‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 60 sur 319 · Voyez note 4, p · texte numérisé non relu

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De plus, il réfute le raisonnement de Descartes qui prétend que les parois d'un vase absolument vide se rejoindraient, attendu que rien ne les séparerait ; c'est, dit Hobbes, comme si, parce qu'il est impossible de manger rien, on concluait qu'il est impossible de s'abstenir de manger. L'argument cartésien n'est au fond qu'un jeu de mots. De Corpore, II, ch. vin, § 9.

LA PHILOSOPHIE DE HOBBES

Réponse. — Sans doute, si on imagine que le monde plein fut d'abord immobile, puis mis en mouvement ; mais l'hypothèse de l'immobilité primitive est insoutenable, même dans l'hypothèse du vide ; car d'où pourrait venir le mouvement, sinon d'un corps déjà mis en mouvement? Conséquemment, l'hypothèse laisse subsister tout entière la question de l'origine du mouvement, si l'on suppose le mouvement coéternel ou contemporain {coœvum) avec la matière.

Quant à la perpétuation et à la transmission du mouvement, elle est très concevable dans l'hypothèse d'un plein absolument et rigoureusement fluide. Le malheur est qu'on persiste à entendre par fluide une masse de grains très petits (comme ceux d'un sac de farine) ; tandis qu'un {luide vrai est une masse non divisée et pourtant mobile, comme celle que les Épicuriens appellent atome ou même comme celle qu'ils appellent le vide.

2* argument de Lucrèce. — Tiré des poids différents de deux objets d'égal volume : le plus léger, dit Lucrèce, doit renfermer plus de vide.

Réponse. — Imaginez de l'air placé dans les interstices des atomes ; l'effet sera le même sans l'hypothèse du vide.

3* argument de Lucrèce. — La chaleur, le son, la foudre paraissent pénétrer les corps les plus durs ; donc il y a du vide en eux.

Réponse. — Mais on montrera plus loin, que sans le vide, par une pure transmission de mouvement, ces phénomènes calorifiques, lumineux, etc., s'expliquent très bien.

4* argument de Lucrèce. — Supposons deux corps très durs ayant chacun une surface plane par laquelle ils adhèrent complètement ; leur séparation est inexplicable sans l'hypothèse du vide.

Réponse. — Il n'y a pas de dureté absolue, et ce n'est que peu à peu que Tair rentre entre les deux surfaces.

Voici maintenant la réfutation des arguments des modernes :

1** expérience. — Un vase concave étant enfoncé dans

BANNEQUIN. I. |0

146 ÉTUDES D'aiSTOmE DE LA PHILOSOPHIE.

reau, l'air qu'il conlienl se comprime ; donc il renfermail

"bes répond à lorl que l'air extérieur passe à travers

l'eau. C'est faux. ^ •

V expérience. - Le vide barométrique (tubes de Torn-

'Ifobbes croit à la pénétration de Tair extérieur dans la chambre barométrique, ce qui est faux encore. De nosjours, on sait pourtant que le vide barométnque est touours rempli par des vapeurs saturées d eau ou de mercure, quand le baromètre est rempli d'eau ou de mercu e^ '^expérience, - L'air comprimé par de l'eau refoulée dans un vase fermé, repousse ensuite l'eau par son élasticité et occupe ensuite la môme place ; pour se comprimer ainsi, il renfermait du vide.

Hobbes prétend à tort que l'air passe à travers 1 eau et y repasse, et que l'élasticité de l'air dans l'hypothèse du vide serait inexplicable*.

En définitive, Hobbes repousse Thypothèse du vide, sans qu'on se rende bien compte des raisons qui le déterminent à exclure, avec cette condition essentielle de l'atomisme, l'atomisme lui-môme. Pour lui, la matière môme la plus dure est un fluide absolu, dont les parties diffèrent de densité : il divise, comme Descartes, les corps en trois classes : la première renferme les corps solides et visibles, comme la terre et les astres (3* élément de Descartes) ; la seconde, les atomes invisibles et très petits disséminés dans les intervalles de la terre et des astres (2* élément de Descarte) ; la troisième, un éther très fluide occupant les plus petits interstices du monde et excluant le vide (!•' élément de Descartes) 2.

1. Voyez rexposiUon de tous ces arguments dans le De Corpore^

'^2.^^^yez Descaries, édit. Carrau, Introduction, page 103. Le Passage de Hobbes est celuiHîi : « Suppono ergo pnmo loco spatium immensum quem vocamus mundum aggregatum esse ex corporibus consislentibus quidem et visibilibus, Terra et Astns ; invisibilibus autem minutissimis atomis quae per terrae et astrorura intervalla disseminantur, et denique ex Uuidissimo aethere, locuin

LA PHILOSOPHIE DE HOBBES

En résumé le monde, d'après Hobbes, est limité^ dans l'espace, plein en deçà de ses limites, {luide et par consé* quent divisible à l'infini, quoique non actuellement divisé, puisqu'il exclut le vide et par conséquent les atomes de Démocrile.

