un développement excessif, a exposer les « principes >, déduits des catégories de a modalité, d'autant plus que ces principes, selon la remarque de Kant, n'ajoutent aux phénomènes aucune détermination nouvelle et objective, mais marquent seulement, dans les trois « postulats empiriques » de la pombililé, de l'existence cl de la nécessité, leur rapport à notre faculté de connaître.

Mais n'esl-il point toul « fait remarquable que les deux premières « analogies de l'expérience », conçues assurément par l'auteur de la Critique sans la moindre notion de progrès lointains et impossibles à prévoir, aient trouvé leur expression la plus parfaite non dans la science newtonienne qui les avait inspirées, mais dans les deux lois de la Ihermo-dynamique qui sont à l'heure actuelle les principes suprêmes de la physique toul entière ?

1. Lasswilz est le premier, ù notre connaissance, I"' «'' ^'»"' ces rapports des lois de lénergélique avec les « «"a'°e''f ^* rcxpérience », dans un remarquable article des PnilosophiscM Monalshe[tc, 1893, vol. XXIX. pp. 1-30, et 177-197.

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LES PRINCIPES DE L ENTENDEMENT PUR

Lorsqu'on réfléchit à la genèse des « principes de Tentendement pur », telle que nous l'avons exposée à partir des catégories et des schèmes, on se rend compte qu'il existe un rapport singulièrement étroit entre ces principes, désignés dans la langue kantienne par le terme précis de Grundsàlze^ et les propositions que les savants appellent de leur côté les principes de la science, mais que pourtant les uns et les autres appartiennent à deux moments et même à deux ordres très distincts de la connaissance humaine. L'illusion, et l'on oserait presque dire le préjugé d'un très grand nombre de savants est de croire que tous les principes dérivent de l'expérience, et qu'ils s'en tirent par une sorte d'abstraction et de généralisation croissantes, alors même que la pénétration graduelle des concepts mathématiques dans le domaine des sciences de la nature devrait les mettre en garde contre ce qu'une telle thèse renferme d'artificiel et de précaire. La question en revanche que ces savants ne se posent jamais est précisément de savoir s'il y a une expérience qui puisse servir de fondement à la science, et, avant tout, comment une telle expérience est possible. De là leur embarras, lorsque par un souci logique très légitime et en même temps très salutaire, ils s'efforcent de justifier les hypothèses sur lesquelles repose l'édifice de la science.

La conclusion à laquelle ils arrivent est que les principes fondamentaux de la science, en partie suggérés par l'expérience, et en partie repris et élaborés par l'analyse mathématique qui leur donne une \aleur tout au moins provisoire, renferment tous, si on les prend à la rigueur, quelque chose d'arbitraire, qu'ils tiennent de la liberté de nos définitions, et qu'il y a pourtant en eux une âme de vérité par où nous avons le sentiment très vif qu'ils ne recevront jamais de démenti formel de l'expérience. Mais

HANNEQUIN. H. ig

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au fond, nous n'avons pas plus le droit de tenir ce sentiment pour une garantie de la conflrmation constante de no8 hypothèses dans l'avenir, que nous n'avons celui de prendre conûance en elles par la simple raison qu'elles ont revêtu, selon une vue chère aux mathématiciens et aux physiciens, la forme d'un! système d'équations différentielles.

Le problème capital que personne, en définitive, ne saurait éluder est de savoir s'il y a une expérience, c'est-à-dire une nature, et comment nous sommes autorisés à penser que des formules d'un caractère universel et par conséquent non empirique^ telles que nos équations différentielles ou que nos hypothèses mécaniques et physiques, soient le moyen le plus sûr, disons mieux, soient l'unique moyen de conférer à notre science la seule forme de certitude que nous puissions souhaiter.

La solution que les anciens donnaient à ce problème est notoirement insuffisante : ils supposaient que les principes du connaître sont identiques aux principes de l'être ; mais somme toute il était impossible de le prouver autrement qu'en Véprouvanty et l'épreuve ne pouvait être faite que par une science achevée qui n'eût pas trouvé sa garantie dans le principe invoqué, mais qui tout au contraire eût été exigible pour lui servir de garantie : le dogmatisme dévoile ainsi ce qu'il y a en lui d'empirisme latent et ce qui le rend radicalement incapable de légitimer la connaissance humaine.

