‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 269 sur 340 · Lettres publiées dans Rymer (éd. de 1745), I · texte numérisé non relu

Lettres publiées dans Rymer (éd. de 1745), I

LES PAIRS DE FRANCE A LA FIN DU XlIIe SIECLE Î55

taine. Edouard joua d'audace et envoya son frère, Edmond de Lancastre, rennettre spontanément ie duché entre les mains de Philippe le Bel ' ; puis il transmit à ses officiers d'Aquitaine des ordres tels que la lutte devint inévitable - et éclata à un moment où Edouard était mieux préparé à la soutenir et sans que le tribunal des pairs eût eu le temps d'être convoqué et de publier sa sentence redoutée.

Le comte de Flandre, Gui de Dampierre, n'était pas un diplomate de pareille valeur ; il s'en fallait de beaucoup. Il se laissa circonvenir par Edouard P"", qui cherchait à créer des embarras au roi de France sur la frontière du Nord, de façon à dégager l'Aquitaine. Gui de Dampierre, ébloui par les promesses du monarque anglais, se prit à quereller son suzerain, réclamant, au moindre différend, le jugement des pairs de France. Philippe le Bel, sans s'émouvoir, citait Gui de Dampierre devant son Parlement et le faisait condamner. Finalement, le comte de Flandre envoya au Roi la célèbre mission représentée par les abbés de Floreffe et de Gembloux "\ déclarant que le roi de France s'était rendu coupable vis-à-vis de lui de déni de justice ', en sorte que, lui, comte de Flandre, se trouvait justement dégagé de tout lien de vassalité. Sur ce point, les historiens modernes ont donné raison à Gui de Dampierre : « Déni de justice fait par le Roi au Comte : Gui voulait et devait être jugé par ses pairs -\ »

La question devient intéressante parce que nous pouvons la serrer de près. Avant de se prononcer, les écrivains modernes n'ont pas regardé les faits d'une manière attentive ; ils ne se sont pas rendu compte des circonstances dans lesquelles le litige devait être déféré aux pairs de France. Ils ont négligé d'entendre Gui de Dampierre lui-même. Le comte de Flandre s'exprime avec la plus grande clarté : (( Par coutume, les pairs en devaient être juges, écrit-il à Philippe le Bel '\ comme la querelle était de la saisine de toute la pairie. »

! . Voy. lettres d'Edm. de Lancastre, données à Paris, le 3 février 1294; éd. Rymer, 1', i 2 3 .

2. Voy. mandem. — 1294, 5 mai, Paris — de Philippe le Bel à Edouard I<"" ; éd. Rymer, I', 128-29.

3. Lettres — 1297, 9 janvier, s. I. — de Gui de Dampierre, publ., avec le procès-verbal de la mission des abbés de Floreffe et de Gembloux, par Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, II, 559-7 3.

4. Gui de Dampierre précise ce point dans sa réponse aux évèques d'Amiens et du Puy, qu'il reçut à Courtrai, le 18 février 1298. <> Cornes répondit : quod ab eo tempore quo idem « dominus Rex,quinunc est, regimen regni assumpsit, super multis gravaminibus sibi per pares « justiciam, secundum convenciones habitas inter predecessores suos et dicti domini Régis, licet « requisitus pluries et sufficienter, facere denegavit, et in jure defecit eidem, propter quod ab ip- « sius obediencia se liberum totaliter reputabat. » Publ. par Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, II, 577.

5. A. Durande, Positions des thèses soutenues à l'École des Chartes, le 28 janv. 1861.

6. Lettres du 9 janvier 1297, publ. par Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, II,

Quelques lignes plus bas, il revient sur la même idée : « Le comté dont vous l'aviez dessaisi et bouté hors, le Comte voulait le recouvrer contre vous et il disait que cette querelle devait être démenée et jugée par les pairs de France, non mie par vous, ni par vos avocats, ni par votre conseil, comme la querelle fût de la saisine de toute la pairie '.» La déclaration ne laisse aucun doute au point de vue de la question qui nous occupe. Si, d'autre part, nous voulons juger la conduite de Philippe le Bel, nous voyons qu'il n'était nullement question à ce moment de confisquer la Flandre sur Gui de Dampierre ' ; le tribunal des pairs était loin de s'imposer.

Mais voici que, par ses lettres du 9 janvier 1 297, Gui de Dampierre a dénoncé le lien de vassalité qui l'attachait au roi de France. 11 s'est ouvertement mis en forfaiture. — Que fait Philippe le Bel ?

11 envoie à Gui de Dampierre une ambassade solennelle à la tête de laquelle sont placés deux dignitaires de l'Eglise, les évêques du Puy et d'Amiens, avec mission de citer le comte de Flandre devant le tribunal des pairs. Gui de Dampierre les reçut a Courtrai, le 18 février 1297 -\ « Nous avons mission de vous faire savoir, lui disent les deux prélats, de la part de notre Sire, qu'il est disposé à faire juger les forfaits commis par vous, contre sa personne royale, en sa cour, par les pairs du royaume. » Gui de Dampierre ne se souciait pas plus d'être jugé par la cour des pairs que par le Parlement, et refusa l'offre qui lui était faite. Robert d'Artois envahit la Flandre à la tête des armées royales et conquit la majeure partie du pays.

Boniface VIII fut, dans la suite, choisi comme arbitre entre le roi de France et ses alliés, d'une part, le roi d'Angleterre et ses alliés, parmi lesquels le comte de Flandre, de l'autre. Il y eut à Rome d'importantes négociations en juin et juillet 1298. Les représentants de Gui de Dampierre remirent au Souverain Pontife une note où ils disaient, entre autres, que le roi de France avait refusé au comte de Flandre le jugement par les pairs. Les plénipotentiaires français, dirigés par l'habile Pierre Flote, n'eurent pas de peine à mettre cette assertion à néant. En une réunion, où les fils de Gui de Dampierre furent convoqués par le Pape, le 11 juin 1298, avec les ambassadeurs anglais, ils durent apporter le procès-verbal de l'assemblée de Courtrai dans lequel il était écrit qu'après la dénonciation par le comte de Flandre de l'hommage qu'il devait au roi de France, les évêques

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