LES ORIGINES DE NANCY
Par Ch. PFISTER
En l'année loyS, fut créé par un pieux moine, originaire de Champagne, le monastère de Molesme ', sur un petit affluent de la Seine, dans notre département de la Côte-d'Or. L'abbaye, grâce à l'énergique direction de son fondateur, saint Robert, devint un véritable foyer de vie religieuse, et bientôt sa renommée se répandit au loin. Dans les contrées les plus reculées, on lui céda des biens. Les seigneurs qui voulaient faire le salut de leur âme fondèrent sur leurs propriétés des prieurés où ils appelèrent des moines de Molesme et qu'ils soumirent à l'autorité de Robert et à celle de ses successeurs. Entre toutes les régions, la Lorraine sa distingua par son zèle à adopter la nouvelle réforme monastique. Hadwige, femme de Gérard d'Alsace , l'ancèire des ducs lorrains et des empereurs d'Autriche, avait créé le prieuré de Châtenois où elle fut enterrée ; son fils, le duc Thierry I"'", livra la maison à Robert de Molesme '. Dans un faubourg de Commercy, au Breuil, se dressaient les ruines d'un couvent de femmes, incendié en loBy par le terrible comte de Troyes et de Meaux, Eudes II ; à la fin du siècle, le couvent fut rebâti pour les religieux de Molesme, auxquels l'évêque de Toul, Pibon, confirma en 1096 <' l'autel qui est situé dans Commercy-^ », c'est-à-dire le droit de patronage et les revenus de l'église paroissiale. Le seigneur de Joinville, Geoffroy ^S fît construire de même dans sa
1. Gallia christiana, t. IV, col. 729; Histoire lilléraire de France, t. X, p. 1.
2. Doiii Calmet, Histoire de Lorraine, i''''- édiiion, col. ii85. Mabillon, Annales ordinis sancti Benedicti, t. V, p. 190 a.
3. Mabillon, ib., t. V, SjSa. La charte a été publiée par Dûment, Histoire de Commercy, i. 1, p. 10 et 11.
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ville de Vaucouleurs un prieuré en l'honneur de saint Thiébault et il y appela des disciples de Robert '. Vers la même époque, un autre prieuré fut établi sur le territoire de Nancy et rattaché à la grande abbaye de Molesme.
C'est même dans les chartes qui touchent ce prieuré qu'apparaît, pour la première fois, d'une façon incontestable, le nom de Nancy. Le territoire où s'élèvera la ville était sans doute habité dès l'époque mérovingienne, puisqu'on vient d'y découvrir un cimetière de cette période'; on connaît aussi un triens d'or qui porte la légende: NANCiACo"' ; mais jusqu'à la fin du xi<^ siècle, on perd toute trace de Nancy : nous ne retrouvons la ville qu'avec la création du prieuré de Notre-Dame ^.
Six chartes des cartulaires de Molesme, conservés aux archives départementales de la Côte-d'Or, à Dijon (xii« et xiii^ siècles H 142 et H 1435) nous parlent de ce prieuré de Nancy. Or, de ces six chartes, deux seulement ont déjà été publiées intégralement ; de la troisième on ne connaissait qu'un fragment assez peu étendu. Les trois autres sont entièrement inédites. Nous nous proposons de publier ici celles de ces chartes qui ne sont pas encore connues et d'analyser les autres ; nous tirerons de celles-ci et de celles-là une série de renseignements sur l'histoire de la Lorraine et de Nancy.
/. Le duc de Lorraine, Thierry î" , donne à l'abbaye Notre-Dame de Molesnie une nouvelle église sise à Nancy et élevée sur un alleu de Gocelin de Parey ; (7 accorde pour la construction de l'église tous les cens provenant de quelques-uns de ses alleux (1080- 1090).
Quoniam prxkrilorum reruni gesta frmtus relinentur scripto atque liliera quam cordis nuinoria, idciico quandatn largitionein sanctx ■' Marix et ccclcsix MoUsmensi
1. Boiiiiabelle, Notice sur la ville de Vaucouleurs dans les Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc, t. VllI, p. 18. Les pièces concernant ces trois prieures se trouvent dans les cartulaires de Molesme et mériteraient d'être publiés par quelque amateur de l'histoire de Lorraine.
2. Quintard, Le cinutière mérovingien de Saint-Jean dans les Mémoires de la Société d archéologie lorraine, 1895.