I/effort des savants modernes s'est, au contraire, constamment orienté depuis le xvi* siècle dans une direction toute différente ; par un instinct très sûr, ils ont eu l'intuition que les concepts en apparence les plus éloignés de la réalité sensible, et par là même les plus voisins de l'esprit et les plus élevés dans l'ordre de l'idéalité, étaient cependant les seuls qui fussent en état de rendre compte des choses, et de constituer de ces choses une science ayant le double caractère de l'exactitude et de la certitude. Mais il fallait alors que les choses, ou que les objets de nos per-

LES PRINCIPES DE L ENTENDEMENT PUR

ccplions eussent, en tant qu'ob/eis, la même origine et les mêmes conditions que les concepts apodictiques qui s'étaient seuls montrés dans l'histoire en état de produire la science de ces objets. Il fallait, en un mot, découvrir dans l'esprit, ou, selon l'expression propre de Kant, dans le moi pur et dans ses formes constitutives, les conditions suprêmes d'une Geselzmàssigkeit qui donne tout à la fois aux choses une objectivité, et à la science une prise sur ces choses. Or ce sont les « principes de l'entendement pur » qui jouent ce double rôle. Ce qu'ils donnent à la nature, au sens strict du mot, ce ne sont point des lois ; il entre en effet dans la loi des données empiriques venues de l'intuition ; mais ce qu'ils lui imposent, avant toute intuition, ce sont des règles, c'est la nécessité, posée a priori^ de n'entrer en rapport avec notre conscience et de ne conquérir une objectivité que par sa conformité générale à des règles, règles que précisément ces principes exposent dans leur forme pure et dans toute leur universalité, sans mélange d'intuition. Si tous les phénomènes n'étaient astreints, par ces règles, à n'entrer dans la représentation que comme des grandeurs extensi\es et intensives, nul n'aurait le droit de penser ni même d'espérer que l'analyse mathématique leur soit universellement applicable ; et de même s'ils n'étaient soumis a priori à une condition de constance et en même temps de variabilité réglée dans la succession, en vain notre physique chercherait-elle à établir, par une preuve de fait, la valeur de principes qui dépassent la portée de toutes les expériences.

De la science, il est donc incontestablement vrai qu'elle a dans les « principes de l'entendement pur » une garantie de sa portée universelle, et de la certitude qu'elle possède de découvrir des lois dans une nature ayant reçu d'abord de la conscience ce caractère d'être « conforme à des lois » {(fcsclzmâssig). Mais de plus il va de soi qu'elle tient des mêmes « principes », et, à travers eux, des sclièmes qu'elle réalise en ses définitions premières, ses postulats, et ses grandes hypothèses, les procédés et les méthodes qui

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explorent en lous sens cette nature « soumise à des lois », et qui dégagent celles-ci en des systèmes do plus en plus riches et de plus en plus parfaits i)ar un double mouvemenl de construction malhéjnalique et de vérilicalion expénmen. taie. Et c'est généralement au rôle qu'ils jouent comme règles suprêmes de la science qu'on a surtout songé, lorsqu^'on a voulu définir leur fonction dans l'œuvre de la connaissance. Rien ne serait plus faux pourtant que d'en faire des principes, distincts seulement de^ principes de la science par un degré plus haut de généralité, ou tels encore qu'ils seraient comme des prémisses d'où les autres suivraient comme des conclusions. Les savants n'auraient alors que trop raison d'opposer aux prétentions de ces principes immuables les variations des formes de leurs principes à eux, attestés par l'histoire. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il n'y a d'immuable que les lois de l'esprit, qui ne rendent nullement impossibles, mais qui tout au contraire appellent et justifient la vie et le devenir des principes de la science. Ce qu'exige par exemple le Grundsatz de la substance, ce n'est nullement, on l'a vu plus haut, la nécessité pour la science d'identifier la masse, comme elle l'a fait à une certaine époque, nous allions dire à la matière, contentons-nous de dire, tant cette confusion est encore habituelle, à la substantialilé objective des phénomènes ; ce n'est pas davantage, quoique la corrélation des deux termes soit infiniment plus parfaite, celle de proclamer la notion de l'énergie comme l'unique notion qui puisse y satisfaire ; c'est simplement, pour la science, la nécessité de reconnaître dans la nature une constante ohiectiie, à laquelle d'ailleurs ses progrès indéfinis donneront dans l'avenir l'expression à la fois intellectuelle et sensible qu'elle jugera la meilleure. Et de même en est-il de la causalité ; en disant après Ostwald qu*elle trouve dans la seconde loi de la thermo-dynamique son expression actuellement la plus appropriée, nous n'avons nullement entendu qu'elle se confondît avec cette loi, ni que la science ne dût jamais remplacer celte dernière par une loi

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plus parfaite. Mais ce que nous avons voulu dire, c'est que la mobilité et la relativité mêmes de la science ne devenaient légitimes, en laissant sauve sa certitude, que par la reconnaissance des lois fondamentales de Tesprit qui règlent ces mouvements et les contiennent, malgré tout, en des limites précises.

