‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 40 sur 319 · Théorie analytique, Disc, prélim., p. B · texte numérisé non relu

Théorie analytique, Disc, prélim., p. B

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concept essentiel de la thermo-dynamique moderne, et qu'il Tait fait de telle sorte que les maîtres de cette science, Clausius, Helmholtz et Thomson lui aient rendu l'hommage de ravoir le premier complètement déOni. L'idée maîtresse de Carnot est que, si l'on veut se rendre compte du travail effectué par une machine thermique, il faut, pour écarter toute circonstance étrangère, la ramener chaque fois à son état initial, c'est-à-dire lui faire parcourir un cycle complet ; ce principe posé, Carnot établissait que le travail accompli par une machine thermique dépend exclusivement de l'intervalle de deux températures, celle de la source et celle du condenseur, qu'il est indépendant de la substance qui travaille, et qu'enfin il n'y a pas de. machine plus parfaite qu'une machine réversible. De ces trois propositions, la première était obscure : Carnot y supposait qu'une quantité de chaleur, empruntée à la source, est transmise intégralement au condenseur, cl que le travail dépend de la température initiale et finale de cette chaleur constante : proposition inacceptable que Clausius devait réformer plus tard, et modifier dans le sens des deux premières lois de la thermo-dynamique ; mais les deux autres étaient incontestables ; et non seulement elles contenaient en puissance la conséquence future de l'équivalence de la chaleur et du travail, mais elles introduisaient dans la science deux notions connexes qui en furent les idées directrices : la notion de cycle, et la notion de réversibilité.

Encore une fois, l'œuvre géniale de Carnot ne fut même point remarquée, ce qui ne peut s'expliquer que par l'obstacle presque infranchissable qu'opposait à toute vue théorique l'opinion partout reçue de la matérialité de la chaleur ; mais le temps était proche où le principe de la transformation des forces allait trouver dans la science de la chaleur une vérification éclatante, et où ce prop^rès même allait rappeler sur l'œuvre de Carnot l'attention qu'elle méritait. Déjà Ampère, vers 1832, rapprochait formellement la chaleur rayonnante des ondes lumineuses

l'histoire des SCIENCES AU XIX« SIÈCLE. 77

et n'en faisait ainsi qu'un mode du mouvement. Les progrès de l'optique et de l'électro-dynamique, non moins (.ue ceux de la science de la chaleur, conduisaient donc peu à peu la physique à renoncer aux agents matériels (.u'elle reconnaissait sous le nom d'impondérables, et préparait l'avènement du principe fécond de l'unité des forces de la nature ou, plus exactement, de l'énergie constante dont tous les phénomènes ne sont que des modalités.

BioT (1774-1802). — Un nom, pour finir, doit être ici rappelé, celui d'un homme dont les travaux eussent pu être cités à propos de tous ceux dont nous avons fait l'histoire : à tous les problèmes nouveaux, posés par le développement des recherches expérimentales, qu'il s'agît de la lumière, de la chaleur, du magnétisme ou de l'électricité, Biot a pris sa part et a laissé partout la marque d'un esprit pénétrant et profond : sa compétence universelle lui a permis d'écrire un Manuel de physique où il a à sa manière traité en physicien, et non en pédagogue, toutes les questions agitées de son temps ; et, encore une fois, il n'en est pas une seule qui n'ait reçu l'empreinte de son génie. D'où vient cependant qu'aucune de ses idées ou de ses théories n'aient survécu, comme celles d'un Fresnel ou d'un Ampère, ou même d'un physicien moins éminent, Gay-Lussac par exemple ? A coup sûr, Biot égale, s'il ne dépasse, le dernier, et s'approche des plus grands ; mais, attaché aux idées newtoniennes par une foi sans mesure, il semble qu'il n'ait fait des prodiges d'invention, tels ses travaux sur la double réfraction et la polarisation, ou l'interprétation qu'il donne des expériences d'Ampère, que pour étendre les principes newtoniens aux découvertes nouvelles, et qu'il se soit stérilisé lui-même dans cet effort génial. Dans un domaine qui ne le comporte guère, Biot a représenté la réaction à outrance ; mais il mérite cet hommage que nul n'a mieux connu la science de son temps, mis plus d'intelligence à pénétrer les théories nouvelles, ou témoigné pour leurs auteurs plus de sympa-

Ihie vraie et d'estime sincère ; et ce réactionnaire a eu ce mérite rare, que sa résistance même a servi la science cl ne Ta point lui-même empêché de s'élever, par ses théories propres, à un rang illustre parmi les physiciens du siècle.

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