‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 240 sur 340 · Ibid., IV · texte numérisé non relu

Ibid., IV

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le même moyen, tendrait à prouver qu'il était bien en accord avec les habitudes et le caractère du pays. Mais ce qui le démontre mieux encore, ce qui fait voir qu'il s'agit ici d'une coutume particulière, non au comté, mais à toute la province de Champagne, c'est que le mouvement s'étendit à la région où dominait, non plus le pouvoir des comtes, mais celui de l'archevêque et des riches églises de Reims, Notre-Dame, Saint-Nicaise et Saint-Remy.

Une fois la Marne passée dans la direction du Nord, on trouvait bien encore des territoires relevant des comtes de Troyes, mais le plus souvent les localités rurales dépendaient d'un seigneur ecclésiastique. On peut facilement en juger par Ténumération faite dans une charte de Philippe I^'' des villages appartenant à la seule abbaye de Saint- Remy'. On n'y compte pas moins de 39 villages et petites villes, la plupart, il est vrai, voisines de Reims, mais un certain nombre aussi hors du pays rémois '.

L'archevêque et le chapitre possédaient de la même manière une grande partie des départements actuels de la Marne et des Ardennes. La Champagne du Nord se trouvait ainsi être terre d'église, et l'influence du comte y était fort restreinte. Par contre, les seigneurs ecclésiastiques disposaient de moyens très puissants pour résister aux réclamations de leurs sujets, s'ils l'eussent voulu. L'archevêque de Reims était l'un des plus grands personnages du royaume et, pendant le xii^ siècle, le siège de saint Remy fut occupé par des hommes d'un talent peu commun et d'une influence énorme : Henri de France et Guillaume de Champagne -% l'un frère, l'autre beau-frère du roi Louis VII et ministre de Philippe-Auguste. Leur politique cependant, celle du second surtout, fut vis-à-vis de leurs sujets la même que celle des comtes, de Henri le Libéral (i i 52-i 181), de Thibaut III et de Thibaut IV. Comme eux, aux concessions de franchises, Guillaume joignit l'institution d'échevinages et les églises qui relevaient de lui les imitèrent.

Les archives de Reims contiennent six de ces chartes, dont cinq ont

1. Varin, Archives adminislratives de Reims, I, 242. Aiin., 1090. Voir également la charte en faveur de S. Nicaise. Marlot, éd. latine, I, 620-621; Ann. 1066.

2. Ces villages sont : Crugny , Sapicoun , Janvry, Coulommes , Sacy, Ville-en-Selve, Viliers-AUerand, Chézy, Condé-sur-Marne, Isse, Ville-Doniange, Courtisols, Domrémy, Condéen-Langrois, Alliancelles, Villers-en-Argonne, Drouilly, Louvemont, Sept-Saulx, Taissy, Vrilly, Murigny, Hermonville, Thil, Chenay, Craonne, Coubery, Sault-Saint-Remy, Bazancourt, Beine, Herpy, Thugny, Vieux-Saint-Remy, Bairon, Cerson, Juniville, Givry-en-Argonne, Pombair, Chagny, plus diverses possessions non spécifiées dans le Porcien.

On voit que les propriétés de Saint-Remy s'étendaient sur toute la largeur du département actuel de la Marne, et même au delà.

J. Ou aux-blanches-mains.

LES ECHEVINAGES RURAUX DES EGLISES DE REIMS Sic

été reproduites dans le recueil de Varin. La plus ancienne est de i i8i, la dernière de i225. Leur date coïncide donc avec celle des chartes concédées à leurs sujets par les comtes de Champagne. Celles des archevêques sont évidemment imitées les unes des autres et ont le même auteur, le cardinal Guillaume. On peut les diviser en deux parties. Dans la première, comme dans les coutumes de Lorris et dans les privilèges concédés par les rois à leurs sujets de l'Orléanais et du Berry, sont réglées les redevances seigneuriales ; dans la seconde sont indiquées l'institution et la compétence des échevins.

La première en date, celle de Fraillicourt ' (i iSi) antérieure d'un an à la Willelmine et à la loi de Beaumont, est octroyée par le chapitre de Reims. Elle commence par établir en principe que tous ceux qui auront habité le village un an et un jour seront exempts de toutes les charges non expressément spécifiées dans la présente. La propriété, la liberté personnelle sont expressément garanties. Le tonlieu est remplacé par une redevance annuelle. Par contre, le forage et le cens sont maintenus, avec détermination exacte du tarif et des termes de paiement. Les ventes d'immeubles donneront lieu à un droit de mutation d'un douzième payable par l'acheteur, plus une petite somme au maire pour l'investiture. C'est ce qu'ailleurs on appelle « ses gants ». Le tarif des fours et moulins est soumis à un règlement fixe. En fait de corvées, les habitants ne sont tenus qu'à prêter leurs véhicules pour le transport des matériaux destinés aux réparations des susdits établissements. De plus, ils devront un jour de travail par an pour le curage des fossés.

La justice est réglée ainsi qu'il suit :

« Omnes justicie totius teiritorii prefate ville per scabinos ejusdem ville judicabuntur et in quocumque casu per eosdem exeicebuntur. In controversiis et litibus que inter omnes emerserint, diffiniendis, legem et consuetudinem et auctoritatem ecclesie et civitatis Remensis récipient nisi eas per se valeant diffinire. »

Ce texte demande à être examiné de près. On remarquera sans peine qu'il est muet sur certains points. Tout d'abord, il ne dit pas comment les échevins sont nommés. Or, à cet égard, l'usage était variable'. Suivant les localités, le choix de ces magistrats appartenait aux habitants ou au seigneur. De plus, on ne dit pas en quel nombre ils sont. Ceci me paraît prouver que l'échevinage de Fraillicourt existait avant la concession de la charte et que celle-ci n'a fait que fixer,

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