LA FAMILLE D'EVRARD MARQUIS DE FRIOUL
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Dans notre étude sur Eudes nous avons déclaré son origine inconnue ; les Annales de Saint-Vaast font de lui un « consobrinus » de Baudoin II, comte de Flandre '. Or, Rodolphe abbé de Cysoing et Baudoin II étaient cousins, puisqu'ils étaient l'un petit-fils, l'autre arrière-petit-fils de Louis le Pieux. Rodolphe abbé de Cysoing et Rodolphe abbé de Saint-Vaast et de Saint-Bertin ne sont donc qu'un seul personnage'. Il n'est pas hasardé, nous semble-t-il, d'identifier deux hommes portant le même nom, tous deux abbés, tous deux possessionnés dans les mêmes contrées, morts à la même époque, ayant la même parenté avec le comte de Flandre et entretenant les mêmes relations amicales avec l'archevêque de Reims. On ne s'étonnera pas de voir Rodolphe abbé de Cysoing en possession de l'abbaye de Saint- Bertin si l'on se rappelle qu'Unroch son grand-père l'avait richement dotée et y avait pris l'habit monastique, et qu'Adalard son oncle en avait été abbé.
On ne s'étonnera pas davantage de trouver ce Rodolphe, petit-fils de Louis le Pieux, attaché à la cause carolingienne et entretenant avec Foulques, archevêque de Reims, les mêmes rapports d'amitié que son père Evrard avait entretenus avec Hincmar.
Enfin, Rodolphe avait hérité de son père le goût des choses de l'esprit, car, sur la recommandation de Gauzlin, évêque de Paris, il fit venir de Saint-Amand auprès de lui, pour l'instruire, le moine Hucbald \
La succession de Rodolphe souleva de grandes luttes : Baudoin, son cousin, élevait des prétentions sur les abbayes de Saint-Vaast et de Saint-Bertin, celles-ci ne voulaient pas d'un abbé laïque; de là discorde entre Baudoin et Foulques le métropolitain.
De plus, Rodolphe avait légué le domaine et l'abbaye de Cysoing à l'église de Reims ; mais un nommé Hucbald s'opposait à cette donation. Cet Hucbald était comte, il avait épousé une des trois filles d'Evrard^, marquis de Frioul,il était donc le beau-frère de Rodolphe;
I. Ann. Vedast., ann. 892 : « Balduinus cornes legatos diiigit ad Odonem regem, mandans <c cum sua giatia velle tenere abbaiias sui consobrini. »
1. M. de Kalckstein {Geschichte des franzccsischen Kœnigthums unter den ersten Capelingern, Leipzig, 1877, in-8, p. B-j n. i) a eu l'idée de cette identité, mais il ne l'a appuyée d'aucun argument.
3. Folquin, ouvr. cité, p. i3i : « Dileclus confrater noster Hucbaldus, ex cenobio almi « pontificis Chrisii Amandi confessoris, ad erudiendum domnum abbatem Rodulfum seniorem « nostrum. » Adalard, l'oncle de Rodolphe, avait été abbé de Saint-Amand,
4. Flodoaid, 1. IV, c. I, Mon. Gerin., SS., t. XllI, p. 558 : <> [Rodulfus] de seculo mi- 0 graturus easdem fres] cum monasteiio et corpore sacre Remensi sanctae Dei geniiricis ecclesiœ « deleoaverit eandemque reruni suarum heredem instituerit. Tune vero Hucboldus quidam, « sororis huius Rodulfi maritus, munus eiusdem abbatis calumpniabatur et ab ecclesiœ Dei ge- <i nitricis iuie conabatur auferre. »
LA FAMILLE D'EVRARD MARQUIS DE FRIOUL i^i
il possédait en tout cas par sa femme, des propriétés dans le nord de la France. Il voulait s'emparer de l'abbaye de Cysoing et empêcher le transfert des reliques à Reims; il trouva un auxiliaire en Dodilon, évêque de Cambrai, qui avait été chargé par Foulques d'accompagner les reliques d'Arras à Saint-Quentin et qui, au lieu de cela, les avait arrachées à ceux qui les portaient et les avait transportées à Cambrai pour les donner à Hucbald'.
D'après ce récit, Hucbald devait exercer les fonctions de comte non loin de Cambrai, mais toutefois dans le royaume d'Eudes " ; de plus, il était ennemi de Foulques, le chef du parti carolingien et le protecteur de Charles le Simple, donc très probablement il était partisan d'Eudes^ C'est ce que sont venus confirmer deux diplômes du roi Eudes, dont nous n'avons malheureusement que des fragments ''.
Par l'un de ces diplômes 5, à la demande de l'abbé du lieu auquel s'étaient joints son frère Robert et le comte Hucbald, Eudes confirme les privilèges concédés antérieurement à l'abbaye de Saint- Maur-des-Fossés et tout spécialement l'union à cette abbaye du monastère de Saint-Maur-sur-Loire. Il n'est pas possible d'assigner à ce diplôme une date précise.
Dans un autre diplôme, Eudes, à la prière du comte Hucbald, concède à l'abbaye de Montiéramey (diocèse de Troyes) le domaine de Nogent-sur-Aube^. Ce diplôme est daté : « Anno VII régnante » Odone gloriosissimo rege. Actum Flaviniaco monasterio. » En 894, qui est la septième année de son règne, Eudes ne peut avoir séjourné à Flavigny, abbaye qui tenait son parti ^, qu'à la fin de
1. Flodoard, 1. IV, c. 6, Mon. Germ., SS., t. XIII, p. 569. Du reste cette opposition d'Hucbald fut vaine, comme le prouvent deux passages de Flodoard, I. I, c. 7 et 1. IV, c. 8, ibidem, p. 420 et 578.