Après la large et scrupuleuse enquête à laquelle les savants, surtout les mathématiciens, avec une probité scientifique (pii leur fait le plus grand honneur, se sont livrés depuis un siècle sur la valeur des principes de la science, ce qui semble surtout les avoir frappés, c'est ce qu'il entre de choix, de liberté, ou, comme ils disent volontiers, de convention dans les définitions premières ou dans les hypothèses. Quant aux raisons qui fixent ce choix et qui le modifient au cours de l'histoire, ils ne manquent pas de les apercevoir dans l'extension indéfinie et la fécondité inépuisable de l'expérience sensible ; mais ils les voient aussi dans l'effort spontané et continu de l'esprit non seulement pour adapter ses concepts à des richesses sans cesse renouvelées, mais encore pour les affirmer, pour les préciser, pour leur donner une unité toujours plus haute et plus compréhensive. ^

La conclusion qu'ils tirent de ces observations est d'ordinaire une conclusion sceptique. Quelques-uns ont fait de la science une œuvre d'art, merveilleusement organisée dans toutes ses parties, mais fausse, fausse par le caractère arbitraire des conventions initiales, et fausse par l'écart qui subsistera toujours entre la rigueur même des lois et la souplesse infinie des faits. A celte œuvre ils travaillent cependant pour deux raisons qui d'ordinaire ne vont point ensemble : d'abord parce qu*elle est esthétiquement belle ; ensuite parce que ses approximations de la réalité, quoique grossières, sont toutefois suffisantes pour servir à la satisfaction des besoins du genre humain.

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D*autres, très éloignés de ce dilellanlisme utilitaire, se consolent de la perte des certitudes absolues de la science par le spectacle que s*y donne Tespril de ses ressources infinies et de sa puissance. S'ils faisaient un pas de plus, le conflit qui amuse leur scepticisme, au fond très voisin d'une altitude critique, et qui s'élève entre le caractère purement conventionnel des principes et leur prétention à une certitude au moins très approchée, se résoudrait de lui-même : il suffirait d'admettre en effet que l'esprit ne porte point en lui et ne trouve nulle part, ni dans un monde sensible ni dans un monde intelligible, le modèle tout achevé d'une science qui reste à faire ; et rien ne serait plus simple alors que de comprendre l'autonomie et le progrès de l'œuvre de la science, et même ce qu'on a appelé la plasticité infinie de notre intelligence. Mais à moins que la science ne soit qu'un jeu et la vérité scientifique qu'un mot, encore faut-il supposer que cette intelligence contient en soi les conditions formelles et les limites de ses démarches essentielles.

Kant, en déduisant des catégories les « principes de l'entendement pur », n'a énoncé rien de plus que de telles conditions et il a affirmé plus d'une fois que la carrière s'ouvrait indéfinie et libre devant notre science indéfiniment perfectible ; c'est ce qu'il exprimait notamment dans les Prolégomènes en disant qu'elle avait des « bornes », mais qu'elle n'avait point de « limites » *. Au fond, les savants d'aujourd'hui sont-ils si loin de sa pensée, lorsque l'un des plus éminents d'entre eux, faisant la critique de l'énergétique moderne, réclame du moins pour la possibi-

1. Prolégomènes, partie III, § 57. Far le mot « bornes », en allemand Schranken, Kant désigne la ligne de séparation du monde phénoménal et du monde nouménal, que les mathématiques et la physique ne sauraient franchir. Mais dans le champ phénoménal leur extension et leurs progrès sont « sans limites », ohne Grenzen. Quelques lignes plus haut, nous avons employé nousmême le mot « limites » dans un sens plutôt voisin de celui du mot « bornes » employé par Kant. Nous le taisons remarquer pour éviter toute équivoque. Mais le sens où nous avons pris le mot « limites » est rendu parfaitement clair par le contexte.

LES PRINCIPES DE l' ENTENDEMENT PUR.

lité de la science la nécessité de reconnaître dans les choses « quelque chose qui demeure constant ))i, ou lorsque, s'élevanl aux sources les plus hautes de la connais sance mathématique, il attribue à l'idée de « groupe », virtuellement contenue dans toute conscience humaines, le rôle que le vieux Kant se contentait de confier au simple « schème » du nombre ?

1. Henri Poincaré, La sàence et Vhypolhèse, p. 153 : « Il ne nous reste plus qu'un énoncé pour le principe de la conservation de l'énergie : il y a quelque chose qui demeure constant. Sous cette forme il se trouve à son tour hors des atteintes de l'expérience et se réduit à une sorte de tautologie. 11 est clair que si le monde est gouverné par des lois, il y aura des quantités qui demeureront constantes. » Voir encore p. 158. . „ r^ •

2 ïd ihid., p. 90. Voici les propres paroles de M. Poincaré : « Ce qui est l'objet de la géométrie, c'est J étude d un « groupe » particulier ; mais le concept général de groupe préexiste dans notre esprit au moins en puissance. 11 s'impose à nous, non comme forme de notre sensibilité, mais comme forme de notre entendement. »

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NOUVEL ORGANE DU NÉOCRITICISME

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