‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 61 sur 319 · Voyez tout ce passage, De Corpore, IV, xxm, 9 i · texte numérisé non relu

Voyez tout ce passage, De Corpore, IV, xxm, 9 i

« Quœsliones igitur de Inliniio et lEterno sciens prœlereo, conlenlus ea doctrina circa mundi magnitudinem et originem quam suaserint Scripturœ sacrae, et quae lUas confirmât miraculorum fama et mos patrius, et legum rêverenlia débita, Iranseoque ad alia quœ disputare nef as non

est. » (/d., Ibid.)

Toutefois, ce jugement de notre philosophe ne peut pas être facilement concilié avec celui qu'il porte sur l'éternité du mouvement ; et, en effet, la continuité du temps n'étant pour lui que la trace laissée dans l'imagination par la continuité du mouvement, il suit de cette dernière que les mouvements sont liés les uns aux autres en une succession sans limites, et qu'on n'aperçoit nulle borne à leur durée, ni dans le passé, ni dans l'avenir.

Cette opinion de Hobbes, que le mouvement seul est capable d'engendrer du mouvement, et que par conséquent si loin qu'on remonte dans le passé ou qu'on s'avance dans l'avenir, on ne verra pas d'autre origine ni d'autre suite au mouvement que le mouvement lui-môme, est empruntée par lui ù la mécanique et à la géométrie el transportée dans la métaphysique : elle est appuyée sur cette proposition que tout mouvement est une résultante de mouvements antérieurs, el que leur succession est rigoureusement réglée par la loi du parallélogramme des forces; de là celte double croyance : l'» que dans le passé le mouvement seul explique le mouvement, et que la régression de cause en cause ne nous fera jamais atteindre un premier commencement des choses!; cl 2" qu'un mouvement commencé ne se détruit jamais et se propage à l'infini dans l'espace et dans le temps 2. Telles sont les deux proposi-

1. « Pi-aelerea, elsi ex eo quod nihil potest movere seipsum salis recte infeitur primum aliquod esse inovens quod fuerit aeternum, non tamen inferelur id quod inferre soient, nempe aeternum immobile, sed contra aeternum motum ; siquidem ut verum est nihil moveri a se ipso, ita etiam verum est nihil moveri nisi a moto. » De Corpore, IV, xxvi, § 1. .

2 « Conatus autem omnis, sive fortis, sive debilis, propagatur m inflnitum : est autem motus. » De Corpore, 111, xv, § 7, p. 110

du 1" volume. .. .

« Causa motus nulla esse potest in corpore nisi contiguo et

ÉTUDES D*HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

lions capitales du mécanisme de Hobbcs ; elles sont essentielles à tout mécanisme, et se retrouvent chez Descartes, chez La Mettrie et chez M. Spencer, si Ion fait abstraction de l'explication d'un premier commencement chez le premier de ces trois philosophes, explication qui n'est plus mécaniste parce qu'elle est toute métaphysique ; llobbes a seulement commis la faute, relevée contre tous les matérialistes par Lange, de transporter à la métaphysique les données mêmes cl les solutions du mécanisme scientifique.

En résumé, les lois du mouvement se réduisent à deux principales : 1° la cause du mouvement ne saurait être qu'en un corps conligu déjà mû lui-même (voy. la note 2, p. 149) ; 2* principe de l'inertie.

Mais quelle est donc la nature du mouvement lui-même dont nous connaissons déjà par la science les lois les plus générales ? Hobbes en donne plusieurs fois la définition : « Molus est CONTINUA unius loci relictio et alterius acquisiiio 1 ; — Motus est unius loci privatio et alterius acquisitio continua 2. » — Est en repos, au contraire, tout corps qui, pendant une durée donnée, occupe un endroit déterminé ; aussi notre philosophe réfute-l-il en passant, avec ces seules définitions que tout le monde accepte, le sophisme fameux de Diodore Cronus, qui prétend que si un corps se meut, il se meut là où il est, ou bien là où il n'est pas : dans son argumentation, Diodore se sert non de la définition du mouvement, mais de celle du repos 3. On voit une fois de plus, d'après les termes mêmes des définitions reproduites ci-dessus, que Hobbes ne peut pas définir le mouvement autrement qu'en fonction de Vespace cl du temps : mais c'est là, dirait-il sans doute, une nécessité qui provient des conditions abstraites, imaginatives, (subjectives) de noire pensée humaine ; dans la réalité, ce

moto... Eadem ralione probari potest quidquid movelur eadem via et velocUate semper processurum, nisi ab alio contiguo cl moto corpore irnpediatur. » De Corpore^ II, ix, § 7.

Page 1