Nature humaine, II, ch. rv, p
LA PHILOSOPHIE DE HOBBES
Imagination
Nous passons à l'étude de V Imagination, On se souvient que Hobbes dislingue deux facultés de l'esprit : connailre et imaginer ; nous avons étudié dans la sensation l'origine de toute connaissance : car « originairement toute conception procède de l'action de la chose dont elle est la conception » ; c'est dire, en d'autres termes, qu'il n'y a rien dans l'esprit qui n'ait été primitivement dans le sens et qui ne dérive de l'expérience.
Mais, de même qu'un mouvement commencé ne s'anéantit jamais et se perpétue à l'infini dans l'espace et dans le temps, ou que les vibrations provoquées à la surface d'une eau dormante par un corps qui s'y enfonce se propagent jusqu'à la rive et se reproduisent indéfiniment, de môme les images persistent dans l'esprit après la disparition de l'objet et l'exercice du sens. C'est ce pouvoir que possède l'esprit de retenir l'image après la disparition de l'objet qu'on appelle l'imagination*.
La représentation en présence de l'objet est la sensation (« sensio ») ; celle qui dure en son absence est la phanlaisie(ïpavTa(i(a) ou imagination. La même différence existe entre les (pavxdajiLaTa et les çavTa<îiat 9.
L'imagination n'est qu'une sensation affaiblie ; elle existe dans le sommeil et dans la veille ; elle est commune aux hommes et aux animaux.
La cause de l'affaiblissement des sensations n'est pas dans l'affaiblissement du mouvement qui les produit ; il provient bien plutôt, dans l'état de veille, de ce que les objets réels tendent à éteindre les mouvements prolongés des organes en les contrariant par d'autres mouvements plus énergiques. Aussi est-ce à leur degré de force ou de faiblesse que nous distinguons pendant la veille la sensation de l'imagination ; c'est la distinction que s'efforceront
1. LéviathaHy I, ch. ii. — Nature humaine, pp. 196-197 et p. 205.