Temps el mouvement. — De môme qu'un corps immobile laisse dans l'esprit, quand il a disparu, l'image de sa grandeur, de même un corps en mouvement laisse dans l'esprit l'image de son mouvement, c'est-à-dire l'idée d'un corps qui passe d'un lieu à un autre en succession continue : cette idée ou image, c'est le Temps. Le Temps n'est donc rien en soi qu'une abstraction ; car parler d'une année, d'un mois, ou du passé tout court, c'est parler d'une abstraction de l'esprit, d'une trace laissée dans l'imagination ; quant à la réalité de l'année, du mois, etc., elle est dans les mouvements réels du Soleil, de la Lune ou d'autres objets quels qu'ils soient. Le Temps est donc une image du mouvement.

Pourtant Hobbes remarque presque aussitôt que l'idée du mouvement ne suffit pas pour caractériser le Temps ; et celte remarque devrait le conduire à reconnaître les caractères irréductibles et par conséquent a priori de l'idée du Temps : il faut ajouter, dit-il, à l'idée du mouvement, pour compléter la notion du temps, celle de Vavant et de Vaprès, et la définition complète du Temps serait alors la suivante : « Tcmpus est phantasma motus quatenus in

omnem quicunque est in universo reliquum ila occupant, ut locus nullus relinquatur vacuus. » De Corpore, partie IV, eh xxvi § 5 1. Après avoir écrit toute cette dissertation sur les limites dû monde, je retrouve un texte qui compromet ma thèse : « L'espace occupé par un corps est le plein; l'espace non occupé est le vide; » et comme Hobbes exclut le vide, il exclut du même coup qu'il y ait un espace non occupé par un corps. — Toutefois on peut soutenir que l'espace imaginaire étant absolument imaginaire et n'ayant aucune réalité en dehors de l'esprit, Hobbes a pu croire qui! n'y n rien au-delà des limites du monde fini pas même un espace vide, qui dès lors ne serait plus imaginaire mais réel. Voici le texte latin : « Spatium (sive locusj quod a corpore occupnlur Plénum, quod non occupatur vacuum appellalur ; » et la question ne porte sans doute pour lui qu'en deçà des limites du monde.

LA PUILOSOPUIE DE HOBBES

148 ÉTUDES d'histoire de tA PHILOSOPHIE.

„.olu imaginamur prias el poslerius sive s«ccessionem » ; I ;i nao dIus iusle de d re alors que le Temps csi ne serait-il pas plus jusve jonclion

irréductible, el que le mouvement est bien P'"' « L Temps et de l'Espace, qu'il ne ««élennine lu.même 1^^^^^ du Temps ? Hobbes rapproche avec raison sa '^f^^^'', temps qui vient d'être rapportée, de celle d Aristot*. 1 Tempus est numerus motus secundum pnus el postcius .T^l il fait remarquer que cette autre : « Tempus e censura motus » -t -*- J^^ste aU^^^^^^^^^ mouvement qui mesure le Temps, et non assertion nous paraît discutable; car s'il esl^vra. que le «.ouvement nous serve de mesure empirique du temps encore faut-il que nous ayons le sentiment des '«'«'val «s de temps égaux pour confier à des mouvements périodiques le soin de mesurer le temps à notre place».

Le Temps, comme J'espace, est infini en puissance cl en même Te^ps limitable par la durée réelle des mouve-

""'uTemps, comme l'Espace, et pour les mêmes raisons est continu, divisible à l'infini, et par conséquent opposé au nombre ou quanliU discrète, qui pourtant le mesure. Il en résulte que l'éternité du monde n'est pas Pl«s concevable en définitive que son infinité ; c'est contre 1 éternité du monde, et surtout contre celle d'un «Jy* q^' J»";»' ' créé que Hobbes élève l'objection tirée de l'absurdité d un infini réalisé ; l'argument a été exposé ci-dessus ; nous ne le reproduirons pas. Il tait ressortir aussi 1 absurdité de la thèse qui considère l'éternité comme un présenj mftn. comme on assimilerait, par exemple, un nombre infini à runifé. Et il termine par cette réfiexion à 1 adresse des -Téomètres qui se donnent la peine de soutenir de pareilles «lèses : la géométrie est comme le vin : jeune elle gr.se. et va aux démonstrations impossibles ; quand elle a vieil .. elle est moins douce, mais elle est plus sage et plus Tortifiante *.

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