‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 188 sur 340 · Romania, III · texte numérisé non relu

Romania, III

3. Deux Flagy : un en Bourgogne (Saôiie-et-Loire, arr. Màcon, cant. Ciuny) et un en Franche-Comté (Haute-Saône, arr. Vesoul, cant. Pont-siir-Saône). Cinq Flagey : |0 Haute- Marne, an. Langres, cant. Longeau ; 2° Côte-d'Or, arr. Beauiie, cant. Nuits; 3" Côle-d'Or, arr. Dijon, cant. Auxonne ; 4" Doubs, arr. Besançon, cant. Amancey ; 5" Doubs, arr. Besanfoii, cant. Marcliaux.

4. A une seule exception près. En 870, lors du partage de la Lorraine entre Charles-le- Cliauve et Louis-le-Germanique, le pa§us Odoriiensis fut coupé en deux ; une moitié attribuée au souverain français, celle qui avait appartenu au comte Tetmarus, l'autre au souverain allemand était la partie quod Bernardiis habuit (^Annales de Saint-Bertin, anno 870). Or ce pagus Odarnensis avait pour chef-lieu le château de Naix, que nous avons vu (p. 2:3, note 1) être le Naisil des Lorrains. Peut-être n'est-ce qu'une simple coïncidence, mais elle nous a paru intéressante à signaler. M. Longnon {Atlas historique de la France, p. 117) suppose que la partie septentrionale de VOdornense (où est situé Naix) répondait aux doyennés de Ligny et Dammarie et l'attribue au comte Tetmarus. Mais cette attribution, tout comme la division de VOdornense, est hypothétique. Nous ignorons en réalité quelle fut la portion de ce pagiis qui resta quelques années sous la domination de Charles-le-Chauve. — Je n'examine pas ici la question du rapport entre Hervi de Metz et l'Ortwin de Metz du Niebelnngen et de Biterolf. Je laisse cette tâche à MM. Bonnardot et Stengîl qui nous promettent depuis vingt ans une édition du poëme d'Hervi de Metz. Qji'il suffise de rappeler que les Niebeliingen, sous la forme qui nous est parvenue, ne sont pas antérieurs à l'année i 200 et qu'Oriwin y est un personnage adventice.

ces personnages n'ont aucune réalité historique ? En bonne logique on le devrait sans doute. Et cependant, nous sentons une intime répugnance à admettre que ce beau poëme, si vivant d'allure et de couleur si archaïque soit fabriqué de toutes pièces. Le fond historique, si tant est qu'il existe, n'est sans doute qu'une querelle locale entre personnages trop insignifiants pour que l'histoire nous ait conservé leurs noms. Le théâtre de la lutte était le nord-est de la France '. L'auteur du XI 1^ siècle a démesurément amplifié et leurs personnes et le théâtre de leurs exploits. Fromont de Lens est devenu ainsi le chef des Bordelais et l'extension géographique de la lutte a donné au poëme une bonne part de son caractère de grandeur.

Au reste, quand bien même le fonds du récit serait de pure invention, l'auteur inconnu du Garin n'en serait pas moins un des esprits les plus intéressants du moyen âge. Nul autre ne nous donne un tableau aussi frappant des passions et des mœurs féodales. Sans doute le récit est difîus, mais le style n'est pas banal. Ses qualités de précision, de franche et âpre rudesse ont frappé les juges les moins prévenus en faveur de nos vieilles épopées'. L'auteur du Garin était-il un poète au sens absolu du mot ? Je n'en sais rien. A coup sûr, c'était un poète épique, un véritable scalde. Fabriquée de toutes pièces son œuvre regagnerait en mérite littéraire tout ce qu'elle perdrait au point de vue strictement historique.

1. Il s'agit prdbablement de rivalités entre les Loirains et leurs voisins immédiats de l'Ouest. On en recueillerait des exemples nombreux du x^ au xi'- siècle. J'en cite deux au hasard : 1*^ En io55, Baudouin V, comte de Flandre, assiège dans Anvers le comte de Luxembourg, Frédéric, qui est délivré par les Lorrains [Art de vérifier, comtes de Flandre). 2° Au milieu du xie siècle, lutte violente entre les évéques lorrains et les comtes de Grandpré et de Rethel. Thierry, évêque de Verdun, enlève à Manases de Rethel les châteaux de Sarnte-Menehould et Stône. Celui-ci appelle à son aide Raoul, comte de Valois, et va brûler Verdun en 1066 (Du Gange, Hist. d'Amiens, p. 197 , cf. plus haut, p. 210, ji 20, pour les comtes de Grandpré). 11 est à remarquer que les comtes de Flandre, de Grandpré et de Rethel sont toujours rangés du côté des « Bordelais » et sont les ennemis mortels des Lorrains. Il y a évidemment dans le groupement des partis une influence historique que l'on a déjà signalée plus haut. Avouons cependant que Henri, duc de Bar, dont le père, Renaud II, battit les Messins en 11 53, est compté au nombre des partisans de Garin et de Bègues (I, 107, 246 ; II, i63, etc.).

2. Voy. l'étude de M. Lanson dans son Histoire de la Littérature française (Paiis, 1895, in-i 2\ p. 28-3o.

L^ABBAYE DE MOLESME

ET

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